Le président de la République française s’est dit préoccupé du sort des agriculteurs, dont certains vivent avec 200 ou 300 euros par mois. Il multiplie pourtant les annonces inquiétantes et sa politique fait craindre une aggravation des conditions de vie des paysans.
En visite officielle en Auvergne les 25 et 26 janvier, Emmanuel Macron a souhaité redonner de l’espoir aux agriculteurs. Il a notamment déclaré que « l’agriculture est une des clés de notre avenir » et qu’elle « est à la croisée des chemins ». Le chef de l’Etat a rappelé la difficile situation économique et sociale des agriculteurs, dont certains « vivent avec 200 ou 300 euros par mois. Chaque agriculteur doit être rémunéré au juste prix payé. Ils ne demandent pas des aides mais de ne pas être le seul secteur où la vente à perte est devenue la règle », a-t-il ajouté.
La suite de son discours a été beaucoup moins bien accueillie. Le chef de l’Etat a annoncé un accord « imminent » de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, dont le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay. Un accord qui pourrait faire exploser les volumes de viande bovine importés sans droit de douanes.
Pour Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine (FNB), la décision de singer un tel traité « est aussi incompréhensible que dangereuse pour notre filière. Nous déplorons l’incohérence totale dont fait preuve le gouvernement qui déclare, dans le même temps, vouloir valoriser le modèle d’élevage français durable, herbager, vertueux, aux garanties incomparables sur le plan sanitaire et efficace dans la lutte contre le réchauffement climatique et importer de façon massive des viandes répondant aux standards opposés ».
Société anxiogène
Il faut dire qu’Emmanuel Macron commence à se faire une spécialité de susciter la colère et la méfiance des paysans. Le 27 novembre, alors que les Etats membres de l’UE venaient de voter la réautorisation pour cinq ans du glyphosate, le président a demandé au gouvernement de prendre les dispositions pour que l’utilisation de l’herbicide soit interdite en France « dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans ».
Pour Robert Chaze, président de la chambre d’agriculture, cette décision illustre les problématiques qui se posent « depuis plusieurs décennies » à l’agriculture. Elle doit en effet « répondre aux exigences croissantes d’une société de plus en plus anxiogène, qui a peur de ce qu’elle consomme. La pression environnementale se fait également de plus en plus forte, avec de plus en plus de normes, ce qui a forcément des répercussions sur notre façon de travailler », regrette-t-il.
Moins craintifs, certains pays ont décidé d’homologuer la molécule. Au Canada, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) a prolongé pour 15 ans l’homologation du glyphosate à des fins de vente et d’utilisation. L’agence canadienne estime qu’il n’y a « aucun risque » pour la santé humaine ou l’environnement. Un avis partagé entre autres par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et, en France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
Crise prolongée
Mais le gouvernement français s’obstine à ignorer ces avis, exposant les agriculteurs à des distorsions de concurrence avec leurs voisins européens. Malgré la crise du secteur, le gouvernement français s’oriente en outre vers la défense d’un budget de la PAC (politique agricole commune) en baisse après 2020 en Europe.
Sur les réseaux sociaux, dans la rue…. les agriculteurs n’en peuvent plus
Leur revenu n’a jamais été aussi bas en France et, selon la MSA, la sécurité sociale agricole, « il existe un excès de mortalité par suicide chez les hommes agriculteurs exploitants ».
D’après les chiffres de l’Insee, la production a chuté de 6,6 % en 2016. De septembre 2016 à septembre 2017, 1 281 défaillances d’entreprises agricoles ont été répertoriées, soit une progression de 6,7 % par rapport aux douze mois précédents. Au niveau mondial, « la France, qui a été une grande puissance agricole, perd petit à petit des parts de marché », selon le constat peu reluisant de Robert Chaze sur l’année 2017.
S’il veut rassurer et sauver la vie des agriculteurs, Emmanuel Macron devra aller au-delà des déclarations d’intention et montrer qu’il est véritablement à l’écoute des paysans.
Charles De Smet, Les Observateurs