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Nouveaux fronts tarifaires : Washington maintient la pression sur Berne

Washington recommande d'imposer à la Suisse un droit de douane supplémentaire de 12,5 %, plus élevé que celui visant l'Union européenne, au terme d'une enquête sur le travail forcé. Le Conseil fédéral rejette fermement ces reproches et défendra sa position lors de la consultation publique ouverte jusqu'au 7 juillet. En parallèle, les négociations commerciales bilatérales se poursuivent.

Dimitri Fontana
10 juin 2026
3 min de lecture

La Suisse fait face à une nou­velle salve dans le conten­tieux com­mer­cial qui l’op­pose aux États-Unis. Lors de sa séance du 5 juin 2026, le Conseil fédé­ral a exa­mi­né la suite à don­ner aux enquêtes ouvertes par le repré­sen­tant amé­ri­cain au Com­merce (USTR) au titre de la sec­tion 301 du Trade Act, et a reje­té « avec la plus grande fer­me­té » les reproches qui visent le dis­po­si­tif hel­vé­tique de lutte contre le tra­vail for­cé.

Deux enquêtes ouvertes au printemps

Tout est par­ti des 11 et 12 mars 2026, lorsque Washing­ton a lan­cé deux pro­cé­dures contre la Suisse au titre de la sec­tion 301, qui cible les « pra­tiques com­mer­ciales déloyales ou dis­cri­mi­na­toires ». La pre­mière porte sur des sur­ca­pa­ci­tés pré­su­mées dans la pro­duc­tion indus­trielle ; la seconde sur un manque sup­po­sé de mesures contre l’im­por­ta­tion de biens issus du tra­vail for­cé. La Suisse n’est pas seule visée : l’en­quête sur le tra­vail for­cé concerne 60 éco­no­mies au total, par­mi les­quelles l’U­nion euro­péenne, mais aus­si le Cana­da, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni, l’Aus­tra­lie ou Sin­ga­pour.

Une recommandation de 12,5 %

Le 2 juin, l’US­TR a publié les conclu­sions de son enquête sur le tra­vail for­cé. Sur les 60 éco­no­mies exa­mi­nées, 54 n’ont, selon Washing­ton, ni ins­tau­ré ni fait appli­quer effi­ca­ce­ment une inter­dic­tion d’im­por­ta­tion de biens issus du tra­vail for­cé. La Suisse figure dans cette caté­go­rie, ce qui lui vaut un droit de douane sup­plé­men­taire for­fai­taire recom­man­dé de 12,5 %. Les six éco­no­mies res­tantes − le Cana­da, l’É­qua­teur, l’U­nion euro­péenne, l’In­do­né­sie, le Mexique et le Pakis­tan − dis­posent d’une inter­dic­tion mais ne l’ap­pli­que­raient pas effi­ca­ce­ment, et se voient pro­po­ser un taux réduit de 10 %.

La Suisse est donc trai­tée plus sévè­re­ment que son grand voi­sin euro­péen, non par ciblage par­ti­cu­lier, mais parce qu’elle n’a pas adop­té d’in­ter­dic­tion for­melle d’im­por­ta­tion là où l’UE en pos­sède une, même jugée mal appli­quée par Washing­ton.

Pas encore en vigueur

Ces recom­man­da­tions n’entrent pas immé­dia­te­ment en appli­ca­tion. Une consul­ta­tion publique est ouverte : les com­men­taires écrits sont atten­dus jus­qu’au 6 juillet 2026, et l’US­TR tien­dra une audience publique le 7 juillet 2026. C’est dans cette fenêtre que le Conseil fédé­ral a déci­dé, le 5 juin, d’ex­po­ser une nou­velle fois la posi­tion de la Suisse.

La défense de Berne

Le gou­ver­ne­ment défend une approche dif­fé­rente, mais selon lui équi­va­lente. Plu­tôt qu’une inter­dic­tion d’im­por­ta­tion, la Suisse mise sur une com­bi­nai­son de régle­men­ta­tion éta­tique, d’é­va­lua­tions obli­ga­toires des risques par le sec­teur pri­vé et de coopé­ra­tion inter­na­tio­nale, cen­trée sur la pré­ven­tion et les causes du tra­vail for­cé dans les chaînes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment. Les deux méthodes dif­fèrent par la forme, plaide Berne, mais pas par leur objec­tif ni leur effi­ca­ci­té − et l’in­dus­trie amé­ri­caine ne subi­rait aucun pré­ju­dice de la pra­tique suisse.

Un empilement de surtaxes possible

Sur le plan tech­nique, les droits issus de la sec­tion 301 devraient rem­pla­cer les sur­taxes de 10 % pré­vues au titre de la sec­tion 122, en vigueur jus­qu’au 24 juillet 2026. Mais l’en­quête sur les sur­ca­pa­ci­tés, dont les conclu­sions et recom­man­da­tions sont atten­dues dans les pro­chaines semaines, pour­rait ajou­ter une couche tari­faire sup­plé­men­taire.

Mal­gré ce cli­mat, les négo­cia­tions en vue d’un accord com­mer­cial se pour­suivent. Le Conseil fédé­ral dit viser un règle­ment satis­fai­sant et durable des rela­tions éco­no­miques bila­té­rales, « indé­pen­dam­ment des déve­lop­pe­ments juri­diques et poli­tiques aux États-Unis ».

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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