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Droits de douane américains : la Suisse replonge dans l’incertitude

Washington impose désormais un taux de 12,5 % à une partie des produits suisses, contre 10 % pour leurs concurrents européens. Après un an de menaces, de concessions et de négociations, les entreprises helvétiques ne disposent toujours pas du cadre stable promis.

Richard Dalleau
24 juillet 2026
3 min de lecture

Depuis ven­dre­di 24 juillet, les États-Unis appliquent un taux doua­nier de 12,5 % à une par­tie des impor­ta­tions suisses. La mesure, offi­ciel­le­ment jus­ti­fiée par l’insuffisance sup­po­sée des dis­po­si­tifs hel­vé­tiques contre les pro­duits issus du tra­vail for­cé, rem­place le droit tem­po­raire de 10 % ins­tau­ré en février. Pour les mar­chan­dises déjà sou­mises à un tarif ordi­naire supé­rieur à 12,5 %, c’est tou­te­fois ce taux plus éle­vé qui demeure appli­cable.

La hausse place sur­tout les entre­prises suisses dans une posi­tion moins favo­rable que leurs prin­ci­pales concur­rentes de l’UE et du Royaume-Uni, géné­ra­le­ment taxées à 10 %. Swiss­mem, qui se pré­sente comme « l’association lea­der pour les PME et les grandes entre­prises de l’industrie tech­no­lo­gique suisse » dénonce un désa­van­tage de 2,5 points pour ses membres sur l’un de leurs prin­ci­paux mar­chés. Les entre­prises devront absor­ber ce sur­coût, rogner leurs marges ou le réper­cu­ter sur leurs clients amé­ri­cains.

Le prin­ci­pal dom­mage reste tou­te­fois l’incertitude. Une autre enquête amé­ri­caine, consa­crée cette fois aux pré­ten­dues « sur­ca­pa­ci­tés indus­trielles », pour­rait débou­cher sur de nou­velles mesures. « Il existe donc un risque qu’un taux encore plus éle­vé soit impo­sé à la Suisse », aver­tit Swiss­mem. Les contrats, les prix et les inves­tis­se­ments conti­nuent ain­si d’être déci­dés sans visi­bi­li­té durable.

Ce nou­vel épi­sode pro­longe une rela­tion com­mer­ciale deve­nue par­ti­cu­liè­re­ment hou­leuse. En 2025, Washing­ton avait d’abord frap­pé la Suisse d’un droit puni­tif de 39 %. Berne avait ensuite obte­nu un pla­fond de 15 %, notam­ment en contre­par­tie de la pro­messe de 200 mil­liards de dol­lars d’investissements suisses aux États-Unis sur cinq ans, et les entre­prises hel­vé­tiques en avaient déjà annon­cé 27 mil­liards entre jan­vier et avril 2026. Ces conces­sions n’ont empê­ché ni l’ouverture de nou­velles enquêtes ni le main­tien de la pres­sion amé­ri­caine.

La déci­sion actuelle res­pecte for­mel­le­ment le pla­fond négo­cié en novembre, mais la Suisse cherche tou­jours à trans­for­mer cette décla­ra­tion poli­tique en un accord contrai­gnant. Mal­gré les dépla­ce­ments de Guy Par­me­lin à Washing­ton et le rap­pel qu’« un accord est un accord », chaque accal­mie a jusqu’ici pré­cé­dé l’ouverture d’un nou­veau front tari­faire.

À ceux qui estiment que la Suisse est trop petite pour négo­cier face au géant amé­ri­cain, rap­pe­lons que l’UE, mal­gré sa taille impo­sante, s’est vue impo­ser un accord léo­nin : droits amé­ri­cains de 15 % sur la plu­part de ses expor­ta­tions, sup­pres­sion des taxes euro­péennes sur les pro­duits indus­triels amé­ri­cains, achats annon­cés de 750 mil­liards de dol­lars d’énergie et 600 mil­liards d’investissements sup­plé­men­taires aux États-Unis. Face à la poli­tique com­mer­ciale amé­ri­caine, ni la négo­cia­tion soli­taire de Berne ni le poids col­lec­tif de Bruxelles n’ont per­mis de pré­ser­ver le sta­tu quo.

Richard Dalleau
Richard Dalleau

Ancien reporter de guerre, Richard Dalleau a couvert des conflits aussi bien sur le terrain que dans leurs implications géopolitiques. Il traite des questions de Défense, de terrorisme, les sujets de société (immigration, délinquance…) et des menaces sur les libertés publiques. Il a collaboré ou eu des responsabilités d’encadrement (SR, rédacteur en chef) dans des médias de presse écrite et des agences de presse internationales.

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1 commentaire

  1. Jacques Davier

    Face à Trump, faire le bon élève ne sert à rien. Il prend cela pour de la fai­blesse (et objec­ti­ve­ment c’en est), ce qui le pousse à étre encore plus dur ! Ce qu’il faut, c’est, avec tous les autres pays concer­nés par ces taxes illé­gales et fatai­sistes, sai­sir l’ins­tance de recours de l’OMC. Le nombre fera poids. Le cou­rage impres­sion­ne­ra.

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