De plus en plus de voix s’élèvent en Suisse pour réclamer le retrait de la nationalité suisse à Nesip Dedeler, le jihadiste de Winterthour. Mais une question demeure : pourquoi l’avait-il encore ?
Retrait de la nationalité suisse : un cadre juridique restreint
De l’ex-socialiste et conseiller d’État zurichois chargé de la sécurité, Mario Fehr, à Nils Fiechter, président des Jeunes UDC, les appels se multiplient pour demander le retrait de la nationalité suisse au terroriste islamiste qui a blessé trois personnes ce jeudi devant la gare de Winterthour.
Une demande qui entre pourtant pleinement dans le cadre de la loi suisse sur la nationalité. Celle-ci prévoit dans son article 42, que le Secrétariat d’État aux migrations « peut, avec l’assentiment de l’autorité du canton d’origine, retirer la nationalité suisse et le droit de cité cantonal et communal à un double national si sa conduite porte gravement atteinte aux intérêts ou au renom de la Suisse ».
Titulaire de la double nationalité suisse et turque, Nesip Dedeler ne risque donc pas de devenir apatride. Et sa dangerosité, elle, ne fait plus le moindre doute. Seule limite juridique à ce stade : il devra d’abord être condamné par la justice avant qu’une telle mesure puisse être prononcée, a rappelé ce vendredi le SEM.
Un outil de prévention plutôt que de répression
Et c’est peut-être précisément là que se situe le problème.
Aujourd’hui, le retrait de nationalité n’intervient qu’après le passage à l’acte. En d’autres termes, il faut attendre qu’un individu commette l’irréparable avant d’utiliser cet outil juridique.
Le constat est d’autant plus frappant que, en dix ans, seuls sept dossiers de retrait de nationalité ont abouti en Suisse.
Pourtant, dans le cas de Nesip Dedeler, les signaux d’alerte existaient depuis longtemps. L’homme fréquentait depuis plus de dix ans les milieux islamistes, avait eu des liens avec Daech et fréquentait la mosquée An’Nur, déjà connue pour avoir été au cœur de plusieurs affaires de radicalisation.
Alors pourquoi avoir attendu ?
Le retrait de la nationalité ne devrait pas être pensé uniquement comme une sanction symbolique après un attentat. Dans certains cas extrêmes, il devrait aussi pouvoir devenir un outil de prévention face à des individus qui rejettent ouvertement les valeurs du pays et représentent une menace durable pour la sécurité publique.
À l’heure où la Suisse redécouvre qu’elle abrite en son sein des foyers jihadistes actifs, beaucoup de citoyens ont désormais le sentiment que les autorités courent toujours un temps de retard face à l’islamisme radical.
Et ce retard, ce sont souvent des innocents qui le paient.

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