France : menacé de mort par la DZ Mafia, le maire d’Alès exfiltré de chez lui par le RAID
Le maire Les Républicains d'Alès (Gard, 46 000 habitants), Christophe Rivenq, a été exfiltré de son domicile par les policiers du RAID dans la nuit de lundi à mardi. L'opération fait suite à de nouvelles menaces de mort attribuées à la DZ Mafia et à une suspicion de voiture piégée.
L’élu était déjà visé depuis plusieurs jours. Le 16 juillet, son épouse avait découvert dans la boîte aux lettres du domicile familial une enveloppe contenant deux balles de calibre 9 mm, signée « DZ Mafia », tandis que des inscriptions menaçantes avaient été taguées sur les murs de la clôture. « Je n’avais jamais reçu des menaces de ce niveau », avait alors confié le maire à l’AFP, y voyant la preuve que « les actions que nous portons contre la DZ et le trafic de stupéfiants portent leurs fruits ». Et d’ajouter : « Je continuerai à faire mon travail et je ne me laisserai pas intimider. » Une enquête pour menaces de mort et intimidation a été ouverte par le procureur d’Alès, Abdelkrim Grini.
La DZ Mafia – « DZ » pour Dzaïr, « Algérie » en arabe, revendication ethnico-identitaire inscrite jusque dans son nom – est une organisation criminelle née à Marseille, devenue en deux ans la première franchise du narcotrafic français. Elle s’est implantée à Alès à l’été 2025 pour y supplanter les réseaux locaux ; début juin, un jeune homme de 18 ans y a été abattu dans le quartier des Prés-Saint-Jean. En avril, le patron de la police judiciaire Christian Sainte chiffrait à « six à huit têtes » la direction du groupe, présent « sur plus d’une dizaine de départements », avec « plusieurs centaines » de soldats recrutés à la tâche via les réseaux sociaux – 2 000 à 5 000 euros le règlement de comptes. En deux ans, plus de 900 personnes ont été interpellées et 550 écrouées. Le groupe est également soupçonné d’avoir orchestré la vague d’attaques contre les prisons françaises du printemps 2025.
La classe politique a réagi dans la journée. Marine Le Pen a apporté « tout [son] soutien » à l’élu : « Le narcotrafic et la grande criminalité ne menacent plus seulement la sécurité et la tranquillité des Français : ils constituent aujourd’hui plus que jamais une menace pour notre démocratie. L’État doit réaffirmer son autorité, et rétablir la loi et l’ordre sur l’ensemble du territoire national. » Même tonalité chez Éric Ciotti : « Les maires sont en première ligne face aux narcotrafics et ses criminels qui empoisonnent la France. Leur progression est une défaite politique du macronisme. La République ne peut plus reculer ! »
« La République ne peut plus reculer » : on aimerait partager cet optimisme grammatical. Car enfin, qu’un élu doive être évacué de son propre domicile, dans la soirée, par une unité d’élite, sous la menace d’un cartel – voilà qui ressemble plutôt à un régime qui, à force d’avoir reculé, découvre qu’il est au bord du précipice. Reste à savoir si l’exfiltration du maire d’Alès sera le sursaut – ou simplement le recul de plus.
Vu de Suisse, enfin, ce naufrage n’est pas un spectacle lointain. Le narcobanditisme qui défie la France ne s’arrête pas aux postes-frontière – que l’espace Schengen a précisément désarmés et la Confédération en subit déjà les retombées. Quand la maison du voisin brûle et que la porte mitoyenne doit, par traité, rester ouverte, il ne faut pas s’étonner que la fumée passe.