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Zurich : Une policière condamnée pour avoir joué les indics

Une agente de la police municipale de Zurich a été licenciée et condamnée pour avoir consulté des bases de données policières au profit de proches et d’un compagnon condamné pour viols répétés. L’affaire survient alors que la Confédération veut faciliter l’échange de données entre polices cantonales, un projet qui suscite déjà des critiques sur le risque d’abus.

Richard Dalleau
30 juin 2026
4 min de lecture

Une poli­cière de la Stadt­po­li­zei Zürich a été condam­née à 150 jours-amende avec sur­sis, ain­si qu’à 3 800 francs d’amende et 1 600 francs de frais, pour avoir consul­té de manière répé­tée des bases de don­nées poli­cières à des fins pri­vées. Elle a été licen­ciée par son employeur.

Les pre­miers faits remontent à 2022. L’agente aurait alors rele­vé une plaque d’immatriculation dans un par­king d’Unterengstringen pour iden­ti­fier une femme fré­quen­tant un ancien com­pa­gnon, avant de consul­ter le sys­tème poli­cier pour récu­pé­rer sa pho­to d’identité et la trans­mettre par What­sApp. D’autres recherches du même type ont sui­vi, concer­nant cette fois des membres de sa famille et des amis.

Le cas le plus grave concerne un homme de 35 ans avec lequel elle était en couple. Celui-ci avait été condam­né pour tra­fic de stu­pé­fiants, puis à 34 mois de pri­son pour viols répé­tés. L’agente connais­sait ses liens avec la grande cri­mi­na­li­té ; elle a néan­moins consul­té son dos­sier judi­ciaire et lui a lais­sé son télé­phone de ser­vice déver­rouillé. Les recherches effec­tuées sur les sys­tèmes infor­ma­tiques ont per­mis aux enquê­teurs de remon­ter jusqu’à elle en mars 2025.

L’affaire inter­vient peu après une autre, plus grave encore. En avril 2026, fed­pol a annon­cé l’arrestation d’un employé du Ser­vice fédé­ral de sécu­ri­té, soup­çon­né d’avoir trans­mis contre rému­né­ra­tion des infor­ma­tions confi­den­tielles à une orga­ni­sa­tion cri­mi­nelle dans le cadre d’une enquête sur le tra­fic de stu­pé­fiants. Le Minis­tère public de la Confé­dé­ra­tion évoque notam­ment la cor­rup­tion pas­sive, la vio­la­tion du secret de fonc­tion et l’entrave à l’action pénale, au sens des articles 322 qua­ter, 320 et 305 du Code pénal.

En couple avec un criminel

Ces affaires ne sont pas iso­lées. À Genève, le poli­cier et dépu­té MCG Thier­ry Cerut­ti a été condam­né en appel pour avoir trans­mis des infor­ma­tions sur des pros­ti­tuées à un gérant de salon de mas­sage. Les juges gene­vois ont esti­mé qu’aucun fait jus­ti­fi­ca­tif, légal ou extra-légal, n’autorisait le poli­cier à dévoi­ler ces élé­ments, et que cela ne lui don­nait en aucun cas le droit de s’affranchir de son secret de fonc­tion.

Des cas simi­laires ont été recen­sés ailleurs en Europe. En France, un major de l’Office anti-stu­pé­fiants (Ofast) a été jugé en mars 2025 pour avoir trans­mis des infor­ma­tions à un nar­co­tra­fi­quant ; le par­quet avait requis trois ans de pri­son, dont deux fermes. Au Royaume-Uni, l’ex-policière Saman­tha Hill, du Devon and Corn­wall Police, a été condam­née à vingt mois de pri­son avec sur­sis pour avoir divul­gué des infor­ma­tions sen­sibles concer­nant plu­sieurs enquêtes, dont un dos­sier de meurtre. En Écosse, deux anciens détec­tives de Police Scot­land sont quant à eux pour­sui­vis pour avoir trans­mis du rensei­gne­ment lié au crime orga­ni­sé ; leur pro­cès est pré­vu en août 2027.

En droit suisse, la vio­la­tion du secret de fonc­tion est punie par l’article 320 du Code pénal d’une peine pri­va­tive de liber­té de trois ans au plus ou d’une peine pécu­niaire.

L’affaire zuri­choise sur­vient alors que la Confé­dé­ra­tion pré­pare un élar­gis­se­ment de l’accès aux don­nées poli­cières. Une consul­ta­tion sur la loi sur les sys­tèmes d’information de police (LSIP) et sur la pla­te­forme POLAP a été ouverte le 19 février 2026.

La plateforme d’échange de données policières en ligne de mire

POLAP fonc­tionne depuis août 2024, mais ne peut pas encore se connec­ter aux bases can­to­nales en l’absence de base légale ; le Conseil fédé­ral sou­haite créer une pla­te­forme natio­nale per­met­tant aux polices d’échanger leurs don­nées. Le peuple et les can­tons devront se pro­non­cer sur cette base consti­tu­tion­nelle, et la modi­fi­ca­tion de la LSIP sera sou­mise au réfé­ren­dum, pré­cise le Dépar­te­ment fédé­ral de jus­tice et police.

Le pro­jet divise. Le PLR, l’UDC et le Centre sou­tiennent l’objectif géné­ral ; le PLR estime que, dans un contexte mar­qué par une cri­mi­na­li­té tou­jours plus trans­fron­ta­lière, tant entre can­tons qu’à l’échelle inter­na­tio­nale, une telle pla­te­forme s’avère deve­nue indis­pen­sable. À l’inverse, la Confé­rence des direc­trices et direc­teurs des dépar­te­ments can­to­naux de jus­tice et police (CCDJP), le PS et l’organisation Socié­té Numé­rique cri­tiquent les risques de cen­tra­li­sa­tion, de charge admi­nis­tra­tive et d’abus. Socié­té Numé­rique juge le pro­jet dan­ge­reux pour l’autodétermination infor­ma­tion­nelle, tan­dis que le PS s’inquiète d’un accès auto­ma­ti­sé à de vastes bases poli­cières sans exa­men au cas par cas.

La confiance dans la police reste, pour l’instant, éle­vée en Suisse. Selon les don­nées EU-SILC citées par l’OCDE, 88,1 % des femmes et 87,7 % des hommes déclarent faire confiance à la police ; une enquête propre à l’organisation donne des taux de confiance éle­vée de 76 % et 74 %. C’est cette confiance, et les condi­tions de son main­tien, qui seront au cœur du débat sur l’élargissement de l’accès aux fichiers poli­ciers.

Richard Dalleau
Richard Dalleau

Ancien reporter de guerre, Richard Dalleau a couvert des conflits aussi bien sur le terrain que dans leurs implications géopolitiques. Il traite des questions de Défense, de terrorisme, les sujets de société (immigration, délinquance…) et des menaces sur les libertés publiques. Il a collaboré ou eu des responsabilités d’encadrement (SR, rédacteur en chef) dans des médias de presse écrite et des agences de presse internationales.

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