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Destruction de la balance courante : pourquoi les Suisses doivent absolument limiter l’immigration

Reprendre le contrôle migratoire est pour la Suisse une double obligation.

Michel Piccand
30 mai 2026
22 min de lecture

Un mois avant le vote sur l’initiative à 10 mil­lions de l’UDC, dite ini­tia­tive pour la dura­bi­li­té et pour limi­ter l’immigration, les par­tis qui s’y opposent ont recom­men­cé à men­tir, sans la moindre rete­nue.

Le mensonge libre-circulationniste : un double danger pour la Suisse

Le conseiller fédé­ral socia­liste Beat Jans affir­mant que l’hôpital de Bâle devrait fer­mer si l’initiative est accep­tée. Ce qui est faux. Démen­ti par la NZZ elle-même. Le socia­liste a ensuite réité­ré en affir­mant que le Brexit, donc la fin de la libre-cir­cu­la­tion avec l’UE, avait entraî­né au Royaume-Uni une sur­mor­ta­li­té due à une pénu­rie d’infirmières. Ce qui est éga­le­ment faux. [1] De même la poli­ti­cienne PLR Jac­que­line de Quat­tro qui affirme que notre sys­tème de fron­tière ouverte avec l’UE nous assure une plus grande sécu­ri­té, alors que les agres­sions contre les biens et les per­sonnes dans notre pays ont aug­men­té jusqu’à 1280 % entre 1970 et aujourd’hui. [2]

Cela fait plus de vingt ans que les milieux libre-cir­cu­la­tion­nistes mentent sans aucune rete­nue au peuple suisse. Ils lui ont même confis­qué la vota­tion de limi­ta­tion du 9 février 2014 qui n’a jamais été appli­quée. Un nombre crois­sant de citoyens ne leur accorde plus aucun cré­dit. Et aujourd’hui, après vingt ans de libre-cir­cu­la­tion des per­sonnes, nous pou­vons désor­mais consta­ter deux effets qui, conju­gués ensemble, ont déjà com­men­cé à détruire l’économie hel­vé­tique et vont l’amener à une perte com­plète de sa pros­pé­ri­té.

Immigration, naturalisations et basculement politique du Conseil des États

Le pre­mier de ces effets, c’est la modi­fi­ca­tion dras­tique que l’immigration entraîne sur la com­po­si­tion poli­tique de notre par­le­ment. Le second effet, lié au pre­mier, montre com­ment cette modi­fi­ca­tion de la com­po­si­tion du par­le­ment va entraî­ner à terme la des­truc­tion de la balance cou­rante de la Suisse. Ce qui est en jeu, c’est la sur­vie du modèle éco­no­mique hel­vé­tique.

Per­sonne en Suisse ne peut igno­rer les effets qu’entraîne l’immigration sur la com­po­si­tion du par­le­ment. Avant l’entrée en vigueur de la libre-cir­cu­la­tion en 2002, la gauche obte­nait en moyenne 5 sièges au Conseil des États par légis­la­ture. Après 2002, elle en a obte­nu en moyenne 13, soit une aug­men­ta­tion de 140 %. Si cette évo­lu­tion se pour­suit, la gauche sera majo­ri­taire au Conseil des États à l’horizon 2040.

Mal­gré le peu d’attention por­tée à cette ques­tion dans notre pays, les faits sont là. La défense des migrants par la gauche lui ramène mas­si­ve­ment des élec­teurs qui, une fois natu­ra­li­sés, votent alors en retour pour le PS et le par­ti éco­lo­giste. On se demande com­ment il se fait qu’une telle ques­tion soit pas­sée sous silence dans notre pays. (En ce qui concerne le Conseil natio­nal, plus 9,5 % de sièges pour la même période).

La balance courante : la clé de la prospérité suisse

La balance cou­rante déter­mine la posi­tion exté­rieure d’un pays par rap­port au monde : si la Suisse importe plus qu’elle n’exporte, sa balance devient défi­ci­taire, dans le cas contraire elle devient excé­den­taire. Dans le pre­mier cas, notre pays devient débi­teur du monde ; dans le second, il devient créan­cier.

Les ques­tions sur le bien-fon­dé éco­no­mique d’avoir ou non une balance excé­den­taire ou défi­ci­taire pour un pays don­né sont extrê­me­ment com­plexes et ont mené à bien des erreurs dont cer­taines sont encore en mémoire.

L’exemple de l’Espagne, qui entre 2000 et 2012 a appli­qué à la lettre la doc­trine Law­son (d’après le nom de l’ancien ministre bri­tan­nique de l’économie sous That­cher, Nigel Law­son) et selon laquelle une balance défi­ci­taire peut être par­fai­te­ment sou­te­nable à long terme, a conduit les Espa­gnols droit à la faillite et les a mis dans l’obligation de deman­der l’aide de l’UE et de se sou­mettre à sa tutelle.

Aujourd’hui les éco­no­mistes, et notam­ment ceux du FMI, sont d’accord sur un point. Un défi­cit de la balance cou­rante qui dépasse 5 % du PIB à long terme est le signe clair d’une éco­no­mie qui court à la catas­trophe. Et c’est pré­ci­sé­ment ce chiffre de 5 % qui nous inté­resse.

En Suisse, la poli­tique impo­sée durant ces vingt der­nières années par les libre-cir­cu­la­tion­nistes, soit un modèle de crois­sance conti­nue des expor­ta­tions par une immi­gra­tion mas­sive de tra­vailleurs, n’a pas ame­né une balance cou­rante excé­den­taire. C’est même le contraire qui s’est réa­li­sé, cette poli­tique a ame­né un défi­cit crois­sant de notre balance cou­rante et en a pro­fon­dé­ment modi­fié la struc­ture.

Sans le négoce de matières premières, la Suisse est déjà déficitaire

Si le compte brut de notre balance cou­rante publié par la BNS pré­sente aujourd’hui un solde posi­tif, nous le devons uni­que­ment à notre place de négoce de matières pre­mières.

Si l’on ôte l’activité du négoce de matière pre­mière de ce compte, et abs­trac­tion faite du com­merce de l’or non moné­taire, alors le modèle éco­no­mique libre-cir­cu­la­tion­niste a ame­né notre pays à une balance cou­rante aujourd’hui struc­tu­rel­le­ment défi­ci­taire.

Depuis des années la gauche s’attaque en Suisse direc­te­ment à nos sec­teurs finan­ciers. On se rap­pelle tous les pro­pos de l’ancien conseiller d’État gene­vois éco­lo­giste, Anto­nio Hod­gers, qui, lors de la chute du secret ban­caire, s’était lit­té­ra­le­ment réjoui que la Suisse arrête ain­si de « pro­fi­ter » du monde, ce sont ses propres mots.

Si la gauche obtient la majo­ri­té au Conseil des États à l’horizon 2040, alors vous pour­rez dire adieu au négoce de matière pre­mière en Suisse, un sec­teur qui se délo­ca­li­se­ra sans l’ombre d’une hési­ta­tion. Et s’il se délo­ca­lise, ce que l’on tient pour cer­tain, voi­ci alors ce qu’il se pas­se­ra.

La balance cou­rante de la Suisse devien­dra dura­ble­ment défi­ci­taire et sans doute même pour tou­jours. Alors que dans toute notre his­toire cette balance a tou­jours été à l’équilibre ou for­te­ment posi­tive, elle devien­dra sans doute pour tou­jours défi­ci­taire. Le citoyen doit quand même le savoir.

Voi­là donc le scé­na­rio tel que vous pou­vez l’imaginer. Selon l’i­den­ti­té comp­table macroé­co­no­mique fon­da­men­tale, où le solde exté­rieur (expor­ta­tions moins impor­ta­tions) est stric­te­ment égal à la dif­fé­rence entre l’é­pargne natio­nale et l’in­ves­tis­se­ment (X – M = S – I).

Si bien évi­dem­ment en éco­no­mie on ne peut pas tout pré­voir, il est presque cer­tain que c’est ce qui va se pas­ser. Et même avec des varia­tions, c’est pour la Suisse un résul­tat catas­tro­phique qui s’annonce.

Contrai­re­ment à ce qu’affirment les oppo­sants, le chaos, c’est eux, et non pas l’initiative. Il vous suf­fit de lire ce qui suit.

Notre balance cou­rante telle qu’elle est actuel­le­ment montre des soldes posi­tifs ou néga­tifs pour les 4 postes habi­tuels. Dans le gra­phique ci-des­sous, on voit clai­re­ment que la crois­sance de la Suisse en régime de libre-cir­cu­la­tion des per­sonnes depuis 2002 en a pro­fon­dé­ment modi­fié la struc­ture. On voit clai­re­ment que les béné­fices que la Suisse obte­nait du monde jusque vers 2004 en lui four­nis­sant plus de ser­vices qu’elle ne lui en ache­tait (solde posi­tif en rouge) et en rece­vant plus de reve­nus de capi­taux et de salaires qu’elle ne lui en ver­sait (solde posi­tif en vert clair) ont mas­si­ve­ment lais­sé place à un sys­tème d’exportation de mar­chan­dises (en bleu). [3]

Ce graphique présente l'historique complet des soldes de la balance courante helvétique. L'échelle élargie (de -100 000 à 150 000 millions de CHF) permet d'apprécier la totalité des volumes et met en évidence la croissance exceptionnelle du solde global des marchandises (en bleu) enregistrée à partir de 2021, portée notamment par le négoce.
Ce gra­phique pré­sente l’his­to­rique com­plet des soldes de la balance cou­rante hel­vé­tique. L’é­chelle élar­gie (de ‑100 000 à 150 000 mil­lions de CHF) per­met d’ap­pré­cier la tota­li­té des volumes et met en évi­dence la crois­sance excep­tion­nelle du solde glo­bal des mar­chan­dises (en bleu) enre­gis­trée à par­tir de 2021, por­tée notam­ment par le négoce.

Vu ain­si et en appa­rence, l’on pour­rait se dire que ce n’est peut-être pas une si mau­vaise affaire, les soldes posi­tifs (en bleu) res­tent supé­rieurs aux soldes néga­tifs. Et bien que l’on voie clai­re­ment le chan­ge­ment de la com­po­si­tion et de la struc­ture de la balance.

Mais, si l’on regarde le même gra­phique qui suit ci-après, et duquel on enlève dans le cal­cul du compte mar­chan­dises ce que rap­porte le sec­teur de négoce des matières pre­mières, alors on voit expli­ci­te­ment que notre balance est en réa­li­té désor­mais défi­ci­taire. Et qu’elle est déjà entrée dans une zone proche d’un défi­cit de 5 % du PIB que le FMI déclare comme insou­te­nable sur le long terme.

Soit depuis 2020 des défi­cits cou­rants de 10 à 40 mil­liards par année pour un PIB pas­sé de 720 à 854 mil­liards.

Ce graphique adopte une échelle verticale resserrée (de -80 000 à 80 000 millions de CHF) afin d'analyser plus finement les fluctuations historiques des services (rouge) et des revenus (vert/jaune). Il met en évidence l'impact de l'exclusion du négoce de matières premières : le solde marchandises (bleu) apparaît alors drastiquement réduit sur les dernières années. Les soldes déficitaires deviennent clairement plus importants que le solde marchandises.
Ce gra­phique adopte une échelle ver­ti­cale res­ser­rée (de ‑80 000 à 80 000 mil­lions de CHF) afin d’a­na­ly­ser plus fine­ment les fluc­tua­tions his­to­riques des ser­vices (rouge) et des reve­nus (vert/jaune). Il met en évi­dence l’im­pact de l’ex­clu­sion du négoce de matières pre­mières : le solde mar­chan­dises (bleu) appa­raît alors dras­ti­que­ment réduit sur les der­nières années. Les soldes défi­ci­taires deviennent clai­re­ment plus impor­tants que le solde mar­chan­dises.

Les oppo­sants libre-cir­cu­la­tion­nistes à l’initiative disent que nous sommes le chaos. C’est l’exact contraire qui est vrai. Ils ont déjà com­men­cé à détruire le solde de notre balance cou­rante.

La sou­te­na­bi­li­té à long terme de la balance de la Suisse passe donc désor­mais par une néces­si­té abso­lue de pro­té­ger notre place de négoce de matière pre­mière. Dans le cas contraire, d’un com­merce de négoce qui s’en va parce que la gauche a pris le pou­voir au Conseil des États, nous serons alors confron­tés à une catas­trophe éco­no­mique d’une ampleur jamais vue.

Sur la base de ce scé­na­rio, négoce qui s’en va, gauche au pou­voir à la chambre haute du par­le­ment, et sur la base du modèle de base de comp­ta­bi­li­té macro-éco­no­mique fon­da­men­tale (X – M = S – I) et d’une balance qui devient struc­tu­rel­le­ment défi­ci­taire, nous avons deman­dé à une IA de nous décrire par étapes le scé­na­rio à venir.

En lui pré­ci­sant éga­le­ment que l’industrie phar­ma­ceu­tique suisse (qui est le deuxième plus gros contri­bu­teur au solde posi­tif de notre balance) va vrai­sem­bla­ble­ment aus­si en par­tie se délo­ca­li­ser sous la pres­sion des Amé­ri­cains.

Voi­ci donc en résu­mé ces étapes, qui après ana­lyse sont par­fai­te­ment cohé­rentes avec le modèle pré­ci­té.

Le scénario d’une Suisse déficitaire : fin du franc fort et choc économique

Si la balance cou­rante de la Suisse bas­cu­lait sou­dai­ne­ment dans le rouge en rai­son de la délo­ca­li­sa­tion de sa place de négoce de matières pre­mières, le pays subi­rait un choc macroé­co­no­mique majeur. Celui-ci serait notam­ment mar­qué par la fin du franc fort et par une restruc­tu­ra­tion for­cée de son modèle éco­no­mique.

La perte de ce sec­teur stra­té­gique – qui repré­sente une part immense des expor­ta­tions et des reve­nus de capi­taux en Suisse – déclen­che­rait des ajus­te­ments immé­diats à tra­vers plu­sieurs canaux clés et aurait les effets sui­vants :

  1. La fin du pri­vi­lège du franc fort entraî­ne­rait immé­dia­te­ment une hausse de l’inflation impor­tée. Une mon­naie plus faible ren­ché­ri­rait méca­ni­que­ment le coût de tous les pro­duits que la Suisse importe (éner­gie, voi­tures, tech­no­lo­gies, pro­duits ali­men­taires, intrants). Pour la pre­mière fois depuis des décen­nies, la Suisse ferait face à une infla­tion impor­tée et durable dans le temps.
  2. Pour frei­ner la chute de la mon­naie et jugu­ler l’in­fla­tion, la Banque natio­nale suisse (BNS) serait contrainte de rele­ver dras­ti­que­ment ses taux d’in­té­rêt direc­teurs. Le coût pour l’é­co­no­mie réelle serait monu­men­tal. Des taux d’in­té­rêt éle­vés ren­draient le cré­dit beau­coup plus cher. Cela contrac­te­rait immé­dia­te­ment l’in­ves­tis­se­ment pri­vé et déclen­che­rait un refroi­dis­se­ment sévère du mar­ché immo­bi­lier suisse, très sen­sible aux varia­tions des taux hypo­thé­caires.
  3. En deve­nant défi­ci­taire, la Suisse bas­cu­le­rait dans la situa­tion de la France : elle ne pro­dui­rait plus assez d’é­pargne interne pour cou­vrir ses besoins et devrait, elle aus­si, atti­rer des capi­taux étran­gers pour “payer sa fac­ture” exté­rieure.
    Bien que la dette publique suisse actuelle soit très faible grâce au méca­nisme du frein à l’en­det­te­ment, la baisse des recettes fis­cales liées au sec­teur du négoce for­ce­rait la Confé­dé­ra­tion et les can­tons (notam­ment Genève et Zoug, hubs du négoce) à faire des choix bud­gé­taires dou­lou­reux : aug­men­ter les impôts ou cou­per dans les dépenses publiques. Ce serait la fin de la péréqua­tion finan­cière.
  4. Si bien évi­dem­ment les expor­ta­teurs pour­raient béné­fi­cier dans une cer­taine mesure d’une baisse de la valeur du franc, et seule­ment eux, puisque les citoyens et les consom­ma­teurs subi­raient de plein fouet l’inflation impor­tée, les deux élé­ments pré­sen­tés que sont pour la Suisse une balance cou­rante défi­ci­taire sans le sec­teur du négoce, et l’exigence par les Amé­ri­cains d’une délo­ca­li­sa­tion d’une par­tie de la pro­duc­tion phar­ma suisse aux USA, enlè­ve­raient toute pos­si­bi­li­té d’une simple tran­si­tion indus­trielle gérable, et s’ap­pa­ren­te­raient à un choc macroé­co­no­mique sys­té­mique de très grande ampleur.
    En com­bi­nant le fait que la balance suisse est déjà défi­ci­taire sans le négoce et que la phar­ma délo­ca­lise sa pro­duc­tion vers les États-Unis sous la contrainte des tarifs doua­niers amé­ri­cains, la Suisse per­drait simul­ta­né­ment ses deux plus puis­sants géné­ra­teurs d’ex­cé­dents.
  5. La perte de ces deux moteurs (phar­ma et négoce) plon­ge­rait immé­dia­te­ment la Suisse dans un défi­cit cou­rant struc­tu­rel pro­fond et durable. Pour rap­pel, le mar­ché amé­ri­cain compte pour plus de la moi­tié des expor­ta­tions de la phar­ma suisse.
    La Suisse pas­se­rait ins­tan­ta­né­ment du sta­tut de cham­pionne du monde des excé­dents à celui de pays lour­de­ment défi­ci­taire. Elle fran­chi­rait le seuil d’a­lerte des 5 % du PIB, bas­cu­lant dans une dépen­dance abso­lue et subie vis-à-vis des finan­ce­ments inter­na­tio­naux pour main­te­nir son niveau de vie.
    Le franc suisse per­drait ses fon­de­ments éco­no­miques. Sans l’af­flux mas­sif de dol­lars et d’eu­ros issus de la phar­ma et du négoce, l’offre de devises s’as­sé­che­rait. Le franc subi­rait une déva­lua­tion his­to­rique face à l’eu­ro et au dol­lar.
    L’inflation devien­drait explo­sive pour un pays qui importe une grande par­tie de son éner­gie et de ses biens de consom­ma­tion cou­rante, un franc faible pro­vo­que­rait un choc infla­tion­niste violent et durable, incon­nu en Suisse depuis les années 1970.
    Pour stop­per la fuite des capi­taux et sta­bi­li­ser la mon­naie, la BNS serait obli­gée de mon­ter ses taux d’in­té­rêt direc­teurs à des niveaux très éle­vés. Ce qui entraî­ne­rait une asphyxie immo­bi­lière due à une explo­sion des coûts des cré­dits hypo­thé­caires, déclen­chant un krach sur le mar­ché immo­bi­lier suisse, qui est l’un des piliers de la richesse domes­tique.
    Du fait de la des­truc­tion des recettes de l’É­tat (les mul­ti­na­tio­nales du négoce à Genève ou Zoug et de la phar­ma à Bâle comptent par­mi les plus grands contri­buables du pays), la Confé­dé­ra­tion et les can­tons seraient pri­vés d’une part colos­sale de leurs recettes fis­cales.
    Ce serait la fin du modèle social suisse.
    Pour res­pec­ter le méca­nisme consti­tu­tion­nel du frein à l’en­det­te­ment, Berne n’au­rait d’autre choix que d’aug­men­ter dras­ti­que­ment les impôts (TVA, impôt fédé­ral direct) et de cou­per mas­si­ve­ment dans les dépenses publiques (infra­struc­tures, trans­ports, aides sociales).
    Ce serait une restruc­tu­ra­tion éco­no­mique cruelle pour la Suisse avec une baisse dras­tique du niveau de vie. Les éco­no­mistes de l’UBS estiment qu’une délo­ca­li­sa­tion par­tielle de la phar­ma coû­te­rait déjà à elle seule jus­qu’à un quart de la crois­sance éco­no­mique suisse sur cinq ans. Avec le négoce en moins, le pays subi­rait une réces­sion pro­lon­gée et une baisse nette du pou­voir d’a­chat réel des rési­dents.
    La Suisse n’au­rait d’autre choix que de se réin­ven­ter autour de son tis­su de PME (machines-outils, hor­lo­ge­rie, med­tech) et de son sec­teur tou­ris­tique, qui béné­fi­cie­raient – maigre conso­la­tion – de la baisse du franc suisse pour expor­ter plus faci­le­ment vers l’Eu­rope.
  6. En résu­mé, dans ces condi­tions extrêmes, la Suisse per­drait inévi­ta­ble­ment son sta­tut d’ex­cep­tion macroé­co­no­mique mon­diale. Elle devien­drait une éco­no­mie euro­péenne stan­dard, contrainte de s’en­det­ter à l’é­tran­ger, confron­tée à l’aus­té­ri­té bud­gé­taire, et for­cée de recons­truire sa com­pé­ti­ti­vi­té par les prix plu­tôt que par l’in­no­va­tion et les reve­nus de ses géants mul­ti­na­tio­naux.

Ce sont toutes ces consé­quences qui sont en jeu si l’immigration n’est pas ralen­tie et que la gauche devient majo­ri­taire à la chambre haute du par­le­ment.

Si l’on peut bien com­prendre les besoins de la phar­ma et d’autres entre­prises en tra­vailleurs (le négoce en a besoin de consi­dé­ra­ble­ment moins), on ne peut oublier que ce sec­teur peut lar­ge­ment les satis­faire par le recours aux tra­vailleurs fron­ta­liers (qui eux n’obtiennent pas de droits poli­tiques sur notre pays), comme on ne peut oublier qu’il est déjà pré­vi­sible que sa demande de tra­vailleurs va bais­ser du fait de sa délo­ca­li­sa­tion par­tielle aux USA.

Négli­ger que la place de négoce puisse alors à son tour se délo­ca­li­ser est une faute éco­no­mique et poli­tique majeure.

Du fait des effets néga­tifs sur notre pays que va entraî­ner la situa­tion de la phar­ma, la loca­li­sa­tion du négoce de matière pre­mière sur notre ter­ri­toire est désor­mais une ques­tion de sur­vie.

Prendre le risque que l’immigration conti­nue d’alimenter l’ascension au pou­voir de la gauche au Conseil des États est un no go abso­lu. Toute per­sonne qui réflé­chit un peu est capable de le com­prendre.

Aujourd’hui voter la limi­ta­tion de l’immigration n’est plus un choix, c’est une obli­ga­tion, une condi­tion de sur­vie non seule­ment éco­no­mique mais poli­tique pour notre pays.

Le scé­na­rio est par­fai­te­ment clair et pré­vi­sible. Si l’im­mi­gra­tion de masse se pour­suit, la gauche sera tôt ou tard majo­ri­taire au Conseil des États et le sec­teur du négoce alors s’en ira et notre balance cou­rante devien­dra à jamais défi­ci­taire. C’est un risque que la Suisse ne peut pas cou­rir. [4]

Notes

[1] Dans cette cam­pagne pré­cé­dant la vota­tion, le conseiller fédé­ral socia­liste Beat Jans ne recule devant rien pour essayer de faire peur aux gens.

D’abord, dans la Bas­ler Zei­tung, il est allé jusqu’à dire que l’hôpital de Bâle devrait fer­mer si l’on accep­tait l’initiative. Ce à quoi l’UDC lui a répon­du que son affir­ma­tion était fausse puisque l’hôpital de Bâle tra­vaille essen­tiel­le­ment avec des fron­ta­liers et qu’ils ne sont pas concer­nés par l’initiative de limi­ta­tion. Il a même été atta­qué par la NZZ qui lui a rétor­qué que son argu­ment ne tenait pas la route puisque la Suisse a envi­ron besoin de 2000 infir­mières et méde­cins par année et qu’ils pour­raient aisé­ment trou­ver place dans le quo­ta de 35 000 migrants qui sub­sis­te­rait si l’initiative est accep­tée.

Non­obs­tant, Jans a conti­nué et en a rajou­té, alors que, soit dit en pas­sant, les nou­velles règles votées sur le devoir de réserve du Conseil fédé­ral désor­mais le lui inter­disent, mais bon, on sait dans ce pays qui se moque de la loi.

Dans Wat­son, Beat Jans raconte qu’au Royaume-Uni le Brexit a entraî­né une sur­mor­ta­li­té à cause de la pénu­rie d’infirmières qui en a décou­lé, ain­si qu’une pénu­rie soi-disant de maté­riel médi­cal. Or c’est tota­le­ment faux, il n’y a pas eu de pénu­rie d’infirmières au Royaume-Uni.

Il existe une seule étude, finan­cée par un ins­ti­tut de recherche pri­vé alle­mand (The Effect of Brexit on NHS Hos­pi­tal Qua­li­ty. IZA DP N°17797), qui a trou­vé une hausse de la mor­ta­li­té au Royaume-Uni après le Brexit, mais qui explique qu’il n’y a pas eu de pénu­rie d’infirmières mais un rem­pla­ce­ment des infir­mières de pro­ve­nance euro­péenne (essen­tiel­le­ment irlan­daises et sud-euro­péennes) par des infir­mières extra-euro­péennes (l’étude dit asia­tiques) et que c’est la com­po­si­tion des infir­mières qui a chan­gé et qui est la cause de cette sur­mor­ta­li­té. Entendre que des infir­mières moins bien for­mées ont rem­pla­cé des infir­mières qui étaient, elles, mieux for­mées, et que c’est cette dif­fé­rence de qua­li­té de for­ma­tion qui explique les morts en plus.

Cette étude est d’autre part irre­ce­vable parce qu’elle tire une conclu­sion qu’il est impos­sible de tirer, comme celle d’attribuer un lien entre la sur­mor­ta­li­té et le Brexit.

Le Brexit, c’est un chan­ge­ment de pra­tique admi­nis­tra­tive. Avant le Brexit, une infir­mière UE pou­vait libre­ment venir s’établir au Royaume-Uni si elle avait un contrat de tra­vail (prin­cipe de libre-cir­cu­la­tion des per­sonnes). Après, il lui fal­lait une auto­ri­sa­tion sup­plé­men­taire dic­tée par les besoins du pays.

Le fait que le Brexit soit entré en vigueur, soit la fin de la libre-cir­cu­la­tion, n’implique pas que toute immi­gra­tion y soit deve­nue inter­dite ou impos­sible pour un res­sor­tis­sant UE, la dif­fé­rence c’est que cette immi­gra­tion est main­te­nant gui­dée et contrô­lée par l’administration du pays.

Si des infir­mières UE ont été rem­pla­cées par des infir­mières extra-UE, cela n’a pas été déter­mi­né par la fin de la libre-cir­cu­la­tion et le Brexit, mais par les choix poli­tiques et admi­nis­tra­tifs qu’ont faits ensuite les auto­ri­tés bri­tan­niques, qui avaient toute liber­té de conti­nuer à faire venir des infir­mières UE par exemple par des condi­tions d’appel favo­rables, ce que ces auto­ri­tés n’ont pas fait.

Une confi­gu­ra­tion qui de toute façon ne pour­rait pas arri­ver en Suisse puisque notre pays béné­fi­cie d’une condi­tion d’appel natu­rel des infir­mières UE pour la Suisse en rai­son de la hau­teur rela­tive de nos salaires.

On voit donc ici toute la mani­pu­la­tion de ces poli­ti­ciens qui cherchent à faire peur aux gens. On ne peut pas lier cette sur­mor­ta­li­té à la fin de la libre-cir­cu­la­tion en elle-même, cela n’est pas pos­sible.

[2] La pro­gres­sion réelle de la cri­mi­na­li­té est cachée au peuple en Suisse depuis des années, et chaque citoyen peut aujourd’hui s’en aper­ce­voir. Tous les articles de jour­naux et de la SSR ne relatent que des pro­gres­sions et dimi­nu­tions de la cri­mi­na­li­té qui ne dépassent jamais l’horizon dix ans, et qui ne concernent que les chiffres après l’introduction de la libre-cir­cu­la­tion en 2002, et au motif selon l’OFS que les séries sta­tis­tiques longues ne seraient scien­ti­fi­que­ment plus pos­sibles du fait que la Suisse a réfor­mé ses manières de recen­ser les infrac­tions pour les rendre com­pa­tibles avec les exi­gences de l’UE. Une soi-disant impos­si­bi­li­té de mesure dans le temps qui est par­fai­te­ment fausse.

Tout un nombre d’infractions pénales, et en par­ti­cu­lier celles qui concernent les vio­lences d’agression, conservent leurs carac­té­ris­tiques au tra­vers du temps. Une agres­sion reste une agres­sion, un meurtre reste un meurtre, une atteinte cor­po­relle grave reste une atteinte cor­po­relle grave, un faux dans les titres un faux dans les titres.

Voi­ci donc cer­taines évo­lu­tions de la cri­mi­na­li­té pénale entre les années 1970 – 1973 (moyenne tri­san­nuelle) et 2024, soit sur une période durant laquelle la popu­la­tion suisse a aug­men­té de 45 %.

  • Dans les années 1970 – 1973 et les années pré­cé­dentes, il y avait envi­ron 10 à 15 condam­na­tions par année pour lésions cor­po­relles graves, une par mois, alors que notre popu­la­tion était bien plus jeune. Il y en a eu 207 en 2024 (+ 1280 %). Donc une aug­men­ta­tion de 14 fois alors que la popu­la­tion n’a aug­men­té que de 1,4 fois.
  • En 1970 – 1973 et avant, il y avait envi­ron 460 per­sonnes condam­nées pour lésions cor­po­relles simples chaque année. Il y en a eu 2208 en 2024 (+ 380 %). Les chiffres qui suivent parlent d’eux-mêmes.
  • En 1970 – 1973 et avant, il y avait envi­ron 50 per­sonnes condam­nées pour par­ti­ci­pa­tion à une rixe chaque année. Il y en a eu 380 en 2024 (+ 660 %). Pour une popu­la­tion, rap­pe­lons-le, qui elle a aug­men­té de 45 %.
  • En 1970 – 1973 et avant, il y avait envi­ron 20 per­sonnes condam­nées pour meurtre ou assas­si­nat chaque année. Il y en a eu 77 en 2024 (+ 285 %).
  • En 1970 – 1973, il y avait envi­ron 100 per­sonnes condam­nées pour bri­gan­dage chaque année (vol avec vio­lence sur la vic­time). Il y en a eu 320 en 2024 (+ 220 %).
  • Dom­mages à la pro­prié­té : 470 à 3989 (+ 749 %). Ban­que­route frau­du­leuse et fraude dans la sai­sie 40 à 228 (+ 470 %).
  • Menaces 67 à 2586 (+3759 %). Contraintes 52 à 1098 (+2011 %).
  • Vio­la­tions de domi­cile : 213 à 6785 (+ 3085 %).
  • Faux dans les titres 364 à 1906 (+ 423 %). Faux dans les cer­ti­fi­cats 88 à 1708 (+ 1840 %).
  • Vio­lences ou menaces contre les auto­ri­tés et les fonc­tion­naires : 210 à 1556 (+ 641 %). Oppo­si­tion aux actes de l’autorité 90 à 2170 (+ 2311 %).

Ces pro­gres­sions et ces chiffres montrent incon­tes­ta­ble­ment une aug­men­ta­tion dras­tique de la vio­lence dans la socié­té hel­vé­tique. La Suisse est de toute évi­dence deve­nue une socié­té beau­coup plus vio­lente en 2025 qu’elle ne l’était en 1973 et avant.

Ces chiffres montrent non seule­ment une aug­men­ta­tion ter­rible de la vio­lence entre indi­vi­dus, par exemple plus 1280 % de lésions cor­po­relles graves infli­gées volon­tai­re­ment à autrui, mais aus­si une dégra­da­tion claire de la morale entre les per­sonnes (voir les infrac­tions à la sai­sie et les faux dans les titres et les cer­ti­fi­cats) et envers les ins­ti­tu­tions (vio­lences et oppo­si­tions contre les auto­ri­tés).

Lorsque des poli­ti­ciens affirment que l’ouverture de nos fron­tières et l’immigration n’ont eu aucun effet sur la vio­lence dans notre socié­té, ils mentent. Pire encore, lorsqu’ils affirment que notre réseau de rela­tions avec l’UE est béné­fique pour notre sécu­ri­té. Les faits montrent exac­te­ment le contraire.

[3] Les postes mar­chan­dises (en bleu) et ser­vices (en rouge) dans le gra­phique ne posent guère de pro­blème d’interprétation en soi, si ce n’est que le poste mar­chan­dises en Suisse com­prend les reve­nus de ce que notre comp­ta­bi­li­té natio­nale nomme les « mar­chan­dises en tran­sit ». Or la majeure par­tie de ces mar­chan­dises ne sont ni impor­tées ni expor­tées depuis notre ter­ri­toire, elles n’y tran­sitent tout sim­ple­ment pas, et ses reve­nus pro­viennent du négoce de matières pre­mières sur les mar­chés mon­diaux, et sont donc en termes concrets plu­tôt issus d’une acti­vi­té de ser­vices finan­ciers.

Les reve­nus pri­maires (en vert clair) recensent les salaires mais aus­si les reve­nus des pla­ce­ments en capi­taux que la Suisse tire du monde ou au contraire lui verse.

Les reve­nus secon­daires (en orange) repré­sentent les trans­ferts moné­taires sans contre­par­ties (ex. rentes AVS ver­sées à l’extérieur du pays, trans­fert de l’épargne des immi­grants dans leur pays d’origine).

[4] Le risque d’une balance dura­ble­ment défi­ci­taire pour notre pays est d’autant plus sus­cep­tible de se réa­li­ser que le prin­ci­pal client de nos expor­ta­tions d’aujourd’hui, l’UE, devrait à l’horizon 2050 connaître une chute dras­tique de sa demande inté­rieure et de sa consom­ma­tion, donc de ses impor­ta­tions en pro­ve­nance de notre pays.

Selon les pers­pec­tives de l’OCDE, le taux de dépen­dance (soit le nombre de per­sonnes de plus de 65 ans pour 100 per­sonnes âgées de 20 à 64 ans) dans les 27 pays de l’UE va pas­ser de 36 % aujourd’hui à 60 % en 2054. Il est illu­soire de pen­ser que la demande de consom­ma­tion d’une popu­la­tion beau­coup plus âgée res­te­ra iden­tique dans tous les sec­teurs à ce qu’elle est aujourd’hui. Dans ces condi­tions, une chute de nos expor­ta­tions de mar­chan­dises vers l’UE est inévi­table dans l’a­ve­nir. Conser­ver la place de négoce de matière pre­mière et les reve­nus qu’elle nous apporte en devient donc une condi­tion d’autant plus cru­ciale si nous vou­lons conser­ver notre niveau de vie.

Contrai­re­ment à ce qu’ont affir­mé la gauche et les libre-cir­cu­la­tion­nistes au début de la crise tari­faire avec les USA, nous ne devons pas nous rap­pro­cher de l’UE ni nous lier à elle, mais nous devons au contraire viser à étendre nos bonnes rela­tions avec les pays où demain se fera la crois­sance. Il semble que ce soit juste une évi­dence.

Par ailleurs, si nous arri­vons à conser­ver notre niveau éco­no­mique et que celui des pays qui nous entourent se dégrade, il devient alors tout aus­si évident que notre pays devra réins­tau­rer un contrôle migra­toire, tant il est vrai qu’il ne peut exis­ter aucun État avec une pro­tec­tion sociale forte sans contrôle de son immi­gra­tion, cela n’existe pas, cette évi­dence fait même par­tie du B.A.-BA de toute per­sonne cen­sée s’intéresser à une pro­tec­tion sociale forte de ses citoyens.

Reprendre le contrôle migra­toire est donc pour la Suisse dou­ble­ment une obli­ga­tion.

Je remer­cie ici l’UDC et les citoyens qui la sou­tiennent pour tous les efforts qu’ils font pour sau­ve­gar­der notre pays et lut­ter contre l’incroyable dés­in­for­ma­tion dont ils sont vic­times. Ce sont eux qui défendent et pro­tègent la Suisse, juste eux. Les autres sont en train de la détruire.

Michel Piccand
Michel Piccand

Michel Piccand a étudié le droit et l'économie politique à Genève. Depuis plus de vingt ans, il observe et analyse avec attention les relations entre la Suisse et l'Union européenne. De nationalité suisse et profondément attaché à la démocratie directe de son pays, il porte sur les questions européennes un regard singulier. Son approche repose avant tout sur l'examen des faits, qu'il confronte ensuite aux discours politiques, avec le souci constant d'apporter au lecteur les éléments nécessaires pour comprendre les enjeux.

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