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Redevance SSR : face à la propagande de dernière minute, il faut garder les yeux ouverts

À quelques jours de la votation sur l’initiative « 200 francs ça suffit », j’ai le sentiment d’assister à une campagne de peur massive destinée avant tout à préserver un monopole médiatique et des privilèges devenus intouchables.

Uli Windisch
1 mars 2026
4 min de lecture

Depuis plu­sieurs jours, la pro­pa­gande en faveur du rejet de l’initiative « 200 francs ça suf­fit » devient omni­pré­sente. Elle est mas­sive, déme­su­rée, et sou­vent pro­fon­dé­ment orien­tée. Il suf­fit d’ouvrir les jour­naux, d’arriver dans une gare ou de par­cou­rir les grands axes urbains pour voir se déployer une cam­pagne d’une ampleur impres­sion­nante.

À Genève, par exemple, j’ai été frap­pé par le nombre d’affiches, de pan­neaux mobiles et de dis­po­si­tifs publi­ci­taires expli­quant que l’avenir de l’information objec­tive, de la qua­li­té jour­na­lis­tique et même du plu­ra­lisme suisse seraient mena­cés si cette ini­tia­tive était accep­tée.

Plus la cam­pagne avance, plus une chose appa­raît clai­re­ment : cer­tains pri­vi­lèges sont direc­te­ment mena­cés.

On voit les par­tis de gauche, les milieux cultu­rels et une grande par­tie des médias tra­di­tion­nels se mobi­li­ser avec une inten­si­té extra­or­di­naire. Les mêmes dis­cours reviennent par­tout : sans la SSR, la démo­cra­tie suisse s’effondrerait, les médias étran­gers pren­draient le contrôle, la qua­li­té dis­pa­raî­trait et le pays som­bre­rait dans les « fake news ».

Mais où sont pré­ci­sé­ment ces fameuses « fake news » dont on nous parle sans cesse ?

Le terme est deve­nu un slo­gan per­ma­nent. On veut même désor­mais l’introduire dans les écoles pour apprendre aux enfants à se méfier des « mau­vaises infor­ma­tions ». Pour­tant, on ne parle presque jamais de l’orientation idéo­lo­gique des médias eux-mêmes. On évite soi­gneu­se­ment d’aborder la ques­tion du plu­ra­lisme réel et de la repré­sen­ta­tion des sen­si­bi­li­tés poli­tiques dans le ser­vice public.

C’est pour­tant une ques­tion cen­trale.

Car beau­coup de Suisses ont aujourd’hui le sen­ti­ment qu’une par­tie du ser­vice public audio­vi­suel fonc­tionne dans une orien­ta­tion idéo­lo­gique lar­ge­ment mar­quée à gauche. Et lorsqu’on ose le dire, on est immé­dia­te­ment accu­sé de vou­loir détruire la démo­cra­tie ou atta­quer l’information.

Je ne remets pas en cause l’existence d’un ser­vice public audio­vi­suel. Per­sonne ne nie son uti­li­té. Mais il doit res­ter pro­por­tion­né, plu­ra­liste et finan­ciè­re­ment rai­son­nable.

Com­ment jus­ti­fier aujourd’hui cer­tains salaires dépas­sant ceux d’un conseiller fédé­ral dans un sys­tème finan­cé par la rede­vance obli­ga­toire ? Com­ment expli­quer une telle hyper­tro­phie admi­nis­tra­tive alors que de nom­breux médias pri­vés, avec des moyens infi­ni­ment plus modestes, pro­duisent un tra­vail de très grande qua­li­té ?

Il suf­fit d’observer ce qui se passe dans plu­sieurs médias indé­pen­dants, en Suisse comme en France, pour consta­ter qu’il est par­fai­te­ment pos­sible de pro­duire une infor­ma­tion solide, plu­ra­liste et pro­fes­sion­nelle avec des struc­tures beau­coup plus légères.

Ce qui devient insup­por­table, c’est sur­tout l’idée selon laquelle seuls les médias publics détien­draient une forme de légi­ti­mi­té démo­cra­tique.

Lorsqu’on voit la presse écrite se joindre mas­si­ve­ment à la défense du ser­vice public audio­vi­suel, on finit par avoir le sen­ti­ment qu’un même sys­tème cherche avant tout à pré­ser­ver ses posi­tions, ses finan­ce­ments et son influence.

On nous dit que le ser­vice public « appar­tient à tout le monde ». Ce n’est pas vrai si une par­tie impor­tante de la popu­la­tion a le sen­ti­ment d’en être cultu­rel­le­ment ou idéo­lo­gi­que­ment exclue.

La véri­table ques­tion est donc celle du plu­ra­lisme.

Une démo­cra­tie saine a besoin de concur­rence, de diver­si­té de points de vue et d’une véri­table ému­la­tion média­tique. Le plu­ra­lisme ne naît pas d’un mono­pole pro­té­gé par l’État, mais de la confron­ta­tion entre dif­fé­rents médias, dif­fé­rentes sen­si­bi­li­tés et dif­fé­rentes approches jour­na­lis­tiques.

Réduire la rede­vance de 335 à 200 francs ne signi­fie pas sup­pri­mer toute infor­ma­tion publique ni détruire la Suisse fédé­rale. C’est une mesure visant à remettre des limites rai­son­nables à un sys­tème deve­nu beau­coup trop lourd, trop coû­teux et trop sûr de lui-même.

Ce qui me frappe enfin, c’est la ner­vo­si­té extra­or­di­naire de cette cam­pagne de der­nière minute. Tout est mobi­li­sé, par­tout, comme si cer­tains savaient que quelque chose était en train de bas­cu­ler.

Je pense au contraire qu’il faut gar­der les yeux ouverts et ne pas se lais­ser impres­sion­ner par cette offen­sive média­tique per­ma­nente. Ceux qui défendent cette ini­tia­tive ne veulent pas moins d’information. Ils veulent des médias plus diver­si­fiés, plus équi­li­brés et davan­tage ouverts à la concur­rence et au plu­ra­lisme réel.

Uli Windisch
Uli Windisch

Sociologue, essayiste et ancien professeur de l’Université de Genève, Uli Windisch est né en 1946 à Crans-Montana. Spécialiste des médias, de la communication et des phénomènes migratoires, il s’est fait connaître par ses travaux sur le langage politique, la démocratie directe suisse et les mécanismes du « prêt-à-penser » médiatique. Auteur de nombreux essais, parmi lesquels Le Prêt-à-penser, Le Modèle suisse ou La Suisse brûle, il défend une approche critique du conformisme idéologique et du traitement médiatique des questions sensibles. Il est également le fondateur du média suisse LesObservateurs.ch

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