Recension : La révolution Milei, de Michael Miguères
« L’exemple de Javier Milei est unique dans l’histoire des démocraties contemporaines. Il constitue un objet d’étude fascinant, tant pour comprendre les failles des démocraties occidentales récentes que pour mieux appréhender le monde qui vient. »
Ainsi commence l’introduction du livre de Michael Miguères sur La Révolution Milei.
Il ajoute plus loin :
« Depuis Karl Marx, aucune figure économique n’avait connu une telle popularité mondiale. »
Pourquoi l’auteur emploie-t-il le terme de Révolution ? Parce que le libéralisme de Javier Milei n’a rien à voir avec la pensée économique dominante depuis 1945, c’est-à-dire avec les trois paradigmes que sont :
- Le keynésianisme, caractérisé par des déficits permanents et des relances monétaires accommodantes.
- La social-démocratie, caractérisée par des transferts sociaux.
- Un libéralisme honteux, caractérisé par des réglementations et l’absence de concurrence véritable.
L’État obèse
L’auteur retrace l’histoire économique de l’Argentine, qui, « à la fin du XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ, […] figurait fièrement parmi les dix nations les plus riches de la planète en ce qui concerne le PIB par habitant », mais qui s’est sur-étatisée à partir des années 1930 et, surtout, plus particulièrement après l’avènement de Juan Perón en 1946, jusqu’à l’arrivée de Javier Milei en 2023, sans inflexions significatives.
L’État est devenu obèse avec pour caractéristiques habituelles :
- L’explosion des dépenses publiques.
- L’enchaînement des déficits publics.
- Une dette insoutenable.
- Une inflation de moins en moins maîtrisée.
- Un clientélisme politique.
Et pour conséquences inévitables :
- L’augmentation de la pauvreté,
- La généralisation de la précarité.
Le mileisme
Javier Milei, né le 22 octobre 1970, avant de se plonger dans l’économie, est un rebelle qui exprime ce tempérament dans le football et la musique rock…
Ses études économiques font de lui initialement un post-keynésien, puis un néoclassique. Tout change en 2014, quand il lit un essai de Murray Rothbard, puis qu’il lit les auteurs de l’École autrichienne d’économie : Ludwig von Mises, Friedrich Hayek, Jesús Huerta de Soto, Alberto Benegas Lynch Jr., etc. Il comprend alors que jusque-là il avait tout faux…
Les fondements philosophiques du miléisme sont dès lors :
- La vie : ce qui implique une opposition intransigeante à toute forme de violence institutionnalisée.
- La liberté : elle s’étend à tous les domaines de l’existence, et particulièrement à l’économie.
- La propriété : elle est le socle matériel et moral de tout le système.
En conséquence, Javier Milei critique radicalement l’État : il est intrinsèquement prédateur et coercitif ; et la caste, c’est-à-dire tous ceux qui ont pour objectif fondamental d’étendre toujours plus le pouvoir de l’État sur la société.
A contrario, il célèbre l’entrepreneur comme bienfaiteur social dont la réussite repose exclusivement sur le service volontaire et pacifique aux autres.
Enfin, pour lui, les deux piliers de la politique internationale sont la paix et le libre-échange, sans compromis ni exception.
La bataille culturelle
Comment faire triompher de telles idées ? En engageant la bataille culturelle, c’est-à-dire une lutte idéologique profonde contre les structures dominantes de l’État et les idéologies collectivistes, en éveillant la conscience des “exploités” – les citoyens productifs – face à la “caste” dirigeante parasitaire.
Cette lutte idéologique consiste donc à détruire les mythes sur lesquels repose l’étatisme :
- La justice sociale : tout ce que l’État donne, il a dû le voler à un autre auparavant.
- L’État, c’est nous : faux, c’est un appareil de coercition au service d’une classe dirigeante qui utilise le “droit public” pour s’exonérer des règles morales de base.
Cette lutte consiste aussi à défendre la responsabilité individuelle : l’individu peut se gérer lui-même, sans l’aide d’un bureaucrate.
Cette lutte consiste enfin à contester l’utilisation du catastrophisme [climatique] pour justifier une gouvernance mondiale technocratique.
La thérapie de choc
Ne disposant que d’une minorité chez les députés et chez les sénateurs, Javier Milei, une fois élu président, va administrer une thérapie de choc au pays en promulguant le décret de nécessité et d’urgence 70/2023, complété par la loi Bases 1, avec notamment :
- La fin de l’encadrement des loyers.
- La fin des contrôles de prix et de stocks.
- La libéralisation des exportations et importations.
- La flexibilisation du marché du travail et des contrats.
- La transformation d’entreprises publiques en sociétés anonymes (pour faciliter leur privatisation) et la suppression de leurs privilèges fiscaux.
- La déréglementation de la santé, de l’énergie, du transport aérien, des infrastructures.
- L’abrogation ou la modification de normes économiques.
- L’allègement de la charge fiscale sur les entreprises et un moratoire fiscal.
- La restriction du droit de grève.
- La baisse drastique des dépenses publiques – la tronçonneuse – avec la suppression de ministères et d’emplois publics.
- La purge de privilèges de la caste.
- La fermeture de la Banque centrale et la libre concurrence des monnaies.
- La création d’un ministère du Capital humain, orienté vers la productivité humaine.
Etc.
Les résultats de cette thérapie :
- Le retour à l’équilibre budgétaire en un mois, après cent vingt ans de déficit : les dépenses publiques ont été réduites de 30 % en termes réels.
- La réduction spectaculaire de l’inflation de 211 % en glissement annuel fin 2023 à 31 % fin 2025.
- Une croissance d’au moins 4,5 % en 2025 et de 3,5 à 4 % en 2026.
- Un gain en pouvoir d’achat pour les ménages du secteur privé.
- Une chute spectaculaire de la pauvreté.
- La validation de la courbe de Laffer : hausse des recettes fiscales à la suite de la baisse des impôts et taxes.
Conclusions
Le mileisme s’est propagé et se propage à une vitesse inédite grâce aux réseaux sociaux 2 : une souveraineté numérique qui résonne avec le mileisme : liberté de contrat, propriété, responsabilité personnelle contre un imaginaire collectiviste perçu comme oppressif et obsolète.
Dans un contexte où de nombreux pays occidentaux font face à des contraintes similaires – dette élevée, marges budgétaires réduites, croissance faible –, l’Argentine apparaît comme un laboratoire intéressant.
Le mileisme a eu des effets immédiats, le chaos annoncé n’a pas eu lieu, la popularité du Président s’est améliorée.
Les résultats argentins inspirent un nouveau libéralisme dans le monde :
- La création du Department of Government Efficiency, confié à Elon Musk, s’inspire explicitement de la “tronçonneuse” argentine.
- Milei pourrait bien devenir, pour l’Amérique latine, ce que Lech Walesa ou Václav Havel ont été pour l’Europe de l’Est : celui qui, par son exemple concret et sa force symbolique, brise l’hégémonie d’une idéologie qui semblait inamovible.
- Le mileisme, fondé sur la primauté de l’offre, la discipline fiscale absolue et la libération totale du capital, propose une alternative radicale aux États-providence surendettés, redéfinissant les contours de la science économique du XXIᵉ siècle.
- En s’imposant comme la pensée de rupture de notre temps, le mileisme pourrait bien être le moteur de la renaissance économique et politique du XXIᵉ siècle.
La révolution Milei, Michael Miguères, 198 pages, VA Éditions, (avril 2026)
Notes
- Cette loi a permis l’envol du RIGI (régime d’incitation pour les grands investissements) : ce cadre juridique a permis de sécuriser des engagements de capitaux se chiffrant en dizaines de milliards de dollars…
- C’est peut-être pourquoi l’Union européenne et le président Macron cherchent tant à les réguler…
À propos de Javier Milei sur le blog de Francis Richard
- Mille et une raisons d’espérer : Javier Milei et la renaissance de l’Argentine, conférence en ligne de Nicolai Wenzel à L’Institut libéral le 11 septembre 2024 (article du 14 septembre 2024).
- L’ère Milei, de Philipp Bagus, livre édité par L’Institut libéral (article du 7 novembre 2025)
Publication commune LesObservateurs.ch et Le blog de Francis Richard.
Note de la rédaction des Observateurs
Nous complétons cette recension par un élément qui en éclaire le cadre : la préface du livre est signée par David Lisnard, maire de Cannes et président du parti Nouvelle Énergie, qu’il a fondé en vue de la présidentielle de 2027. L’ouvrage établit un parallèle explicite entre la situation de l’Argentine pré-Milei et celle de la France contemporaine, l’auteur affirmant que la France serait aujourd’hui plus étatisée que ne l’était l’Argentine avant 2023. Cette vision est partagée par David Lisnard dans sa préface, où il écrit qu’« il est possible de briser la spirale infernale de l’interventionnisme ».
Ce livre n’est donc pas seulement une analyse économique : il s’inscrit aussi dans une démarche politique française. Lisnard, qui a quitté Les Républicains en mars 2026, se positionne pour 2027 sur un programme assumant l’inspiration de la « tronçonneuse » argentine. Plusieurs médias ont relevé cette filiation revendiquée. Le lecteur pourra donc lire La révolution Milei en gardant à l’esprit que le cas argentin y sert aussi de référence à un projet pour la France.