Des espions suisses trahis par leur caisse de retraite ?
Le piratage d’un prestataire de Publica pourrait exposer des agents du renseignement suisse en mission à l’étranger. Après Xplain, une nouvelle brèche nous rappelle que les secrets d’État passent aussi par la sous-traitance.
Des espions suisses pourraient être démasqués par leur caisse de retraite. Selon l’enquête de Blick, Berne redoute qu’une cyberattaque contre un fournisseur de Publica permette d’identifier des collaborateurs du Service de renseignement de la Confédération (SRC), notamment à l’étranger. Un agent opérant sous couverture commerciale pourrait être repéré en croisant les fichiers volés avec des registres de voyage et des réseaux sociaux. Les autorités n’ont cependant pas mentionné d’agent démasqué à ce jour.
La Caisse fédérale de pensions a bel et bien confirmé la fuite de données, survenue fin septembre. Noms, numéros AVS, adresses, salaires, coordonnées bancaires et données familiales pourraient être concernés, mais l’étendue du vol reste inconnue. Les services de sécurité, le groupement Défense et fedpol figurent parmi les organismes exposés, selon Blick. Déjà signalée dans nos colonnes, cette fuite rappelle le piratage de Xplain en 2023, qui avait entraîné la publication de données fédérales sensibles. Encore une porte ouverte chez un prestataire.
À l’étranger aussi, des espions ont vu leur couverture grillée à la suite de fuites de données. En 2015, des pirates ont dérobé aux États-Unis 21,5 millions de dossiers d’enquêtes de sécurité détenus par l’administration du personnel fédéral, précieux pour identifier des agents et leurs vulnérabilités. Au Royaume-Uni, en 2024, un réseau de paie militaire externalisé a été compromis : identités et coordonnées bancaires étaient potentiellement exposées, sans preuve établie d’exfiltration.
Les espions n’ont même pas besoin d’être piratés pour se trahir. Dès 2018, une enquête sur Polar Flow a permis de relier près de 6 500 utilisateurs à plus de 200 sites sensibles : les parcours de jogging d’agents et de militaires révélaient leurs domiciles. En 2026, Le Monde a suivi 18 599 profils liés à l’armée française, jusqu’à localiser le porte-avions Charles-de-Gaulle. Dès 2024, les gardes du corps de Macron, Biden et Poutine avaient trahi certains de leurs déplacements sur Strava. De la pension de retraite au footing, les secrets d’État tiennent parfois à un fil.
Poursuivre la discussion
Chers lecteurs, votre site évolue. Les commentaires sont toujours possibles, mais cela se passe sur les réseaux sociaux désormais.