mercredi 26 août 2026
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300 km/h, TikTok et permis probatoire : la route version « GTA Suisse Romande »

Les délits de chauffard ont presque doublé en Suisse romande depuis 2021. Jeunes conducteurs, bolides loués et réseaux sociaux alimentent un cocktail dangereux qui, parfois, se prolonge en refus d’obtempérer.

Les Observateurs (la rédaction)
3 min de lecture

En Suisse romande, les délits de chauffard ont presque doublé en quatre ans : 166 cas en 2021, 326 en 2025, selon des chiffres obtenus par la RTS. Genève en totalise 129. Le phénomène ne s’arrête pas à la Sarine : Zurich bat lui aussi des records. Le programme fédéral de sécurité routière Via Sicura devait calmer les amateurs de Gran Turismo en conditions réelles, c’était sans compter sur une jeunesse adepte de Grand Theft Auto sur les routes suisses.

Le profil qui revient le plus souvent est celui de jeunes hommes. À Neuchâtel, sur 103 chauffards recensés depuis 2013, 102 étaient des hommes et près de 60 % avaient 30 ans ou moins. S’ajoute un marché qui met des puissances délirantes à portée d’un permis tout neuf. À Echallens, un loueur de McLaren et Lamborghini affirme que 80 % de ses clients ont entre 18 et 25 ans. Il ne rentre pas plus dans les détails, mais tout le monde sait.

Les exemples donnent une assez bonne idée du cocktail. En Argovie, un citoyen suisse de 19 ans, permis à l’essai, a été flashé à 157 km/h au lieu de 80 au volant d’une McLaren louée. Dans le canton de Zurich, un conducteur de 18 ans, permis depuis deux mois, a poussé en 2026 une Audi RS7 de location de 600 ch à 283 km/h. Ses amis l’encourageaient et diffusaient la course en direct sur TikTok. À Fribourg, un jeune de 22 ans s’était filmé à 303 km/h sur l’A1, dans une voiture de location. La police a retrouvé sur son téléphone une quinzaine d’autres excès ; le tribunal lui a infligé huit mois ferme. Il invoquait « l’adrénaline ». Le smartphone sert en effet parfois de radar bénévole. Dans le Seeland bernois, des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont conduit la police à un conducteur qui a reconnu dix délits de chauffard en cinq semaines, dont 227 km/h sur une route limitée à 80. Se filmer comme preuve à charge : le narcissisme numérique a aussi ses vertus civiques.

La France connaît les mêmes codes. À Toulouse, la presse décrivait déjà l’essor des locations de voitures de luxe via Snapchat, parfois pour 300 à 450 euros la journée, particulièrement prisées par les jeunes des « quartiers populaires », soit en langage de sociologue, des zones à forte teneur en population immigrée ou d’origine immigrée. Leur utilisation ? Mariages communautaires avec défilés bruyants de grosses berlines ou juste pour le plaisir d’une conduite pied au plancher, au mépris de la vie des autres. En 2024, à Avignon, un homme de 25 ans au permis suspendu conduisait une Lamborghini louée via les réseaux sociaux lorsqu’il a mortellement percuté un cycliste, avant de fuir.

C’est là que le grand excès rejoint un autre phénomène. La France a compté 28 200 refus d’obtempérer routiers en 2025, en hausse de 10 % ; leurs auteurs sont majoritairement des hommes de moins de 30 ans. En Suisse, pas de série nationale comparable, mais les poursuites dangereuses existent : à Bienne en mai 2025, un motard fuyant un contrôle à vitesse excessive a fini par chuter à Marin ; son passager et lui-même ont été grièvement blessés. En France, les accidents mortels après un délit de fuite donnent parfois lieu à des émeutes. La Suisse n’en est heureusement pas là.

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