Droits de douane américains : la Suisse replonge dans l’incertitude
Washington impose désormais un taux de 12,5 % à une partie des produits suisses, contre 10 % pour leurs concurrents européens. Après un an de menaces, de concessions et de négociations, les entreprises helvétiques ne disposent toujours pas du cadre stable promis.
Depuis vendredi 24 juillet, les États-Unis appliquent un taux douanier de 12,5 % à une partie des importations suisses. La mesure, officiellement justifiée par l’insuffisance supposée des dispositifs helvétiques contre les produits issus du travail forcé, remplace le droit temporaire de 10 % instauré en février. Pour les marchandises déjà soumises à un tarif ordinaire supérieur à 12,5 %, c’est toutefois ce taux plus élevé qui demeure applicable.
La hausse place surtout les entreprises suisses dans une position moins favorable que leurs principales concurrentes de l’UE et du Royaume-Uni, généralement taxées à 10 %. Swissmem, qui se présente comme « l’association leader pour les PME et les grandes entreprises de l’industrie technologique suisse » dénonce un désavantage de 2,5 points pour ses membres sur l’un de leurs principaux marchés. Les entreprises devront absorber ce surcoût, rogner leurs marges ou le répercuter sur leurs clients américains.
Le principal dommage reste toutefois l’incertitude. Une autre enquête américaine, consacrée cette fois aux prétendues « surcapacités industrielles », pourrait déboucher sur de nouvelles mesures. « Il existe donc un risque qu’un taux encore plus élevé soit imposé à la Suisse », avertit Swissmem. Les contrats, les prix et les investissements continuent ainsi d’être décidés sans visibilité durable.
Ce nouvel épisode prolonge une relation commerciale devenue particulièrement houleuse. En 2025, Washington avait d’abord frappé la Suisse d’un droit punitif de 39 %. Berne avait ensuite obtenu un plafond de 15 %, notamment en contrepartie de la promesse de 200 milliards de dollars d’investissements suisses aux États-Unis sur cinq ans, et les entreprises helvétiques en avaient déjà annoncé 27 milliards entre janvier et avril 2026. Ces concessions n’ont empêché ni l’ouverture de nouvelles enquêtes ni le maintien de la pression américaine.
La décision actuelle respecte formellement le plafond négocié en novembre, mais la Suisse cherche toujours à transformer cette déclaration politique en un accord contraignant. Malgré les déplacements de Guy Parmelin à Washington et le rappel qu’« un accord est un accord », chaque accalmie a jusqu’ici précédé l’ouverture d’un nouveau front tarifaire.
À ceux qui estiment que la Suisse est trop petite pour négocier face au géant américain, rappelons que l’UE, malgré sa taille imposante, s’est vue imposer un accord léonin : droits américains de 15 % sur la plupart de ses exportations, suppression des taxes européennes sur les produits industriels américains, achats annoncés de 750 milliards de dollars d’énergie et 600 milliards d’investissements supplémentaires aux États-Unis. Face à la politique commerciale américaine, ni la négociation solitaire de Berne ni le poids collectif de Bruxelles n’ont permis de préserver le statu quo.
Face à Trump, faire le bon élève ne sert à rien. Il prend cela pour de la faiblesse (et objectivement c’en est), ce qui le pousse à étre encore plus dur ! Ce qu’il faut, c’est, avec tous les autres pays concernés par ces taxes illégales et fataisistes, saisir l’instance de recours de l’OMC. Le nombre fera poids. Le courage impressionnera.