L’obligation de servir, une réalité incontournable pour la Suisse

Denis Froidevaux
Brigadier, Président de la Société suisse des officiers

Une milice volontaire n’a rassemblé en Allemagne après l’abandon de la conscription obligatoire que 14% des jeunes allemands (service militaire et service civil). Ce % ramené à l’échelle suisse signifierait 4’900 personnes par année soit 5 fois moins qu’aujourd’hui. Toujours en Allemagne, seul 0,5% des effectifs potentiels ont été recrutés pour le service civil volontaire ! Le volontariat est à l’armée ce que la carie est à une dentition saine…

 

Le GSSA est conduit par des hommes et des femmes rusés qui ont compris que l’attaque frontale ne fonctionne pas en Suisse, c’est pourquoi ils utilisent le stratagème de la peau de mouton sur le dos du loup pour pénétrer incognito dans la bergerie.

La bouche en cœur, ils vous affirment de manière péremptoire qu’ils ne souhaitent pas la suppression de l’armée mais que la conscription est discriminatoire pour les jeunes suisses, que cela revient à appliquer le principe du travail forcé, que tous les autres pays ont abandonné ce modèle de servir, que la future armée ne réussira pas à incorporer l’ensemble des astreints et que de toute manière nous sommes à l’abri des risques et menaces pour l’éternité et last but not least selon son maitre à penser, Jo Lang, que la véritable milice se fonde sur la libre adhésion ( Le Temps 10.12.12).

On croit rêver. Pourtant vous ne rêvez pas ! Il faut écouter et entendre les arguments des adversaires d’une politique de sécurité crédible en Suisse et ne pas tomber dans le travers qui consisterait à leur manquer de considération. Ne commettons pas l’erreur de considérer comme le disait Talleyrand  que tout ce qui est excessif est insignifiant, loin s’en faut !

C’est avec des arguments factuels qu’il faut convaincre la population de ce pays et pas en dénigrant ceux du GSSA, mouvement apolitique de gauche.

Ces arguments sont connus, mais en voici, pour rappel, quelques lignes forces :

-           Le modèle de servir doit toujours être corrélé à une stratégie politique et sécuritaire. Les pays qui ont choisi d’abandonner, ou de suspendre à l’instar de la France ou de l’Allemagne, l’obligation de servir, ont fait le choix de produire leur sécurité bien au-delà de leurs frontières politiques, et de se projeter sur des théâtres d’opérations lointains souvent sous le joug des USA. A ce jour ce n’est pas le modèle retenu par la Suisse.

-          Une milice volontaire n’a rassemblé en Allemagne après l’abandon de la conscription obligatoire que 14% des jeunes allemands (service militaire et service civil). Ce % ramené à l’échelle suisse signifierait 4'900 personnes par année soit 5 fois moins qu’aujourd’hui. Toujours en Allemagne, seul 0,5% des effectifs potentiels ont été recrutés pour le service civil volontaire ! Le volontariat est à l’armée ce que la carie est à une dentition saine…

-          Le recrutement de volontaire sous l’angle qualitatif ne fonctionnera pas non plus ! il est évident que les meilleurs éléments privilégieront leur carrière, leur famille, leurs finances !

-          A terme la sélection des cadres subira un nivellement par le bas très dangereux pour la qualité des prestations

-          L’équilibre (très précaire actuellement)  entre les différentes régions du pays, entre les langues, les cultures, les couches sociales sera difficiles à assurer

-          Un exemple existe dans notre pays à propos de la milice volontaire, ce sont les femmes dans l’armée. Respect à elles, mais avec à peine 100 engagements par année on perçoit bien les limites d’un tel système fondé sur le volontariat.

Aussi un concept de sécurité ne peut reposer sur de telles bases sans mettre en péril la prestation attendue et dans le domaine de la sécurité cela n’est simplement pas acceptable, que dis-je c’est irresponsable !

Cela signifiera que la seule réserve stratégique physique du pays, dans un système sécuritaire de beau temps, sera incapable d’assurer sa mission ou alors plus tard, avec moins moyens, et moins longtemps.

Si l’on est un tant soit peu honnête, on doit admettre qu’aucun canton ne peut se passer du principe de subsidiarité, aucun canton ne peut imaginer se passer de cette réserve stratégique qu’est l’armée. Il est donc évident que ce modèle constituera un report de charges sur les cantons dont les conséquences sont incalculables en terme financier et en termes de ressources.

Reste l’option de la professionnalisation, sous réserve d’une adaptation de l’art 58 de la constitution.

La professionnalisation n’est pas un modèle adapté à la Suisse. Pourquoi ?

-          parce qu’une armée professionnelle est un Etat dans l’Etat ce qui dans un pays de quelque 8 mio d’habitants pose des problèmes très délicats de confusion dans la  répartition des compétences entre le CF, le Parlement, le Cdmt de l’A…sans parler du fédéralisme et du rôle essentiel des cantons ;

-          parce que la perte du contrôle démocratique est évidente car dans le fond l’armée de milice appartient au peuple, ce qui n’est plus le cas avec une armée professionelle ;

-          parce que la disparition de l’implication du citoyen dans le destin collectif est gravissime ;

-          parce que le recrutement sera irréalisable en Suisse en particulier sur le plan qualitatif. A ce sujet regardez ce qui se passe dans les pays qui ont renoncé à la conscription (Espagne qui recrute en Amérique du sud, France qui perd quelque 30% des professionnels au terme de chaque échéance contractuelle, la Suède qui ne recrute tout simplement pas le 50% de ses besoins,) partout le même constat… une quasi faillite du recrutement ;

-          parce que le financement serait lui aussi très problématique s’agissant d’assumer les salaires 365j/365 pour un effectif de… allez 30'000 hommes, vous consommez 3 mia avant même d’avoir acheté une veste ou un pantalon ;

-          parce que l’effectif nécessaire au profil de prestations ne pourra jamais être financé

-          parce qu’une armée professionnelle manque de souplesse, autrement formulé qu’en faites-vous 365j/an ?

-          parce que la doctrine liée à une armée professionnelle implique une projection d’une partie des moyens sur des théâtres d’opérations à l’étranger à l’instar de ce que tous les pays qui ont abandonné la conscription ont réalisé. Pensez-vous avoir une chance, une seule devant le peuple avec cette option d’engagement au delà de nos frontières politiques?

Et puis n’omettons pas dans un cas comme dans l’autre, ou dans l’hypothèse d’un mélange des deux, que ce qui fait la force de la milice c’est la capillarité entre les savoirs, les savoirs faire et les savoirs être civils et militaires et inversement.  Cela n’a pas de prix dans un petit pays comme la Suisse.

 

Notre engagement citoyen 2013

Pour toutes ces raisons la Société suisse des officiers produira son effort principal en 2013 sur cette campagne anti-initiative du GSSA et vous incite à en faire de même. Nous devons sortir du syndrome de la majorité silencieuse et nous faire entendre en qualité de citoyens responsables.

Quel que soit votre grade, votre fonction, votre âge, homme, femmes,  vous pouvez vous engager en soutenant financièrement la campagne. A ce titre vous avez certainement été sollicité et je vous remercie chaleureusement pour votre appui. Si tel ne devait pas être le cas et que vous souhaitez nous soutenir vous pouvez verser vos dons à la Fondation des officiers de l’armée suisse à l’adresse suivante :

Sitftung des Offiziere des Schweizer armée, Bielstrasse 12, 4500 Soleure. UBS Soleure/ IBAN : CH380026226210411901K

 

Mais l’argent n’est pas tout, nous avons besoin de vous dans les comités cantonaux.

Vous trouverez toutes les informations sur le site internet de la campagne ( ouverture en janvier 2013)  ou alors auprès des présidents des sections cantonales d’officiers. Nous avons besoin de chacune et de chacun, et ce n’est qu’un début car en 2014 il va falloir remettre le couvert avec la lutte contre le probable référendum contre le Gripen.

Avec tout mon respect et ma considération

Brigadier Denis Froidevaux

Président SSO

 

 

3 commentaires

  1. Posté par White Rabbit le

    Le site ci-dessus ayant fermé, en voici le contenu:

    En acceptant l’initiative populaire fédérale “oui à l’abrogation du service militaire obligatoire!”, vous ne dites pas seulement NON à l’armée de milice et son service obligatoire, vous dites OUI à une armée professionnelle.

    Les implications d’une armée professionnelle
    . Une population qui n’a pas ou peu de contrôle direct sur “son” armée avec comme corollaire

    . Un pouvoir (quel qu’il soit) qui peut utiliser l’armée comme bon lui semble, à l’extérieur comme à l’intérieur de la Suisse, que ce soit contre la volonté de ses citoyens ou ses citoyens eux-mêmes. (1)

    . Facilite les politiques interventionnistes des partis de gauche comme de droite au nom de divers idéaux et intérêts. (2)

    . Facilite des événements tels que ceux du 9 novembre 1932, contrairement aux croyances populaires.

    . L’hypocrisie d’une société où ses membres en paient d’autres pour défendre leurs vies, idées et intérêts, d’autant plus que

    . La majorité des armées professionnelles occidentales sont composées des “basses” couches sociales qui se battent pour les autres.

    Pourquoi maintenir une armée de milice et son service obligatoire?
    . Bien que les femmes ne soient pas conscrites, une armée de milice telle que la nôtre reste donc largement plus égalitaire qu’une armée professionnelle.

    . La façon la plus adéquate et efficace de défendre un pays repose dans les mains de ceux qui ont le plus grand intérêt à le défendre: sa population.

    Les implications d’une armée de milice et son service obligatoire
    . Elle garantit un réel contrôle des forces armées par le peuple et donc liberté, indépendance et sécurité; trois éléments mentionnés dans l’article 2 alinéa 1 de notre Constitution du 18 avril 1999.

    . En contrepartie, les individus doivent être prêts à, temporairement, mettre de côté luxes et intérêts personnels au bénéfice de la collectivité.

    Merci de votre attention.

    (1) Rappelez-vous, en 2003, des millions de personnes à travers le monde ont manifesté leur opposition à l’invasion de l’Irak par “leurs” forces armées.
    Le résultat? Des millions de personnes sont restées impuissantes et, surtout, plus de 100’000 enfants, femmes et hommes ont perdu la vie.
    Alors que cet épisode de “contrôle civil sur les forces armées” semble déjà avoir été oublié, il est néanmoins représentant des réalités de sociétés ayant recourt à des forces armées professionnelles.

    (2) Pensez à la présence de l’Allemagne, de la Belgique, de l’Espagne, de la France, de la Hollande, de l’Italie, ainsi que des pays scandinaves en Afghanistan…

  2. Posté par White Rabbit le

    Avis à la population: http://promilitia.wordpress.com/
    (Nota bene: veuillez noter que le site susmentionné n’a aucune affiliation avec l’Association Pro Militia.)

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