Énergie: à quelle sauce serons-nous mangés?

Stéphane Montabert
Suisse naturalisé, Conseiller communal UDC, Renens

L'administration suisse planifie. Elle a probablement prévu une hausse prochaine de 22% du tarif de l'électricité.

La vie est ainsi faite que les nouvelles décisives surviennent parfois par des canaux inattendus.

Un Conseil communal comme les autres

Lors du dernier Conseil communal de Renens, votre humble serviteur vint plaider un système simple pour vider plus fréquemment les poubelles qui débordent dans les rues. Las! Deux élus, un vert et un communiste, expliquèrent non seulement qu'ils étaient contre l'idée, mais qu'il serait même illégal d'en parler. Le débat ne devait pas avoir lieu. Bien sûr, l'assemblée leur donna gain de cause. Dans le Chef-lieu de l'Ouest lausannois, le Conseil communal est aux deux tiers à gauche. Il l'est même aux trois-quarts si on tient compte du positionnement politique du PLR renanais. La Municipalité est quant à elle 100% à gauche. En tant qu'avant-garde du prolétariat, fort logiquement, Renens est le paradis sur terre. Tous ses habitants vous le confirmeront.

La séance se poursuivit avec la réfection du stade du Censuy, modeste projet tutoyant les cinq millions. On se moque volontiers des banlieues suisses garnies de Mercedes et de BMW, c'est un peu la même chose pour Renens la "pauvre commune vaudoise". L'endettement permet de se donner les moyens. Nous apprîmes à l'occasion que l'éclairage du stade (parfois laissé allumé toute la nuit, c'est le contribuable qui régale) devrait être équipé de lampes LED. C'est apparemment plus important que d'éteindre à la fin du match.

Vint un autre projet, portant sur le remplacement accéléré des lampadaires par des versions LED. Poussé par les Verts, il vise à "optimiser" l'éclairage public, quitte à quelques menus travaux. Remplacer des installations encore en parfait état. Déplacer des mâts et créer de nouveaux socles pour accueillir ces ampoules LED prétendument efficaces et à la lumière blafarde. Une enveloppe de plus de 7 millions cette fois-ci. Riche soirée!

Lors de la séance précédente, j'avais réclamé un calcul du retour sur investissement par rapport à l'économie d'électricité réalisée. Je ne fus pas déçu. Admettant du bout des lèvres que l'opération ne serait pas rentable avant des siècles, la Municipalité décida finalement de torturer les chiffres en laissant de côté 6,3 des 7,4 millions du total. En ramenant arbitrairement le coût du projet à un reliquat de 1,1 million, elle put ainsi claironner un "retour sur investissement" en 18 ans. Voire en 15 ans avec.. Une électricité plus chère?

Le kilowatt-heure augmenté de 22,5%

L'information cruciale réside dans ces projections. La première fut effectuée au prix actuel de 20,4 ct/kWh, mais l'administration se fendit d'une seconde à 25 ct/kWh. Une hausse de 22,5% du tarif.

Était-ce pour embellir les chiffres? Cela ne change pas grand-chose au résultat, 18 ans ou 15 ans. Et pourquoi avoir choisi 25 centimes du kilowatt-heure, plutôt que 12, 31 ou 43?

Seule explication plausible, ce nouveau tarif de 25 ct/kWh n'est pas une hypothèse. Il nous tombera dessus à brève échéance. Une échéance si proche qu'il aurait été malhonnête pour les autorités de faire comme si elles ne savaient pas. L'augmentation est sans doute déjà dans les cartons.

La perspective n'a rien d'absurde. La Commune de Renens est actionnaire des SIE, le Service Intercommunal des Énergies, une société anonyme en mains publiques. L'entité assure la distribution de l'électricité dans l'Ouest lausannois. Quatre des dix sièges du Conseil d'Administration sont sous contrôle de la Municipalité de la ville. Les SIE sont évidemment en contact étroit avec les autres acteurs helvétiques de la production et de la distribution d'énergie. On peut parfaitement imaginer que le futur tarif de l'électricité ait été à l'ordre du jour.


Les compteurs vont faire peur… (Image Old Photo Profile - CC BY 2.0)

Les conséquences d'une hausse brutale du prix de l'électricité

Selon les statistiques officielles de 2021, les ménages suisses consomment 5'000 kWh par an en moyenne. Cela donne une facture de 1'020 francs suisses au tarif actuel, 1'250 au prochain tarif - 230 francs d'augmentation par famille. Cette augmentation douloureuse sera présentée comme "supportable" par les médias lorsqu'il s'agira de faire avaler la pilule à la population.

Viendra ensuite le bal des justifications. Poutine et la guerre en Ukraine. La vile spéculation capitaliste. La Suisse qui paye "son retard d'investissement" dans l'isolation... Toutes les raisons seront bonnes, pourvu qu'elles soient fausses. S'il y a bien un domaine où la gauche est inégalable, c'est quand elle fait porter à d'autres le chapeau des conséquences de sa politique.

Malheureusement, l'électricité plus onéreuse nous coûtera bien plus que 230 francs par an et par foyer, et les médias se garderont bien de l'avouer. Les trains fonctionnent à l'électricité. Les systèmes de réfrigération des entrepôts et du commerce de détail fonctionnent à l'électricité. Les hôpitaux emploient massivement de l'électricité. Les EMS et les autres bâtiments qui le peuvent sont climatisés grâce à l'électricité. Et bien sûr, l'industrie helvétique est grande consommatrice d'électricité.

La hausse prochaine du prix du kilowatt-heure renchérira tout, pas seulement la facture des foyers. Le prix des denrées alimentaires fraîches, des billets et abonnements de train, les charges de la santé, et bien d'autres choses. Elle fragilisera les entreprises et l'emploi. Elle nuira même à la cause des voitures électriques!

Les conséquences d'une hausse brutale du prix de l'électricité sur notre prospérité sont incalculables. Mais qu'importe la théorie puisque nous verrons bientôt, en conditions réelles, ce qu'il en est.

5 commentaires

  1. Posté par Jean Francois Morf le

    Les verts nous précipitent droit dans le mur: ils adorent les loups, les mahométans, et tout ce qui tue l’économie.

  2. Posté par Marcassin le

    Toujours pertinent Monsieur Montabert.
    Vous avez oublié de paler des voitures électriques alimentées par des centrales nucléaires mises hors service et des chauffages à gaz et à mazout bientôt interdits remplacés par des pompes à chaleur qui fonctionnent à quoi ? À l’électricité des centrales arrêtées…

  3. Posté par antoine le

    Situation le mercredi 29 juin 2022
    Berne se prépare à faire face à une pénurie de gaz :
    Berne (awp/ats) – La Suisse se prépare à faire face à une potentielle pénurie de gaz ou d’électricité l’hiver prochain. Le Conseil fédéral a pris connaissance mercredi de l’avancement du projet de création de réserve de gaz hivernale.
    Les flux de gaz russe vers l’UE sont en chute libre et ne représentent actuellement plus que 15% des importations de gaz de l’UE. La Suisse ne dispose d’aucune installation de stockage propre et dépend donc entièrement des importations. Jusqu’à trois-quarts des livraisons de gaz en Suisse se font via l’Allemagne.
    Si les installations de stockage ne peuvent pas être remplies comme prévu, une situation de pénurie ne peut pas être exclue pour l’hiver prochain, avertit le Conseil fédéral dans un communiqué. L’industrie gazière suisse doit constituer des réserves de gaz hivernale à l’étranger et disposer d’options pour des livraisons supplémentaires, selon un concept présenté en mai.
    Travaux en cours
    Le concept comprend deux mesures. D’une part, une réserve physique sera constituée dans les pays voisins. Elle devra couvrir 15%, soit un peu moins de 6 TWh (térawatt-heure), de la consommation annuelle de gaz de la Suisse (environ 35 TWh). Actuellement, près de 3,8 TWh sont déjà garantis, soit environ 60% de l’objectif de 6 TWh.
    D’autre part, 6 TWh de gaz devront être acquis en France, en Allemagne, en Italie et aux Pays-Bas sous forme d’options pour du gaz non russe. Ce volume de gaz correspond plus ou moins à 20% de la consommation suisse en hiver. Des offres ont été soumises pour les options, qui vont maintenant être acquises, indique le Conseil fédéral.
    Les cinq sociétés régionales Erdgas Ostschweiz, Gasverbund Mitelland, Gaznat, Erdgas Zentralschweiz et Aziende Industriali di Lugaono mettent chacune des mesures en oeuvre séparément. Elles devront optimiser « avec prudence » l’utilisation de leur gaz de stockage, quel que soit le niveau de crise.
    Les fournisseurs tiers ont accès au gaz de stockage aux conditions du marché. Des normes minimales s’appliquent à l’acquisition des options, par exemple une clause de livraison en cas d’interruption des livraisons de gaz russe, un mécanisme de prix, la durée de détention.
    Organisation de crise
    En cas d’aggravation de la situation, une organisation de crise du secteur gazier procédera à l’activation des options. Les fournisseurs tiers paient aux sociétés régionales le prix de revient des options, plus un supplément de 3%.
    Pour la branche, il est essentiel que le Conseil fédéral s’assure que le secteur ne soit pas exposé à des risques de sanctions en vertu du droit des cartels. Le Conseil fédéral l’a confirmé: il déclarera ultérieurement licite un comportement déclaré illicite par la commission de la concurrence. Pour autant que le concept détaillé ait été correctement mis en oeuvre.
    Par ailleurs, les discussions et les travaux exploratoires en vue de conclure des accords avec les pays voisins sont en cours. Lors de la rencontre au Forum économique mondial de Davos, il a été convenu de conclure un accord de solidarité avec l’Allemagne. Un premier tour de négociations avec les partenaires allemands a eu lieu en juin.
    Berne examine aussi comment la mise en place de capacités de stockage de gaz en Suisse peut être encouragée. Une information sera donnée d’ici fin août. Enfin, l’Office fédéral de l’énergie prépare actuellement une campagne d’économies à l’échelle nationale, qui sera mise en oeuvre en collaboration avec le secteur économique. Cette campagne vise à communiquer à la population et à ce secteur des mesures d’économie d’énergie simples et rapides à mettre en œuvre.
    ats/rp
    Prenez le temps d’examiner toutes les possibilités pour vous chauffer !!
    Le bois, combustible renouvelable local. Il faut bosser pour avoir chaud !
    Les pellets : combustible renouvelable local. C’est plus cher et il faut un poêle de qualité !
    Le gaz : si le gaz russe n’est plus disponible, on peut toujours utiliser du camping gaz !!
    L’électricité : PAC air/eau ou sonde géothermique/eau … si une pénurie d’électricité survient !!??
    L’électricité : indispensable pour faire fonctionner les chauffages à mazout, gaz, PAC, poêle à pellets, etc … donc en cas de pénurie, un groupe électrogène de secours est indispensable !!
    Pensez-y AVANT !!
    Ce n’est PAS parce que c’est l’été qu’il ne fera pas froid l’hiver prochain !!
    M. Lafontaine : La cigale et la fourmi
    https://www.iletaitunehistoire.com/genres/fables-poesies/lire/la-cigale-et-la-fourmi-biblidpoe_003#histoire

  4. Posté par Rastapopoulos le

    Il faut immédiatement lancer la construction de 5 centrales nucléaires. Seules solutions viables

  5. Posté par antoine le

    Merci M. Montabert pour ces informations de première main !
    En effet, c’est l’augmentation de l’électricité qui va renchérir toutes les marchandises !
    Le cours du pétrole (Brent ou WTI) est toujours élevé et va le rester pour une longue période !
    TOUS les consommateurs passent et passeront à la caisse, l’inflation est de retour !
    Les salaires augmenteront un peu mais ne compenseront PAS l’inflation ! Donc la classe moyenne va en faire les frais.
    L’AVS ne sera compensée que de 10 ou 20.–Frs … peanuts !
    La création de nouveaux pauvres bat son plein !
    La BNS a joué un très sale jeu avec ses taux négatifs, maintenant ce sont les employés et les ouvriers qui trinquent.
    Apparemment l’électricité en Suisse Romande augmentera dans des proportions encore plus considérables.
    L’augmentation du gaz à Yverdon a été de 45% !!
    L’augmentation du gaz à Lausanne (SIL) a été de 9,6% au 1er mars !
    L’augmentation des énergies fossiles a été considérable (mazout, Diesel, benzine) au moins 30-40% voir plus !
    Toutes les marchandises consommées en Suisse ou en Europe ont pris l’ascenseur, comment la classe moyenne, soit env. 80% de la population va-t-elle se chauffer le prochain hiver ?
    On a beau être plutôt  »fourmi », si notre gouvernement des 7 nains suit aveuglement les décisions de l’UE prisent par Mme von der Leyen (qui n’a pas été nommée démocratiquement), les gazoducs ne fourniront aucune énergie !
    Le Peuple suisse va se chauffer au bois ou au charbon !
    D’ailleurs en Allemagne, le Ministre de l’Économie, l’écologiste Robert Habeck (un Vert) va relancer la production électrique avec les centrales à charbon !
    Ils sont intelligents les Allemands, ils ont conservé et entretenu leurs  »vieilles » centrales à charbon !
    En Suisses, on est en train de démanteler la centrale nucléaire de Mühleberg (env. 300MW) !!
    5 ans après la votation de la SE2050 de Mme Leuthard, on est déjà en période de pénurie !
    https://www.uvek.admin.ch/uvek/de/home/uvek/bundesraetin-simonetta-sommaruga/fruehere-departementsvorstehende/interviews-doris-leuthard/une-competition-entre-les-energies-est-souhaitable.html
    Il est question d’une ou deux centrales à gaz … sans le gaz russe, on les oublie !
    Donc coupures de courant ou Black-Out garanti !
    N’oublions pas que la moitié du parc de centrales nucléaires français est à l’arrêt !!
    On n’entend plus sainte Greta … est-elle retournée à l’école pour étudier le climat ?

Et vous, qu'en pensez vous ?

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