France : quand l’intégration cède la place à la fragmentation
À travers certaines scènes apparues lors des élections municipales françaises, je vois se confirmer une évolution inquiétante : l’abandon progressif de l’assimilation et du sentiment national au profit d’une société toujours plus fragmentée.
Les élections municipales françaises ont révélé quelque chose de fondamental sur l’évolution de l’immigration en Europe et sur les tensions profondes qui apparaissent désormais dans certains pays occidentaux. Ce que nous voyons aujourd’hui en France marque une rupture radicale avec la politique d’intégration et d’assimilation qui dominait encore il y a quelques décennies.
Il faut rappeler une réalité historique que beaucoup semblent avoir oubliée : dans les années 1950 et 1960, aux États-Unis comme en Europe, on parlait encore d’absorption et d’assimilation. L’idée dominante était que les immigrés devaient s’intégrer profondément au pays d’accueil, jusqu’à adopter ses références culturelles, historiques et nationales. Cela peut choquer aujourd’hui, mais c’était alors considéré comme une nécessité pour préserver la cohésion des nations.
Or nous sommes désormais à l’opposé complet de cette logique.
Certaines scènes observées lors des élections municipales françaises sont extrêmement révélatrices. Des maires battus ou contestés ne peuvent plus se rendre dans certains quartiers sans être sifflés, agressés ou intimidés. Des élus locaux voient leurs véhicules tagués, leurs familles vivent dans la peur. Dans certaines communes, des groupes issus de l’immigration apparaissent désormais comme des blocs politiques structurés réclamant une forme d’allégeance communautaire.
Le fossé qui s’est créé entre l’ancien modèle d’intégration et la situation actuelle est immense. Dans plusieurs quartiers, l’autorité publique elle-même semble parfois reculer. Certains territoires deviennent pratiquement inaccessibles ou placés sous contrôle social communautaire. En France, certains parlent désormais ouvertement de « partition » du territoire. D’autres évoquent même le risque de guerre civile.
On aurait tort de croire que ces phénomènes ne concernent que la France.
En Suisse aussi, certains responsables politiques défendent aujourd’hui une extension toujours plus large du droit de vote aux étrangers, parfois sans même poser la question de l’intégration réelle, de l’attachement au pays ou de la connaissance de son histoire. J’observe notamment cette revendication chez une partie des Verts, dont certains discours me paraissent totalement déconnectés des réalités historiques et culturelles de la Suisse.
On en arrive à promouvoir une vision purement administrative ou juridique de l’appartenance nationale, comme si une simple adhésion à des principes abstraits suffisait à créer une nation. C’est exactement la logique du « patriotisme constitutionnel » théorisé par Jürgen Habermas : l’idée selon laquelle les peuples européens devraient s’identifier non plus à une histoire, une culture ou une continuité nationale, mais uniquement à des principes institutionnels.
Je considère cette vision comme profondément dangereuse. Une nation ne repose pas uniquement sur des règles ou des procédures. Elle repose aussi sur des attaches affectives, historiques, culturelles et symboliques. Lorsqu’on détruit progressivement ces repères communs, on ouvre la voie à une fragmentation toujours plus forte de la société.
Les exemples français devraient nous servir d’avertissement. Pendant des années, beaucoup ont refusé de voir les tensions qui montaient dans certains quartiers. Aujourd’hui, ces tensions éclatent au grand jour.
Cela ne signifie évidemment pas que l’immigration conduit automatiquement à de tels phénomènes. La grande majorité des immigrés en Suisse s’intègrent de manière exemplaire. Mais précisément : cette intégration exige un cadre clair, des exigences et une véritable volonté d’adhésion au pays d’accueil.
La naturalisation ne peut pas devenir une simple formalité administrative. Elle doit impliquer une connaissance de la Suisse, de son histoire, de ses institutions et de ses particularités culturelles. Elle suppose aussi un attachement réel au pays.
Si nous abandonnons toute exigence au nom de la culpabilisation permanente ou de la peur d’être accusés de racisme, nous risquons de reproduire progressivement des phénomènes similaires à ceux que connaît aujourd’hui la France.
Je pense qu’il devient urgent de regarder ces évolutions avec lucidité, sans hystérie mais sans naïveté non plus. Beaucoup de choses qui semblaient impensables il y a encore quinze ou vingt ans sont désormais devenues réalité. La Suisse ne sera pas automatiquement épargnée si elle cesse d’être vigilante.