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Affaire Maduro : le « coup d’essai » qui a entraîné Donald Trump dans le bourbier iranien

Le kidnapping réussi de Nicolás Maduro a donné des idées à Donald Trump. De mauvaises idées : l'Iran n'est pas le Venezuela. Régis Le Sommier analyse l'engrenage ; nous ajoutons ce qu'il cache.

Dimitri Fontana
24 juillet 2026
4 min de lecture

Cap­tu­ré en mars der­nier par les forces spé­ciales amé­ri­caines, pré­sen­té à un tri­bu­nal de Brook­lyn, Nicolás Madu­ro sera jugé en 2027. Dans un entre­tien vidéo réa­li­sé pour OMERTA, Régis Le Som­mier montre com­ment le suc­cès de Cara­cas a convain­cu Donald Trump qu’il pou­vait réédi­ter l’ex­ploit en Iran – et l’y a enli­sé. Der­rière le voca­bu­laire du « régime » et la façade judi­ciaire se des­sine aus­si ce que l’on tait : une affaire de pétrole.

Une doctrine héritée d’Obama

Donald Trump a été élu sur une pro­messe, rap­pelle Régis Le Som­mier : pas de guerre, pas de grandes inter­ven­tions exté­rieures. Rompre avec des pré­dé­ces­seurs qui ont enli­sé l’ar­mée amé­ri­caine dans des pays ingé­rables, à des coûts colos­saux, relève chez lui de l’ob­ses­sion. Mais com­ment assu­rer la pré­émi­nence d’une puis­sance dont le bud­get mili­taire dépasse les 1 000 mil­liards de dol­lars sans s’embourber ? Barack Oba­ma, élu lui aus­si contre la guerre, avait réso­lu l’é­qua­tion par les drones et les raids de forces spé­ciales – Abbot­ta­bad et l’é­li­mi­na­tion d’Ous­sa­ma Ben Laden en 2011 en furent l’a­po­gée. Trump renoue avec cette gram­maire : du ren­sei­gne­ment, des com­man­dos, des opé­ra­tions éclair. L’ex­fil­tra­tion de Madu­ro et de son épouse Cilia Flores vers un tri­bu­nal de Brook­lyn en est l’illus­tra­tion par­faite.

Le suc­cès de Cara­cas, pour­suit Le Som­mier, « a façon­né le cer­veau de Donald Trump », désor­mais convain­cu de pou­voir réédi­ter l’ex­ploit en Iran. Enle­ver le guide suprême à Téhé­ran étant illu­soire, Washing­ton a pri­vi­lé­gié l’é­li­mi­na­tion – et l’onde de choc a ébran­lé toute la posi­tion amé­ri­caine dans la région. Les alliés qui hébergent des bases – Ara­bie saou­dite, Koweït, Qatar, Bah­reïn, Oman – les ont vues frap­pées par les repré­sailles ira­niennes, décou­vrant que le para­pluie amé­ri­cain couvre Israël bien mieux qu’eux. Com­men­cée le 28 février, la guerre devait durer quatre jours ; mi-juillet pas­sée, elle s’in­ten­si­fie sans issue visible. « Madu­ro, c’é­tait le coup d’es­sai », résume Le Som­mier. L’I­ran, « la faute mani­feste ».

« Régime Maduro » : les mots qui préparent la guerre

Le Som­mier s’ar­rête aus­si sur la rhé­to­rique qui a pré­cé­dé l’o­pé­ra­tion. Pen­dant les cinq mois sépa­rant le blo­cus naval de novembre 2025 de la cap­ture de mars 2026, la presse amé­ri­caine a ces­sé de dire « gou­ver­ne­ment véné­zué­lien » pour ne plus écrire que « régime Madu­ro » : un « glis­se­ment séman­tique », sou­ligne-t-il, qui pré­pare les esprits à l’af­fron­te­ment. Requa­li­fié en chef du car­tel Tren de Ara­gua, Madu­ro sort de la caté­go­rie de l’ad­ver­saire poli­tique pour entrer dans celle du cri­mi­nel à inter­pel­ler, façon Pablo Esco­bar ou El Cha­po Guzmán.

Il est per­mis d’al­ler plus loin. « Régime » est un mot de nov­langue qui désigne, par conven­tion tacite, les gou­ver­ne­ments des « méchants » du moment – on n’a jamais lu « le régime Biden » ni « le régime Macron » –, et notre presse l’a repris avec la doci­li­té d’un per­ro­quet. La requa­li­fi­ca­tion en par­rain de la drogue achève le tra­vail : l’a­gres­sion contre un État sou­ve­rain se maquille en opé­ra­tion de police.

Or, quelque juge­ment que l’on porte sur le pou­voir cha­viste – et il prête le flanc à bien des cri­tiques –, il est per­mis de ne pas être dupe. Dans les semaines qui ont sui­vi la cap­ture, un pou­voir de tutelle acquis à Washing­ton s’ins­tal­lait à Cara­cas, et le brut véné­zué­lien – les pre­mières réserves prou­vées de la pla­nète – pre­nait notam­ment le che­min d’Is­raël. L’a­veu est dans le calen­drier : il s’a­gis­sait moins de com­battre le nar­co­tra­fic que de remettre la main sur le pétrole et d’en réorien­ter les flux au pro­fit des alliés de l’A­mé­rique. La « libé­ra­tion » du peuple véné­zué­lien, la « res­tau­ra­tion de la démo­cra­tie » : c’est l’emballage, la pilule ven­due aux gogos – la même qui avait fait pas­ser l’I­rak de 2003 et ses introu­vables armes de des­truc­tion mas­sive.

Un procès qui en dit long

Le volet judi­ciaire confirme cette lec­ture. Les chefs d’in­cul­pa­tion, note Le Som­mier, se sont dégon­flés en route : le « chef de car­tel » fus­ti­gé par Mar­co Rubio est deve­nu, devant le juge, simple « com­plice de l’ins­tal­la­tion d’un cli­mat pro­pice au tra­fic de drogue ». Quand l’ac­cu­sa­tion rabote ain­si son propre dos­sier, c’est qu’il ne tenait pas. Du pain bénit pour Bar­ry Pol­lack, le ténor new-yor­kais qui arra­cha Julian Assange à la jus­tice fédé­rale et qui défen­dra Madu­ro sans états d’âme ; un acquit­te­ment, en juin 2027, est désor­mais plau­sible.

L’i­ro­nie serait savou­reuse : un tri­bu­nal new-yor­kais infli­geant à Washing­ton le désa­veu de toute l’o­pé­ra­tion. On sui­vra donc ce pro­cès avec gour­man­dise. Mais qu’on ne s’y trompe pas : quelle que soit l’is­sue judi­ciaire, l’es­sen­tiel est acquis ailleurs. L’I­ran fut la faute ; le Vene­zue­la, déjà, le butin.

Pour aller plus loin : pourquoi le cas Maduro est-il si important pour Trump ? Par Régis Le Sommier

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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