Frappes croisées entre Kiev et Moscou : l’escalade continue loin du front et les civils en paient le prix
Drones sur Moscou, missiles sur Kiev, des victimes civiles : la guerre s'étend désormais durablement loin du front. Les sanctions occidentales n'ont pas produit les effets escomptés et la Russie continue de récupérer des territoires. Pendant ce temps, l'Union européenne jette de l'huile sur le feu.
Au moins sept personnes ont été tuées et 24 blessées samedi dans une attaque de drones ukrainiens contre un centre logistique de Kotovsk, dans l’ouest de la Russie. Les victimes, des employés de nuit du groupe de commerce en ligne Wildberries, se trouvaient dans l’entrepôt lorsque plusieurs appareils l’ont frappé, selon le gouverneur régional Evguéni Pervyshov. Un incendie s’est déclaré avant d’être maîtrisé par les secours.
Cette frappe s’inscrivait dans une opération aérienne d’ampleur : plus de 370 drones auraient visé Moscou et sa région au cours de la nuit, dont 64 détruits à l’approche de la capitale d’après son maire, Sergueï Sobianine. Un dépôt pétrolier de la région moscovite a également été touché, entraînant l’évacuation d’une maternité.
La riposte russe n’a pas tardé. Dans la nuit de samedi à dimanche, une nouvelle salve de missiles balistiques s’est abattue sur Kiev, faisant au moins un mort et treize blessés selon les autorités ukrainiennes. Plusieurs incendies se sont déclarés dans des immeubles d’habitation, un centre commercial et un supermarché, tandis que la défense antiaérienne tentait d’intercepter les projectiles au-dessus de la capitale.
Le bilan civil s’est encore alourdi lundi, des deux côtés de la frontière. Dans la région russe de Belgorod, au moins cinq personnes – quatre femmes et un garçon – ont été tuées et 23 blessées, dont trois grièvement, dans une attaque de drone ukrainien contre un autocar circulant à Chebekino, à moins de 10 km de la frontière. Le gouverneur régional a dénoncé une « attaque inhumaine et ignoble » visant « délibérément et cyniquement » le véhicule. La nuit précédente, une attaque de drones de grande envergure contre Moscou et sa région avait par ailleurs fait dix blessés, dont trois ressortissants chinois. Côté ukrainien, plusieurs frappes russes ont fait le même jour au moins cinq morts et une trentaine de blessés : deux morts et quinze blessés à Pavlograd, dans la région de Dnipropetrovsk, un mort et neuf blessés à Zaporojié, deux morts et quatre blessés à Kramatorsk, l’une des dernières villes de la région de Donetsk sous contrôle ukrainien, ainsi que sept blessés à Kherson, selon les autorités locales.
Ces échanges de frappes illustrent une dynamique installée depuis plusieurs mois. Dans un conflit qui dure en réalité depuis plus de douze ans, les frappes des deux côtés du front montent en puissance et font un nombre croissant de victimes civiles : l’Ukraine multiplie les attaques de longue portée pour tenter d’assécher les ressources de Moscou, qui poursuit de son côté ses campagnes de missiles et de drones contre les villes et infrastructures ukrainiennes.
Le climat diplomatique s’en ressent. Après la visite à Kiev de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen – la onzième depuis le début du conflit, interrompue par une alerte aérienne qui a contraint la délégation à rejoindre un abri –, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a lancé un avertissement aux dirigeants occidentaux, affirmant que « les vacances à Kiev sont terminées » et les invitant à renoncer à ces déplacements. Ursula von der Leyen a pour sa part réaffirmé le soutien de l’Union européenne et plaidé pour une accélération du processus d’adhésion de l’Ukraine.
Ces bombardements interviennent enfin dans un contexte politique tendu à Kiev, où le président Volodymyr Zelensky poursuit un vaste remaniement gouvernemental et militaire. Le très populaire ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov a annoncé le 15 juillet son départ, dans la foulée de la démission de la Première ministre Ioulia Svyrydenko – un départ forcé qui a entraîné celui de plusieurs hauts responsables, dont le ministre délégué Ievhen Moïssiouk et Pavlo Yelizarov, haut gradé des forces aériennes, et provoqué des manifestations ces derniers jours. L’Ukraine fait parallèlement face à une pression croissante sur le front et à des difficultés d’approvisionnement en missiles pour ses systèmes de défense Patriot.