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Redevance SSR : vers un oligopole médiatique protégé ?

À mesure que la votation du 8 mars approche, j’ai le sentiment de voir se mettre en place une véritable mobilisation générale des grands acteurs médiatiques pour préserver un système devenu à la fois monopolistique, idéologiquement homogène et extrêmement protégé.

Uli Windisch
16 février 2026
4 min de lecture

La cam­pagne autour de l’initiative « 200 francs ça suf­fit » s’intensifie clai­re­ment. Et plus elle avance, plus on voit appa­raître une ner­vo­si­té gran­dis­sante chez ceux qui ont le plus inté­rêt à empê­cher toute réduc­tion de la rede­vance audio­vi­suelle.

Le simple fait que près de la moi­tié de la popu­la­tion suisse sou­tienne déjà une baisse de la rede­vance de 335 à 200 francs consti­tue en soi un signal poli­tique extrê­me­ment fort. Cela tra­duit une insa­tis­fac­tion pro­fonde à l’égard du ser­vice public audio­vi­suel, tant sur le plan de son fonc­tion­ne­ment que de son orien­ta­tion idéo­lo­gique.

Car beau­coup de citoyens ont aujourd’hui le sen­ti­ment que la SSR est lar­ge­ment domi­née par une vision pro­gres­siste, de gauche et par­fois ouver­te­ment wokiste, pré­sente de manière dif­fuse mais per­ma­nente dans une grande par­tie des conte­nus et des choix édi­to­riaux.

Mais ce qui vient d’apparaître ces der­niers jours est par­ti­cu­liè­re­ment révé­la­teur.

La SSR et plu­sieurs édi­teurs de presse suisses ont conclu une forme d’accord visant à com­battre ensemble l’initiative. En échange d’une cer­taine rete­nue de la SSR dans ses acti­vi­tés numé­riques et dans cer­tains domaines comme les retrans­mis­sions spor­tives, les édi­teurs de presse se sont enga­gés à sou­te­nir le main­tien du sys­tème actuel.

Autre­ment dit : le ser­vice public audio­vi­suel et une par­tie impor­tante de la presse écrite se retrouvent désor­mais objec­ti­ve­ment alliés pour défendre leurs posi­tions res­pec­tives.

On voit ain­si se consti­tuer non seule­ment un mono­pole audio­vi­suel, mais pro­gres­si­ve­ment une forme d’oligopole média­tique.

Et cette conver­gence devient visible par­tout.

Dans la presse domi­ni­cale, les inter­views de diri­geants de la SSR se mul­ti­plient sur plu­sieurs pages afin d’expliquer que tout fonc­tionne par­fai­te­ment, que la qua­li­té est irré­pro­chable et qu’il serait dan­ge­reux de tou­cher à la rede­vance. Toute cri­tique est immé­dia­te­ment pré­sen­tée comme une menace contre la démo­cra­tie, la diver­si­té cultu­relle ou le plu­ra­lisme suisse.

Pour­tant, les vraies ques­tions res­tent lar­ge­ment évi­tées.

Est-il réel­le­ment néces­saire qu’un ser­vice public dis­pose d’une offre aus­si mas­sive dans la radio, la télé­vi­sion, Inter­net et les conte­nus numé­riques ? Pour­quoi la ques­tion de l’orientation idéo­lo­gique des rédac­tions n’est-elle jamais sérieu­se­ment étu­diée ? Pour­quoi retrouve-t-on si sou­vent les mêmes experts, les mêmes sen­si­bi­li­tés poli­tiques et les mêmes approches intel­lec­tuelles à l’antenne ?

Le pro­blème com­mence très en amont, notam­ment dans la for­ma­tion des jour­na­listes. Une grande par­tie du recru­te­ment pro­vient des sciences humaines et sociales, milieux aca­dé­miques eux-mêmes très lar­ge­ment orien­tés à gauche. Cela pro­duit méca­ni­que­ment une homo­gé­néi­té idéo­lo­gique impor­tante dans les rédac­tions.

On voit éga­le­ment se mul­ti­plier les experts étran­gers inter­ve­nant régu­liè­re­ment dans les médias suisses, sou­vent por­teurs d’une même vision idéo­lo­gique pro­gres­siste, alors même que des spé­cia­listes suisses aux opi­nions dif­fé­rentes res­tent lar­ge­ment absents.

Pen­dant ce temps, on conti­nue à cari­ca­tu­rer les médias alter­na­tifs, les réseaux sociaux ou les pla­te­formes indé­pen­dantes comme des espaces domi­nés par les « fake news ». Cette pré­sen­ta­tion est pro­fon­dé­ment trom­peuse.

Il existe aujourd’hui de nom­breux médias indé­pen­dants pro­dui­sant un tra­vail d’excellente qua­li­té, par­fois bien plus dyna­mique et plu­ra­liste que cer­taines struc­tures publiques extrê­me­ment lourdes et bureau­cra­ti­sées.

Les jeunes géné­ra­tions, d’ailleurs, s’informent déjà mas­si­ve­ment ailleurs. Beau­coup regardent très peu les chaînes publiques tra­di­tion­nelles et se tournent vers des médias numé­riques, des pla­te­formes vidéo ou des sites spé­cia­li­sés sou­vent beau­coup plus réac­tifs et diver­si­fiés.

C’est pré­ci­sé­ment cette concur­rence qui inquiète aujourd’hui les grands acteurs du pay­sage média­tique tra­di­tion­nel.

À mesure que le scru­tin approche, tout indique qu’une cam­pagne de pres­sion de plus en plus mas­sive va être déployée pour convaincre les Suisses que toute réduc­tion de la rede­vance met­trait en dan­ger le pays lui-même.

Je pense au contraire qu’il faut ouvrir le débat sur le plu­ra­lisme réel, la diver­si­té idéo­lo­gique et la néces­si­té d’une véri­table concur­rence dans le pay­sage média­tique suisse.

Oui, nous vou­lons des médias de qua­li­té. Mais cette qua­li­té ne peut pas être décré­tée par un mono­pole pro­té­gé. Elle naît de la confron­ta­tion des points de vue, de la diver­si­té des sen­si­bi­li­tés et de la concur­rence entre dif­fé­rents acteurs de l’information.

Réduire la rede­vance ne signi­fie pas sup­pri­mer le ser­vice public. Cela signi­fie exi­ger un sys­tème plus rai­son­nable, plus équi­li­bré et sur­tout davan­tage ouvert au plu­ra­lisme réel plu­tôt qu’au plu­ra­lisme pro­cla­mé.

Uli Windisch
Uli Windisch

Sociologue, essayiste et ancien professeur de l’Université de Genève, Uli Windisch est né en 1946 à Crans-Montana. Spécialiste des médias, de la communication et des phénomènes migratoires, il s’est fait connaître par ses travaux sur le langage politique, la démocratie directe suisse et les mécanismes du « prêt-à-penser » médiatique. Auteur de nombreux essais, parmi lesquels Le Prêt-à-penser, Le Modèle suisse ou La Suisse brûle, il défend une approche critique du conformisme idéologique et du traitement médiatique des questions sensibles. Il est également le fondateur du média suisse LesObservateurs.ch

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