Jugé pour un crime sordide, ce Sierra-Léonais en était à sa vingtième chance
À Genève, un Sierra-Léonais déjà condamné plus de vingt fois, notamment pour viol, comparaît pour l’assassinat présumé de sa compagne. Son parcours pose brutalement la question de l’efficacité des sanctions successives.
Le Ministère public genevois accuse cet homme né en 1985 d’avoir, en mars 2023 à Châtelaine, infligé à sa compagne une pénétration anale d’une violence telle qu’elle a provoqué une hémorragie mortelle. Il lui reproche aussi de n’avoir pas tenté de la réanimer et d’avoir tardé à appeler les secours. Le prévenu, poursuivi pour assassinat et infraction sexuelle, conteste les faits.
Avec cet individu, le sordide ne commence pourtant pas en 2023. À l’audience, la présidente a rappelé un casier de plus de vingt condamnations en Suisse et en France, certaines remontant à sa minorité, dont une pour viol. Il est en outre poursuivi dans une autre affaire pour contrainte sexuelle sur une femme, à propos d’une sodomie qu’il décrit comme un « accident ». L’expertise retient un trouble de la personnalité, un trouble du développement intellectuel et une dépendance à l’alcool. Le prévenu, arrivé à Genève depuis la Sierra Leone, explique également éprouver de grandes difficultés à lire et à écrire.
La misère sociale plante le décor, elle n’efface ni sa responsabilité ni celle de la justice. Plus de vingt condamnations, dont une pour viol, signifient qu’une succession de réponses pénales n’a pas suffi à interrompre une trajectoire morbide. On ignore encore, faute de documentation précise sur chacune des peines, combien de temps l’homme a réellement passé sous les verrous ou sous suivi. S’il ne s’agit pas à proprement parler d’impunité au sens juridique, nous faisons face à un échec manifeste dans la prévention de la récidive.
Se pose également la question de l’accueil de personnes étrangères qui plombent les statistiques. En 2025, sur 92 147 personnes prévenues d’infractions au Code pénal, 42,1 % étaient suisses, 32,3 % étrangères résidentes permanentes, 5,8 % relevaient de l’asile et 19,8 % appartenaient aux autres catégories d’étrangers. Rapportés aux populations concernées pour les deux premiers groupes (les données sur « l’asile » et les « autres catégories d’étrangers » n’étant pas assez solides), cela représente environ 5,9 prévenus pour 1 000 Suisses contre 12,6 pour 1 000 étrangers résidents permanents, soit un taux brut un peu plus de deux fois supérieur.
Pour les homicides et aux tentatives d’homicide dans le couple entre 2019 et 2023, l’OFS recensait 205 hommes prévenus : 41 % étaient suisses et 43 % étrangers résidents permanents. Rapporté à la population, le taux atteignait 1,7 pour 100 000 chez les hommes étrangers résidents contre 0,6 chez les Suisses. Pour les seuls homicides consommés, l’écart tombait à 0,4 contre 0,3.
À Genève, la culpabilité du Sierra-Léonais dans le drame de 2023 reste à juger. Son passé ne plaide pas en sa faveur, et moins encore en celle du système pénal, qui, vingt condamnations plus tard, n’a pas su mettre hors d’état de nuire un individu aussi dangereux.