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Quand certaines idéologies universitaires veulent abolir jusqu’à la différence homme-femme

À travers les théories du « lesbianisme politique » et du féminisme matérialiste, je vois se développer dans certains milieux universitaires une radicalité idéologique qui ne cherche plus seulement à contester les rapports sociaux, mais à déconstruire les catégories mêmes du réel.

Uli Windisch
14 mai 2026
4 min de lecture

Nous connais­sons déjà les effets du wokisme et des dif­fé­rentes formes de décons­truc­tion­nisme qui se sont déve­lop­pées ces der­nières années dans le monde uni­ver­si­taire occi­den­tal. Leur objec­tif est clair : décons­truire les caté­go­ries tra­di­tion­nelles de com­pré­hen­sion du monde, qu’il s’agisse de la nation, de la culture, de l’histoire, du lan­gage ou même du sexe bio­lo­gique.

Mais ce sur quoi je suis tom­bé récem­ment, à tra­vers une revue de presse uni­ver­si­taire gene­voise, va encore plus loin. Il s’agit cette fois du « les­bia­nisme poli­tique », pré­sen­té dans cer­tains dépar­te­ments d’études genre comme une théo­rie majeure et nova­trice, ensei­gnée dans le cadre de licences, mas­ters et doc­to­rats.

Ce qui frappe immé­dia­te­ment, c’est le degré de radi­ca­li­té idéo­lo­gique de ces théo­ries.

L’hétérosexualité y est pré­sen­tée comme un « régime poli­tique » de domi­na­tion des hommes sur les femmes. La simple rela­tion entre hommes et femmes serait donc en elle-même un méca­nisme d’oppression. Le les­bia­nisme poli­tique serait alors un moyen d’échapper à cette domi­na­tion struc­tu­relle.

Mais la logique ne s’arrête pas là.

Dans ces théo­ries ins­pi­rées du fémi­nisme maté­ria­liste mar­xiste, la dif­fé­rence entre hommes et femmes elle-même devient sus­pecte. Le fait de recon­naître des dif­fé­rences bio­lo­giques ou natu­relles entre les sexes est consi­dé­ré comme une construc­tion oppres­sive qu’il fau­drait abo­lir. On ne cherche plus seule­ment à trans­for­mer les rap­ports sociaux : on cherche à faire dis­pa­raître les caté­go­ries mêmes de sexe.

Cer­taines théo­ri­ciennes comme Monique Wit­tig sont aujourd’hui remises au pre­mier plan dans ces milieux aca­dé­miques. Leur idée cen­trale est que les caté­go­ries « homme » et « femme » ne seraient pas des réa­li­tés natu­relles, mais des construc­tions poli­tiques des­ti­nées à main­te­nir un rap­port de domi­na­tion com­pa­rable à celui des classes sociales dans le mar­xisme.

On retrouve ici un méca­nisme clas­sique des idéo­lo­gies tota­li­taires : modi­fier le lan­gage pour modi­fier la per­cep­tion du réel. Lorsque l’on affirme qu’il faut abo­lir jusqu’aux caté­go­ries homme-femme dans le lan­gage lui-même, on entre dans une logique où les mots deviennent des ins­tru­ments de trans­for­ma­tion idéo­lo­gique de la socié­té.

Ce qui me paraît par­ti­cu­liè­re­ment inquié­tant, c’est la pré­ten­tion scien­ti­fique de ces cou­rants. Parce qu’ils sont ensei­gnés à l’université, parce qu’ils béné­fi­cient d’une recon­nais­sance aca­dé­mique, beau­coup n’osent plus les cri­ti­quer ouver­te­ment. Pour­tant, il ne s’agit pas ici de science au sens rigou­reux du terme, mais bien de construc­tions idéo­lo­giques extrê­me­ment radi­cales.

J’ai moi-même connu cette évo­lu­tion uni­ver­si­taire. Lorsque j’avais par­ti­ci­pé à la créa­tion d’un mas­ter en com­mu­ni­ca­tion et médias, il exis­tait déjà une forme de dis­cri­mi­na­tion posi­tive en faveur des études genre et des études fémi­nistes, deve­nues prio­ri­taires dans cer­taines ins­ti­tu­tions aca­dé­miques.

Pen­dant ce temps, aux États-Unis, une par­tie de ces approches est aujourd’hui vive­ment contes­tée. Les poli­tiques de dis­cri­mi­na­tion posi­tive et cer­taines formes de mili­tan­tisme uni­ver­si­taire wokiste font désor­mais l’objet d’un rejet crois­sant. Donald Trump a d’ailleurs mené une offen­sive poli­tique par­ti­cu­liè­re­ment dure contre ces cou­rants idéo­lo­giques.

Chez nous, au contraire, le débat reste extrê­me­ment limi­té. Beau­coup pré­fèrent se taire par peur d’être immé­dia­te­ment accu­sés de réac­tion, de conser­va­tisme ou d’hostilité envers cer­taines mino­ri­tés.

Or les consé­quences de ces théo­ries peuvent être très lourdes, notam­ment pour les jeunes. À un âge où les ques­tions iden­ti­taires sont nor­males et par­fois fra­giles, cer­tains peuvent être entraî­nés dans des construc­tions idéo­lo­giques qui pré­sentent toute iden­ti­té sexuelle comme une oppres­sion ou une illu­sion sociale.

Je pense qu’il devient urgent de dis­tin­guer clai­re­ment la recherche scien­ti­fique sérieuse des idéo­lo­gies mili­tantes qui cherchent à s’imposer sous cou­vert de légi­ti­mi­té aca­dé­mique. Le simple fait qu’une théo­rie soit ensei­gnée à l’université ne suf­fit pas à la rendre scien­ti­fi­que­ment fon­dée.

Nous devrions avoir le cou­rage de regar­der luci­de­ment ce qui se déve­loppe aujourd’hui dans cer­tains milieux uni­ver­si­taires occi­den­taux, sans inti­mi­da­tion morale et sans auto­cen­sure.

Uli Windisch
Uli Windisch

Sociologue, essayiste et ancien professeur de l’Université de Genève, Uli Windisch est né en 1946 à Crans-Montana. Spécialiste des médias, de la communication et des phénomènes migratoires, il s’est fait connaître par ses travaux sur le langage politique, la démocratie directe suisse et les mécanismes du « prêt-à-penser » médiatique. Auteur de nombreux essais, parmi lesquels Le Prêt-à-penser, Le Modèle suisse ou La Suisse brûle, il défend une approche critique du conformisme idéologique et du traitement médiatique des questions sensibles. Il est également le fondateur du média suisse LesObservateurs.ch

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