Redevance SSR : face à la propagande de dernière minute, il faut garder les yeux ouverts
À quelques jours de la votation sur l’initiative « 200 francs ça suffit », j’ai le sentiment d’assister à une campagne de peur massive destinée avant tout à préserver un monopole médiatique et des privilèges devenus intouchables.
Depuis plusieurs jours, la propagande en faveur du rejet de l’initiative « 200 francs ça suffit » devient omniprésente. Elle est massive, démesurée, et souvent profondément orientée. Il suffit d’ouvrir les journaux, d’arriver dans une gare ou de parcourir les grands axes urbains pour voir se déployer une campagne d’une ampleur impressionnante.
À Genève, par exemple, j’ai été frappé par le nombre d’affiches, de panneaux mobiles et de dispositifs publicitaires expliquant que l’avenir de l’information objective, de la qualité journalistique et même du pluralisme suisse seraient menacés si cette initiative était acceptée.
Plus la campagne avance, plus une chose apparaît clairement : certains privilèges sont directement menacés.
On voit les partis de gauche, les milieux culturels et une grande partie des médias traditionnels se mobiliser avec une intensité extraordinaire. Les mêmes discours reviennent partout : sans la SSR, la démocratie suisse s’effondrerait, les médias étrangers prendraient le contrôle, la qualité disparaîtrait et le pays sombrerait dans les « fake news ».
Mais où sont précisément ces fameuses « fake news » dont on nous parle sans cesse ?
Le terme est devenu un slogan permanent. On veut même désormais l’introduire dans les écoles pour apprendre aux enfants à se méfier des « mauvaises informations ». Pourtant, on ne parle presque jamais de l’orientation idéologique des médias eux-mêmes. On évite soigneusement d’aborder la question du pluralisme réel et de la représentation des sensibilités politiques dans le service public.
C’est pourtant une question centrale.
Car beaucoup de Suisses ont aujourd’hui le sentiment qu’une partie du service public audiovisuel fonctionne dans une orientation idéologique largement marquée à gauche. Et lorsqu’on ose le dire, on est immédiatement accusé de vouloir détruire la démocratie ou attaquer l’information.
Je ne remets pas en cause l’existence d’un service public audiovisuel. Personne ne nie son utilité. Mais il doit rester proportionné, pluraliste et financièrement raisonnable.
Comment justifier aujourd’hui certains salaires dépassant ceux d’un conseiller fédéral dans un système financé par la redevance obligatoire ? Comment expliquer une telle hypertrophie administrative alors que de nombreux médias privés, avec des moyens infiniment plus modestes, produisent un travail de très grande qualité ?
Il suffit d’observer ce qui se passe dans plusieurs médias indépendants, en Suisse comme en France, pour constater qu’il est parfaitement possible de produire une information solide, pluraliste et professionnelle avec des structures beaucoup plus légères.
Ce qui devient insupportable, c’est surtout l’idée selon laquelle seuls les médias publics détiendraient une forme de légitimité démocratique.
Lorsqu’on voit la presse écrite se joindre massivement à la défense du service public audiovisuel, on finit par avoir le sentiment qu’un même système cherche avant tout à préserver ses positions, ses financements et son influence.
On nous dit que le service public « appartient à tout le monde ». Ce n’est pas vrai si une partie importante de la population a le sentiment d’en être culturellement ou idéologiquement exclue.
La véritable question est donc celle du pluralisme.
Une démocratie saine a besoin de concurrence, de diversité de points de vue et d’une véritable émulation médiatique. Le pluralisme ne naît pas d’un monopole protégé par l’État, mais de la confrontation entre différents médias, différentes sensibilités et différentes approches journalistiques.
Réduire la redevance de 335 à 200 francs ne signifie pas supprimer toute information publique ni détruire la Suisse fédérale. C’est une mesure visant à remettre des limites raisonnables à un système devenu beaucoup trop lourd, trop coûteux et trop sûr de lui-même.
Ce qui me frappe enfin, c’est la nervosité extraordinaire de cette campagne de dernière minute. Tout est mobilisé, partout, comme si certains savaient que quelque chose était en train de basculer.
Je pense au contraire qu’il faut garder les yeux ouverts et ne pas se laisser impressionner par cette offensive médiatique permanente. Ceux qui défendent cette initiative ne veulent pas moins d’information. Ils veulent des médias plus diversifiés, plus équilibrés et davantage ouverts à la concurrence et au pluralisme réel.