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Économie

Recension : La révolution Milei, de Michael Miguères

Francis Richard
14 juin 2026
7 min de lecture

« L’exemple de Javier Milei est unique dans l’his­toire des démo­cra­ties contem­po­raines. Il consti­tue un objet d’é­tude fas­ci­nant, tant pour com­prendre les failles des démo­cra­ties occi­den­tales récentes que pour mieux appré­hen­der le monde qui vient. »

Ain­si com­mence l’in­tro­duc­tion du livre de Michael Miguères sur La Révo­lu­tion Milei.

Il ajoute plus loin :

« Depuis Karl Marx, aucune figure éco­no­mique n’a­vait connu une telle popu­la­ri­té mon­diale. »

Pour­quoi l’au­teur emploie-t-il le terme de Révo­lu­tion ? Parce que le libé­ra­lisme de Javier Milei n’a rien à voir avec la pen­sée éco­no­mique domi­nante depuis 1945, c’est-à-dire avec les trois para­digmes que sont :

  • Le key­né­sia­nisme, carac­té­ri­sé par des défi­cits per­ma­nents et des relances moné­taires accom­mo­dantes.
  • La social-démo­cra­tie, carac­té­ri­sée par des trans­ferts sociaux.
  • Un libé­ra­lisme hon­teux, carac­té­ri­sé par des régle­men­ta­tions et l’ab­sence de concur­rence véri­table.

L’État obèse

L’au­teur retrace l’his­toire éco­no­mique de l’Ar­gen­tine, qui, « à la fin du XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ, […] figu­rait fiè­re­ment par­mi les dix nations les plus riches de la pla­nète en ce qui concerne le PIB par habi­tant », mais qui s’est sur-éta­ti­sée à par­tir des années 1930 et, sur­tout, plus par­ti­cu­liè­re­ment après l’a­vè­ne­ment de Juan Perón en 1946, jus­qu’à l’ar­ri­vée de Javier Milei en 2023, sans inflexions signi­fi­ca­tives.

L’É­tat est deve­nu obèse avec pour carac­té­ris­tiques habi­tuelles :

  • L’ex­plo­sion des dépenses publiques.
  • L’en­chaî­ne­ment des défi­cits publics.
  • Une dette insou­te­nable.
  • Une infla­tion de moins en moins maî­tri­sée.
  • Un clien­té­lisme poli­tique.

Et pour consé­quences inévi­tables :

  • L’aug­men­ta­tion de la pau­vre­té,
  • La géné­ra­li­sa­tion de la pré­ca­ri­té.

Le mileisme

Javier Milei, né le 22 octobre 1970, avant de se plon­ger dans l’é­co­no­mie, est un rebelle qui exprime ce tem­pé­ra­ment dans le foot­ball et la musique rock…

Ses études éco­no­miques font de lui ini­tia­le­ment un post-key­né­sien, puis un néo­clas­sique. Tout change en 2014, quand il lit un essai de Mur­ray Roth­bard, puis qu’il lit les auteurs de l’É­cole autri­chienne d’é­co­no­mie : Lud­wig von Mises, Frie­drich Hayek, Jesús Huer­ta de Soto, Alber­to Bene­gas Lynch Jr., etc. Il com­prend alors que jusque-là il avait tout faux…

Les fon­de­ments phi­lo­so­phiques du miléisme sont dès lors :

  • La vie : ce qui implique une oppo­si­tion intran­si­geante à toute forme de vio­lence ins­ti­tu­tion­na­li­sée.
  • La liber­té : elle s’é­tend à tous les domaines de l’exis­tence, et par­ti­cu­liè­re­ment à l’é­co­no­mie.
  • La pro­prié­té : elle est le socle maté­riel et moral de tout le sys­tème.

En consé­quence, Javier Milei cri­tique radi­ca­le­ment l’É­tat : il est intrin­sè­que­ment pré­da­teur et coer­ci­tif ; et la caste, c’est-à-dire tous ceux qui ont pour objec­tif fon­da­men­tal d’étendre tou­jours plus le pou­voir de l’É­tat sur la socié­té.

A contra­rio, il célèbre l’en­tre­pre­neur comme bien­fai­teur social dont la réus­site repose exclu­si­ve­ment sur le ser­vice volon­taire et paci­fique aux autres.

Enfin, pour lui, les deux piliers de la poli­tique inter­na­tio­nale sont la paix et le libre-échange, sans com­pro­mis ni excep­tion.

La bataille culturelle

Com­ment faire triom­pher de telles idées ? En enga­geant la bataille cultu­relle, c’est-à-dire une lutte idéo­lo­gique pro­fonde contre les struc­tures domi­nantes de l’É­tat et les idéo­lo­gies col­lec­ti­vistes, en éveillant la conscience des “exploi­tés” – les citoyens pro­duc­tifs – face à la “caste” diri­geante para­si­taire.

Cette lutte idéo­lo­gique consiste donc à détruire les mythes sur les­quels repose l’é­ta­tisme :

  • La jus­tice sociale : tout ce que l’É­tat donne, il a dû le voler à un autre aupa­ra­vant.
  • L’É­tat, c’est nous : faux, c’est un appa­reil de coer­ci­tion au ser­vice d’une classe diri­geante qui uti­lise le “droit public” pour s’exo­né­rer des règles morales de base.

Cette lutte consiste aus­si à défendre la res­pon­sa­bi­li­té indi­vi­duelle : l’in­di­vi­du peut se gérer lui-même, sans l’aide d’un bureau­crate.

Cette lutte consiste enfin à contes­ter l’u­ti­li­sa­tion du catas­tro­phisme [cli­ma­tique] pour jus­ti­fier une gou­ver­nance mon­diale tech­no­cra­tique.

La thérapie de choc

Ne dis­po­sant que d’une mino­ri­té chez les dépu­tés et chez les séna­teurs, Javier Milei, une fois élu pré­sident, va admi­nis­trer une thé­ra­pie de choc au pays en pro­mul­guant le décret de néces­si­té et d’ur­gence 70/2023, com­plé­té par la loi Bases 1, avec notam­ment :

  • La fin de l’en­ca­dre­ment des loyers.
  • La fin des contrôles de prix et de stocks.
  • La libé­ra­li­sa­tion des expor­ta­tions et impor­ta­tions.
  • La flexi­bi­li­sa­tion du mar­ché du tra­vail et des contrats.
  • La trans­for­ma­tion d’en­tre­prises publiques en socié­tés ano­nymes (pour faci­li­ter leur pri­va­ti­sa­tion) et la sup­pres­sion de leurs pri­vi­lèges fis­caux.
  • La déré­gle­men­ta­tion de la san­té, de l’éner­gie, du trans­port aérien, des infra­struc­tures.
  • L’a­bro­ga­tion ou la modi­fi­ca­tion de normes éco­no­miques.
  • L’al­lè­ge­ment de la charge fis­cale sur les entre­prises et un mora­toire fis­cal.
  • La res­tric­tion du droit de grève.
  • La baisse dras­tique des dépenses publiques – la tron­çon­neuse – avec la sup­pres­sion de minis­tères et d’emplois publics.
  • La purge de pri­vi­lèges de la caste.
  • La fer­me­ture de la Banque cen­trale et la libre concur­rence des mon­naies.
  • La créa­tion d’un minis­tère du Capi­tal humain, orien­té vers la pro­duc­ti­vi­té humaine.

Etc.

Les résul­tats de cette thé­ra­pie :

  • Le retour à l’é­qui­libre bud­gé­taire en un mois, après cent vingt ans de défi­cit : les dépenses publiques ont été réduites de 30 % en termes réels.
  • La réduc­tion spec­ta­cu­laire de l’in­fla­tion de 211 % en glis­se­ment annuel fin 2023 à 31 % fin 2025.
  • Une crois­sance d’au moins 4,5 % en 2025 et de 3,5 à 4 % en 2026.
  • Un gain en pou­voir d’a­chat pour les ménages du sec­teur pri­vé.
  • Une chute spec­ta­cu­laire de la pau­vre­té.
  • La vali­da­tion de la courbe de Laf­fer : hausse des recettes fis­cales à la suite de la baisse des impôts et taxes.

Conclusions

Le mileisme s’est pro­pa­gé et se pro­page à une vitesse inédite grâce aux réseaux sociaux 2 : une sou­ve­rai­ne­té numé­rique qui résonne avec le mileisme : liber­té de contrat, pro­prié­té, res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle contre un ima­gi­naire col­lec­ti­viste per­çu comme oppres­sif et obso­lète.

Dans un contexte où de nom­breux pays occi­den­taux font face à des contraintes simi­laires – dette éle­vée, marges bud­gé­taires réduites, crois­sance faible –, l’Ar­gen­tine appa­raît comme un labo­ra­toire inté­res­sant.

Le mileisme a eu des effets immé­diats, le chaos annon­cé n’a pas eu lieu, la popu­la­ri­té du Pré­sident s’est amé­lio­rée.

Les résul­tats argen­tins ins­pirent un nou­veau libé­ra­lisme dans le monde :

  • La créa­tion du Depart­ment of Govern­ment Effi­cien­cy, confié à Elon Musk, s’ins­pire expli­ci­te­ment de la “tron­çon­neuse” argen­tine.
  • Milei pour­rait bien deve­nir, pour l’A­mé­rique latine, ce que Lech Wale­sa ou Václav Havel ont été pour l’Eu­rope de l’Est : celui qui, par son exemple concret et sa force sym­bo­lique, brise l’hé­gé­mo­nie d’une idéo­lo­gie qui sem­blait inamo­vible.
  • Le mileisme, fon­dé sur la pri­mau­té de l’offre, la dis­ci­pline fis­cale abso­lue et la libé­ra­tion totale du capi­tal, pro­pose une alter­na­tive radi­cale aux États-pro­vi­dence sur­en­det­tés, redé­fi­nis­sant les contours de la science éco­no­mique du XXIᵉ siècle.
  • En s’im­po­sant comme la pen­sée de rup­ture de notre temps, le mileisme pour­rait bien être le moteur de la renais­sance éco­no­mique et poli­tique du XXIᵉ siècle.

La révo­lu­tion Milei, Michael Miguères, 198 pages, VA Édi­tions, (avril 2026)

Notes

  1. Cette loi a per­mis l’en­vol du RIGI (régime d’in­ci­ta­tion pour les grands inves­tis­se­ments) : ce cadre juri­dique a per­mis de sécu­ri­ser des enga­ge­ments de capi­taux se chif­frant en dizaines de mil­liards de dol­lars…
  2. C’est peut-être pour­quoi l’Union euro­péenne et le pré­sident Macron cherchent tant à les régu­ler…

À propos de Javier Milei sur le blog de Francis Richard

Publi­ca­tion com­mune LesObservateurs.ch et Le blog de Fran­cis Richard.

Note de la rédaction des Observateurs

Nous com­plé­tons cette recen­sion par un élé­ment qui en éclaire le cadre : la pré­face du livre est signée par David Lis­nard, maire de Cannes et pré­sident du par­ti Nou­velle Éner­gie, qu’il a fon­dé en vue de la pré­si­den­tielle de 2027. L’ou­vrage éta­blit un paral­lèle expli­cite entre la situa­tion de l’Ar­gen­tine pré-Milei et celle de la France contem­po­raine, l’au­teur affir­mant que la France serait aujourd’­hui plus éta­ti­sée que ne l’é­tait l’Ar­gen­tine avant 2023. Cette vision est par­ta­gée par David Lis­nard dans sa pré­face, où il écrit qu’« il est pos­sible de bri­ser la spi­rale infer­nale de l’in­ter­ven­tion­nisme ».

Ce livre n’est donc pas seule­ment une ana­lyse éco­no­mique : il s’ins­crit aus­si dans une démarche poli­tique fran­çaise. Lis­nard, qui a quit­té Les Répu­bli­cains en mars 2026, se posi­tionne pour 2027 sur un pro­gramme assu­mant l’ins­pi­ra­tion de la « tron­çon­neuse » argen­tine. Plu­sieurs médias ont rele­vé cette filia­tion reven­di­quée. Le lec­teur pour­ra donc lire La révo­lu­tion Milei en gar­dant à l’es­prit que le cas argen­tin y sert aus­si de réfé­rence à un pro­jet pour la France.

Francis Richard
Francis Richard

De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), Francis Richard a travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et s'intéresse aux arts et lettres. Il anime le blogue "Semper longius in officium et ardorem".

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