Aarau : la rave tragique qui pourrait changer la sécurité des fêtes suisses
La fusillade d’Aarau, qui a fait une morte et cinq blessés à la sortie d’une rave party, relance la question de la sécurité des fêtes. En Suisse comme chez ses voisins, les précédents violents ne manquent pas.
La fusillade d’Aarau a fait une morte et cinq blessés dans la nuit du 30 août 2026, à la sortie d’une rave party organisé à l’hippodrome du Schachen. Vers 2 h 30, alors que les participants quittaient les lieux, plusieurs coups de feu ont visé un groupe. Une Italienne de 22 ans est morte sur place ; une Allemande et quatre Suisses de 24 à 31 ans ont été hospitalisés. Dans la nuit suivante, la police argovienne a arrêté un Suisse de 43 ans « sous fort soupçon ». Elle privilégie désormais l’hypothèse d’un auteur unique, sans avoir encore rendu publics son profil, son mobile ni ses liens éventuels avec les victimes.
Les enquêteurs avaient auparavant retrouvé des étuis de 9 mm et au moins une douzaine de douilles de 5,45 × 39 mm, un calibre utilisé notamment par des fusils de type AK-74. La présence de deux calibres avait d’abord laissé ouverte l’hypothèse de plusieurs tireurs. L’arme ou les armes n’ont toutefois pas été officiellement identifiées. La police a annoncé qu’elle ne communiquerait pas davantage avant sa conférence de presse du 2 septembre.
La Suisse a déjà connu des violences graves autour de grandes fêtes. Lors de la Street Parade de Zurich en 2007, un Suisse de 18 ans avait été tué à l’arme blanche et deux Portugais blessés lors d’une autre attaque. En 2017, un Suisse de 24 ans avait été grièvement poignardé dans le centre-ville, tandis que la police intervenait sur de nombreuses bagarres. À la Fasnacht de Reinach en 2024, un Suisse de 23 ans avait été blessé au couteau lors d’une altercation ; un Algérien de 31 ans avait été arrêté.
Quand la fête devient une cible
Les pays voisins offrent des précédents encore plus lourds. À Solingen, en Allemagne, trois personnes ont été tuées et dix blessées au couteau pendant le « Festival de la diversité » en août 2024 ; l’auteur, inspiré par l’État islamique, a été condamné à perpétuité en 2025. À Ansbach en 2016, un Syrien débouté de l’asile, refoulé à l’entrée d’un festival faute de billet, s’était fait exploser à proximité, blessant quinze personnes. Là encore, l’enquête a établi l’inspiration djihadiste de l’attentat.
En France, Thomas Perotto, 16 ans, a été tué au couteau lors du bal de Crépol en novembre 2023. En juin 2026, le parquet de Valence a requis le renvoi de onze personnes pour homicide, sans qu’un procès ait encore tranché les responsabilités. Cependant, la juge d’instruction a finalement retenu en juillet la circonstance aggravante de racisme pour des propos tenus par les prévenus contre « la race blanche et la nation française ». Cependant, le parquet de Valence a demandé le 17 août qu’elle soit abandonnée.
En Italie, la tragédie de Corinaldo en 2018 avait fait six morts dans une bousculade provoquée par une bande utilisant du spray irritant pour voler des participants à un concert. En mai 2026, la justice a définitivement condamné plusieurs propriétaires, gestionnaires et responsables de la sécurité du lieu pour les déficiences ayant contribué au drame.
Aarau pose donc déjà la question de l’après. La référence suisse la plus lourde n’est pas festive : le 27 septembre 2001, Friedrich Leibacher avait pénétré armé dans le Parlement de Zoug, tué 14 élus et blessé 18 personnes avant de se suicider. Plus de 90 coups avaient été tirés en quelques minutes. Après cette tuerie, les bâtiments et responsables de la Confédération ont été protégés de manière plus systématique.
André Duvillard, ancien délégué du Réseau national de sécurité et ancien commandant de la police neuchâteloise, estime qu’Aarau pourrait provoquer un tournant comparable pour les manifestations. Dans Le Temps, il s’attend à des contrôles renforcés, voire à des portiques à l’entrée de certains événements, et parle d’un « changement de paradigme ». S’il ne s’agit encore que d’une analyse d’expert, Zoug rappelle cependant qu’en Suisse, un seul drame peut suffire à modifier durablement les habitudes de sécurité.