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Ce que la Suisse doit à l’UDC

La votation d'hier a rouvert les mêmes procès : xénophobie, racisme, repli. Des accusations commodes, anathèmes désormais habituels de la gauche, qui dispensent de regarder les faits. De l'immigration à l'asile, de la remigration au fossé entre villes et campagnes, quelques vérités qu'on préfère taire.

Uli Windisch
15 juin 2026
7 min de lecture

L’UDC est décriée de manière géné­rale. Or, sans être membre du par­ti, on peut consta­ter qu’il existe des ques­tions qu’on ne pose jamais. Au len­de­main des résul­tats, la gauche est inter­ve­nue avec ses antiennes habi­tuelles : la Suisse xéno­phobe, les étran­gers res­pon­sables de tous les maux, le racisme. Le bouc émis­saire n’a pas fonc­tion­né, et c’est heu­reux, car tout cela est faux. La pen­sée-éti­quette, la pen­sée poli­tique sté­réo­ty­pée, est mas­si­ve­ment répan­due à gauche. Elle se nour­rit d’ac­cu­sa­tions, de détes­ta­tions, de haines. Il suf­fit de regar­der com­ment elle parle de l’UDC.

Le procès en xénophobie ne tient pas

Sur les mou­ve­ments dits xéno­phobes et racistes, de grands men­songes cir­culent. Dans les années 1950 – 1960, la Suisse comp­tait déjà 15 à 16 % d’im­mi­grés, contre 4 ou 5 % dans les pays voi­sins. C’est là que sont nés les pre­miers mou­ve­ments, avec la fameuse ini­tia­tive Schwar­zen­bach, refu­sée de jus­tesse en 1970. Que pré­voyait-elle ? De rame­ner la popu­la­tion immi­grée de 15 – 16 % à 10 % en dix ans. On a aus­si­tôt crié à la ruée xéno­phobe et raciste. Pour­tant, les enquêtes pré­cises que nous avions menées à l’é­poque, sur quatre groupes de par­ti­sans de cette réduc­tion, mon­traient autre chose : un seul groupe était à pro­pre­ment par­ler hos­tile aux étran­gers. Tous les autres étaient avant tout de vrais patriotes, sou­cieux de pré­ser­ver leur pays. Cela mérite d’être sou­li­gné, dès 1960.

On avait aus­si affir­mé que la Suisse expul­se­rait des cen­taines de mil­liers d’im­mi­grés. Men­songe, là encore. À cette époque, 60 000 immi­grés quit­taient le pays chaque année, et 60 000 y entraient. Il aurait suf­fi de n’en lais­ser entrer que 30 000 ou 40 000, pen­dant cinq à huit ans, pour atteindre l’ob­jec­tif sans expul­ser per­sonne. Telle était la réa­li­té. Ce men­songe per­ma­nent tra­hit une haine qui se trouve, en véri­té, du côté de ceux qui crient au racisme et à la xéno­pho­bie. Pre­mier point essen­tiel.

Hier encore, dans les médias, on per­ce­vait cette haine envers l’UDC. Or c’est grâce à elle, qui a sys­té­ma­ti­que­ment aler­té sur les dan­gers de la sur­po­pu­la­tion étran­gère, c’est grâce à son har­cè­le­ment que les auto­ri­tés ont dû prendre des mesures. Et c’est encore le cas aujourd’­hui.

On dit qu’il n’y a eu que 45 % de oui. Mais cela repré­sente près d’un mil­lion et demi de voix, contre 1,8 mil­lion de non. Une part énorme de la popu­la­tion a voté oui, bien au-delà du seul élec­to­rat de l’UDC. On retrouve là cette fonc­tion de pompe aspi­rante du par­ti, qui ras­semble tous les mécon­tents : un sas de décom­pres­sion, un espace pour dire ce qui ne va pas. Les mesures, ensuite, sont pro­po­sées − mais ce n’est que sous la contrainte que les auto­ri­tés se résolvent à limi­ter et à contrô­ler l’im­mi­gra­tion.

Il en va de même pour l’a­sile. D’in­nom­brables ini­tia­tives ont visé à com­battre un octroi trop facile et l’im­pos­si­bi­li­té d’ex­pul­ser ceux qui devraient l’être. Aujourd’­hui, l’exemple des pays voi­sins montre à quoi mène l’ab­sence d’un contrôle ferme de l’im­mi­gra­tion et de l’a­sile. L’a­sile coûte des mil­liards à la Suisse. Der­nière annonce en date : sur les quelque 70 000 Ukrai­niens accueillis depuis le début de la guerre, huit sur dix ne tra­vaillent pas, et ils pour­ront bien­tôt obte­nir un per­mis de séjour durable. Dire cela n’a rien de xéno­phobe. Récla­mer une régu­la­tion, une maî­trise et une poli­tique plus ferme n’a rien de scan­da­leux, de xéno­phobe ni de raciste. C’est même indis­pen­sable, sous peine d’ag­gra­va­tion.

Cer­tains phé­no­mènes appa­raissent déjà chez nos voi­sins, qui ne contrôlent plus leur immi­gra­tion et se trouvent débor­dés par l’in­sé­cu­ri­té, la cri­mi­na­li­té, et même une cri­mi­na­li­té sexuelle de grande ampleur. L’exemple de la Grande-Bre­tagne et de ses gangs pakis­ta­nais mérite d’être rap­pe­lé : non pas une ou deux jeunes filles, mais des mil­liers, des dizaines de mil­liers, vio­lées et pros­ti­tuées. Comble de tout, la police refu­sait d’a­gir, de peur d’être taxée de racisme. La pen­sée-éti­quette consiste pré­ci­sé­ment à répé­ter « raciste, xéno­phobe ». Il faut ces­ser, sous peine de pro­vo­quer les effets inverses.

Dire le réel n’est pas un crime

Vient ensuite le racisme anti-Blanc. Chez nos voi­sins, le phé­no­mène appa­raît et l’on com­mence à le nom­mer : il existe bel et bien. En Suisse, la Com­mis­sion fédé­rale contre le racisme n’en parle jamais, ne s’en occupe jamais, alors qu’il existe aus­si chez nous et qu’il va s’am­pli­fier.

Un autre concept s’im­pose désor­mais, lui aus­si aus­si­tôt assi­mi­lé au racisme : la remi­gra­tion. Encore une pen­sée-éti­quette. C’est un cou­rant qui se des­sine. Les confé­ren­ciers qui l’a­bordent sont empê­chés de cir­cu­ler d’un pays à l’autre, même au sein de l’U­nion euro­péenne, arrê­tés, trai­tés de tous les noms, qua­li­fiés d’élé­ments dan­ge­reux. La remi­gra­tion fera pour­tant son che­min − comme le racisme anti-Blanc, le sujet fini­ra par s’im­po­ser, mais la gauche et les bien-pen­sants conti­nue­ront de crier au racisme.

Or la remi­gra­tion ne consiste pas à ren­voyer mas­si­ve­ment et indis­tinc­te­ment des immi­grés, et sur­tout pas ceux qui sont ins­tal­lés, qui tra­vaillent et qui pro­duisent − ils forment la très grande majo­ri­té. On ne le rap­pelle jamais assez ; on ne retient que le reste. Sou­le­ver ces aspects vise à rien cacher, au contraire. La remi­gra­tion consiste à ren­voyer − le mot doit être dit − les immi­grés dura­ble­ment sans tra­vail, les cri­mi­nels qu’on ne par­vient pas à recon­duire, toute une série de per­sonnes qui ne contri­buent ni à la socié­té ni à l’é­co­no­mie du pays d’ac­cueil. De telles poli­tiques paci­fie­raient le cli­mat. Car la popu­la­tion est révol­tée par les excès de l’asile,la cri­mi­na­li­té, par ces requé­rants sou­vent fic­tifs qui demeurent à la charge de la sécu­ri­té sociale. Plu­tôt que de crier au racisme, si l’on veut apai­ser les ten­sions, il faut prendre acte de la situa­tion et adop­ter les mesures adé­quates.

Les villes hors-sol

Un der­nier point me paraît capi­tal. Cette vota­tion a révé­lé un cli­vage net entre villes et cam­pagnes. Les villes, mas­si­ve­ment à gauche, pro­gres­sistes, bobos, voient aus­si­tôt du racisme et de la xéno­pho­bie dans toute volon­té de contrô­ler l’im­mi­gra­tion et d’ex­pul­ser plus aisé­ment les élé­ments per­tur­ba­teurs. L’An­gle­terre, là encore, aurait dû expul­ser ces cri­mi­nels auteurs d’un mal inouï. Qu’on se mette à la place de ces jeunes filles, par mil­liers. Oui, une poli­tique ferme est indis­pen­sable, et il faut ces­ser de crier aus­si­tôt au racisme.

Ces villes pro­gres­sistes et socia­listes sont sou­vent hors-sol, cou­pées de la réa­li­té que vit la majo­ri­té du pays − celle qui a voté contre une Suisse à dix mil­lions d’ha­bi­tants. Notre avan­tage est d’être un petit pays, capable de mieux maî­tri­ser ces phé­no­mènes que ceux où la situa­tion semble déjà hors de contrôle. Cette oppo­si­tion va s’ac­cen­tuer jus­qu’à deve­nir un pro­blème majeur. Ces villes veulent une Suisse pro­gres­siste, ouverte, pro-euro­péenne. Mais elles vont plus loin : cer­tains réclament désor­mais des sièges par­le­men­taires réser­vés aux centres urbains, au nom de leur poids démo­gra­phique. Il faut l’é­vi­ter à tout prix. Le pou­voir des villes est déjà consi­dé­rable ; les voir en exi­ger tou­jours plus, jus­qu’à mino­ri­ser et mépri­ser les cam­pagnes, mena­ce­rait l’é­qui­libre suisse, qui est capi­tal.

Les dis­cus­sions autour d’une nou­velle expo­si­tion natio­nale l’illus­trent. Il fau­dra évi­ter une nou­velle catas­trophe. Déjà, les villes s’u­nissent pour conce­voir une mani­fes­ta­tion à leur propre gloire, qui lais­se­ra les cam­pagnes de côté − ou ne les met­tra en avant que pour la forme. Cette oppo­si­tion entre ville et cam­pagne menace les fon­de­ments mêmes du pays. Si l’on veut que la Suisse per­dure, il faut tenir compte de toutes les carac­té­ris­tiques essen­tielles qui la font fonc­tion­ner.

La volon­té, de plus en plus insis­tante, de ne pas exi­ger la double majo­ri­té du peuple et des can­tons lors de cer­taines vota­tions popu­laires déter­mi­nantes consti­tue l’une des menaces les plus graves pour l’é­qui­libre entre les dif­fé­rents élé­ments consti­tu­tifs du sys­tème poli­tique suisse. La volon­té de super­puis­sance des villes repré­sente un tel dan­ger.

Uli Windisch
Uli Windisch

Sociologue, essayiste et professeur honoraire de l’Université de Genève, Uli Windisch est né en 1946 à Crans-Montana. Spécialiste des médias, de la communication et des phénomènes migratoires, il s’est fait connaître par ses travaux sur le langage politique, la démocratie directe suisse et les mécanismes du « prêt-à-penser » médiatique. Auteur de nombreux essais, parmi lesquels Le Prêt-à-penser, Le Modèle suisse ou La Suisse brûle, il défend une approche critique du conformisme idéologique et du traitement médiatique des questions sensibles. Il est également le fondateur du média suisse LesObservateurs.ch

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