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Barbershops, kebabs, chichas : le blanchiment a ses commerces communautaires

Deux barbershops de Genève et Lausanne sont soupçonnés d’avoir servi à blanchir l’argent d’un trafic de drogue. Un cas romand qui rejoint un phénomène déjà identifié ailleurs en Suisse et chez ses voisins.

Richard Dalleau
6 octobre 2026 Modifié le 6 octobre 2026 à 3h23
3 min de lecture

À Genève et Lausanne, le shampoing aurait surtout servi à laver l’argent. Selon l’accusation relayée par Le Matin, deux anciens patrons de barbershops doivent être jugés pour trafic de stupéfiants et blanchiment. Selon le Ministère public genevois, l’établissement lausannois aurait même eu pour « seul et unique but » de recycler de l’argent sale.

Le modèle est déjà dans le radar des autorités. En Argovie, elles ont créé une catégorie : le « Spezialgewerbe » (petits commerces spécifiques). Dans ses priorités de lutte contre la criminalité, le canton range restauration, ongleries, salons de coiffure, barbershops, associations culturelles, bars à chicha ou salles de jeu, « souvent exploités par des groupements étrangers monoethniques », autant d’établissements soupçonnés de servir au blanchiment.

L’utilisation massive du cash n’explique pas tout. Recettes difficiles à vérifier, recrutement dans un cercle de confiance, familial ou diasporique, ce type de commerce offre la structure idéale pour les réseaux criminels. Ils peuvent ainsi remplir plusieurs fonctions à la fois : fournir de la main-d’œuvre, organiser son arrivée en Suisse, déplacer de l’argent et maintenir l’ensemble dans un cercle où les relations familiales, communautaires ou claniques réduisent le besoin de recourir à des intermédiaires extérieurs.

C’est là que le blanchiment rejoint d’autres formes de criminalité organisée. Fedpol relève que la traite des êtres humains en Suisse repose notamment sur des réseaux transnationaux dont les auteurs proviennent souvent du même pays que leurs victimes. La stratégie fédérale inclut depuis 2025 la « criminalité clanique ».

Trafic, cash et petits commerces : la lessiveuse de quartier

Ainsi, à Soleure, la police a-t-elle découvert en 2023 dans une onglerie cinq Vietnamiens travaillant sans autorisation ; lors d’un second contrôle, cinq autres employés, également d’origine vietnamienne, mais de nationalité suédoise, n’avaient pas effectué la déclaration obligatoire pour travailler en Suisse. En Appenzell Rhodes-Extérieures, une opération visant kebabs et barbershops a relevé des infractions liées à l’emploi et au droit des étrangers.

La France a davantage formalisé le phénomène. Une commission d’enquête du Sénat cite parmi les formes les plus courantes de blanchiment « de proximité » les kebabs, barbershops, ongleries et bars à chicha. Faux chiffre d’affaires, fausses factures, commerce au nom d’un proche, l’argent de la drogue gagne une apparence respectable et un ancrage dans le quartier.

Même mouvement en Allemagne. Depuis 2025, le ministère fédéral des Finances range les barbershops parmi les secteurs prioritaires de la lutte contre le travail au noir, en précisant qu’on y observe aussi du blanchiment ; les ongleries sont ciblées pour l’emploi illégal et certaines formes d’exploitation.

La Suisse commence donc moins à découvrir le phénomène qu’à assembler les pièces du puzzle : drogue, blanchiment, travail clandestin, traite, petits commerces et réseaux transnationaux fondés sur la confiance. Deux barbershops romands viennent d’en fournir une illustration judiciaire nette.

Richard Dalleau
Richard Dalleau

Ancien reporter de guerre, Richard Dalleau a couvert des conflits aussi bien sur le terrain que dans leurs implications géopolitiques. Il traite des questions de Défense, de terrorisme, les sujets de société (immigration, délinquance…) et des menaces sur les libertés publiques. Il a collaboré ou eu des responsabilités d’encadrement (SR, rédacteur en chef) dans des médias de presse écrite et des agences de presse internationales.

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