Drone de Leipzig : l’homme qui l’a mis au sol n’a vu ni explosif ni détonateur
Sur la foi d’un drone piégé trouvé le 5 août à l’aéroport de Leipzig, Berlin a désigné la Russie, fermé son dernier consulat et réclamé de nouvelles sanctions. Un employé de l’aéroport, celui-là même qui a plaqué l’engin au sol, affirme aujourd’hui qu’il ne portait ni charge ni détonateur.
Le récit officiel est connu. Dans la nuit du 4 au 5 août, un chauffeur de bus du personnel au sol découvre un petit quadricoptère dans la zone sécurisée de l’aéroport de Leipzig-Halle, à quelques mètres d’un Antonov ukrainien. L’engin transporterait du Semtex, avec un détonateur qui aurait fait défaut ; le parquet fédéral se saisit de l’affaire. Le 1er septembre, les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères, Alexander Dobrindt et Johann Wadephul, attribuent la tentative d’attentat à la Russie : fermeture du consulat général de Bonn au 18 septembre, résiliation du bail de la Maison russe de Berlin, nouveaux noms proposés pour les listes de sanctions européennes.
Le 6 septembre, le blogueur ukrainien Anatoli Chariï, exilé en Espagne et condamné par contumace pour trahison à Kiev, publie sur X le témoignage d’un employé de l’aéroport qui souhaite rester anonyme par crainte pour son emploi. Sa version, relayée par la Berliner Zeitung puis par Telepolis, tient en quelques lignes. Pendant le chargement d’un avion-cargo sur l’aire 2, un petit drone de grande surface tourne autour de l’appareil, puis vient se placer à portée de main d’un employé. Celui-ci le plaque au sol, casse les hélices et signale par radio que l’engin est à terre. Ni explosif ni détonateur visibles. Quelques minutes plus tard, police, démineurs, pompiers, robot de déminage et équipes de télévision sont sur le tarmac, une zone à accès contrôlé située à une vingtaine de kilomètres de Leipzig. Cette rapidité, dit la source, a intrigué plusieurs collègues. Les photos diffusées ensuite, avec le matériel explosif posé à côté du drone, ne correspondent pas à ce qu’il a vu.
Mardi 15 septembre, Chariï a mis en ligne l’enregistrement de son informateur, et la journaliste germano-russe Alina Lipp a résumé l’affaire : un drone de loisir acheté chez Media Markt, incapable de porter une charge, et un engin explosif ajouté pour la photo.
Les enquêteurs racontent autre chose. Selon la ZDF, le drone était équipé d’antennes 5G, ce qui exclurait le modèle de supermarché. Selon SZ, NDR et WDR, deux suspects ont été identifiés : un Biélorusse à passeport russe, confondu par son ADN retrouvé sur le drone, sur une boîte de conserve remplie d’explosif et sur une antenne, entré dans l’espace Schengen avec un visa touristique italien délivré à Minsk ; et un Russe à passeport letton, reparti par l’aéroport de Berlin deux jours avant les faits. Un ADN déjà fiché en Finlande et en Lituanie, une boîte de conserve, une antenne : le dossier est si complet qu’il ne lui manque que le passeport oublié à côté du drone. Devant la commission du Bundestag, rapporte la NZZ, les enquêteurs se sont d’ailleurs montrés plus prudents que le ministre, qui parlait d’une responsabilité russe certaine « à cent pour cent ».
Aucune des deux versions n’est vérifiable de l’extérieur. Mais les questions posées par le témoin le sont : il existe forcément des relevés radio, des heures d’intervention et des premières images du lieu de la découverte. Si elles montrent la charge fixée sur le drone, le témoignage tombe. Berlin, qui a tiré de cette affaire une rupture diplomatique, a refusé de les rendre publiques.
L’enjeu dépasse la querelle germano-russe : la presse alémanique, NZZ et Watson en tête, a repris le récit officiel sans le discuter, et Berne aligne depuis 2022 ses sanctions sur les paquets européens. Si l’Allemagne obtient de nouvelles inscriptions sur les listes de l’UE au nom du drone de Leipzig, la Confédération les reprendra sans avoir jamais vu la première photo.
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