Nucléaire : ce que change concrètement la levée de l’interdiction
Au-delà du vote du 19 juin, la suppression de l’interdiction inscrite dans la loi sur l’énergie nucléaire ne déclenche aucune construction immédiate. Elle rétablit seulement la possibilité, pour un exploitant, de déposer une demande d’autorisation générale − une procédure qui passerait ensuite par l’examen des autorités de sûreté, puis vraisemblablement par un vote populaire au moment de tout projet concret.
La décision du Parlement est donc d’abord politique et juridique : elle rouvre une option fermée depuis 2017. Les milieux favorables au nucléaire estiment indispensable de disposer de ce cadre légal en amont, plutôt que d’avoir à légiférer dans l’urgence si un besoin se fait sentir.
Le dossier répond à un horizon précis. Les partisans tablent sur un déficit hivernal d’électricité à mesure que la demande croît − décarbonation des transports et du chauffage, numérisation, démographie − et que les réacteurs de Gösgen et Leibstadt arriveront en fin d’exploitation. Les centrales suisses actuelles fournissent aujourd’hui une part substantielle du courant national, principalement aux côtés de l’hydraulique.
La levée de l’interdiction vaut aussi pour les installations existantes : elle clarifie le cadre de leur exploitation à long terme, point sur lequel les partisans insistent dans tous les scénarios d’approvisionnement.
Reste la question, centrale dans le débat, des réacteurs dits de nouvelle génération. La technologie évoquée par les promoteurs − petits réacteurs modulaires notamment − n’est pas encore déployée commercialement à large échelle en Europe, ce qui alimente les réserves de la gauche, des Vert’libéraux et des Académies suisses des sciences sur les délais et les coûts. Si la récolte de signatures, lancée le 30 juin, aboutit dans le délai légal de 100 jours, le Conseil fédéral fixera une date de votation − vraisemblablement au printemps 2027.