Maurice Berger, pédopsychiatre travaillant avec des jeunes Maghrébins : « Aucun des jeunes que j’ai rencontrés n’a manifesté de sentiment de culpabilité »

Maurice Berger est pédopsychiatre, psychanaliste, ex-professeur associé de psychologie de l’enfant. Il travaille en Centre Éducatif Renforcé et enseigne à l’École Nationale de la Magistrature. Il vient de publier, Sur la violence gratuite en France. Adolescents, hyperviolents, témoignages et analyses (L’Artilleur, 2019)

Les violences gratuites sont en augmentation constante en France. Pour le pédopsychiatre Maurice Berger, auteur d’un livre sur son expérience auprès des adolescents hyperviolents, elles sont le fruit de facteurs psychologiques et culturels.

En tant que pédopsychiatre dans un centre éducatif renforcé (CER), vous êtes confronté quotidiennement aux jeunes qui commettent des «violences gratuites». Un terme revient souvent dans le débat public, surtout récemment: jugez-vous que l’on assiste à un «ensauvagement» de la société?

Maurice BERGER.- Toutes les deux minutes, une plainte est déposée à la police pour une violence gratuite et tout citoyen peut être confronté à une telle agression. Pour moi, l’ensauvagement, c’est lorsque la parole ne fait plus tiers, lorsqu’existe un différend même minime entre individus. Il y a quelques années, 85 % des mineurs traduits devant la justice changeaient de comportement après leur rencontre avec l’institution judiciaire, la parole du juge. Ils ne sont plus que 65% actuellement, et c’est d’eux dont je parle ici. L’impulsivité prime, l’autre n’est plus considéré que comme un objet sur lequel décharger la tension qu’on ressent dans l’immédiateté, comme une gêne à éliminer. Ceci soulève la question de savoir quelles sont conditions nécessaires pour qu’un individu se civilise.

En tant que médecin, j’affirme que ces comportements extrêmes sont de plus en plus fréquents et de plus en plus grave.

Cette évolution n’est pas soudaine, j’en écrivais la certitude en 1992. L’attitude des gouvernements successifs a été de penser implicitement «après moi, le déluge», déluge qui est là maintenant ; et aussi de se plier à une idéologie qui définit comme «sécuritaire» et animée d’intentions électorales toute personne qui alarme sur ce sujet. En tant que médecin qui, depuis 40 ans, a le plus travaillé en France sur la prise en charge des enfants et adolescents violents, j’affirme que ces comportements extrêmes sont de plus en plus fréquents et de plus en plus graves. Un facteur parmi d’autres est l’impunité importante concernant la première atteinte aux personnes, que j’appelle le droit de tabassage. En réadaptation fonctionnelle où je travaille aussi, je reçois des adultes qui gardent à vie des séquelles physiques ou cérébrales définitives après une agression pour un supposé mauvais regard, et dont l’agresseur mineur n’est puni que d’un sursis car il n’était pas récidiviste. La vie ou la qualité de la vie restante de la victime est ainsi démonétisée. Or c’est simple, quand on n’est pas puni, on recommence.

À partir de votre expérience, vous choisissez d’écrire ce livre pour dénoncer certaines idées reçues sur la violence: selon vous, l’explication par la «ghettoïsation» et la «stigmatisation» n’est pas la bonne, pourquoi?

Car lorsqu’il existe de graves dysfonctionnements familiaux, donner 3 000 euros à une famille tous les mois n’arrêtera pas, par exemple, un homme de frapper sa femme devant leurs enfants petits, maltraitance qui est souvent liée dans mes recherches à une culture intégrant l’inégalité homme-femme. 69 % des adolescents très violents ont été exposés à des scènes de violences conjugales pendant les deux premières années de leur vie. Ils ont en eux l’image violente de leur père qui resurgit lorsqu’ils subissent une bousculade ou un mauvais regard.

[...]

Faute d’attention et d’échanges avec leurs parents, certains jeunes que vous accompagnez ne sont même pas capables de reconnaître les émotions d’autrui…

[...]

Aucun des jeunes que j’ai rencontrés n’a manifesté de réel sentiment de culpabilité pour ses violences.

Le plus grave est l’absence d’empathie, de capacité de comprendre ce que l’autre peut ressentir. Ainsi je demande à un jeune qui a mis un adulte dans le coma pour un supposé mauvais regard, pourquoi il n’a pas tué sa victime. Réponse: «parce qu’un copain m’a tiré en arrière par mon sweat». Je l’interroge sur ce que cela aurait fait à la mère de sa victime si son fils était mort. «Elle aurait été triste un moment, puis il faut passer à autre chose, ne pas s’apitoyer toute sa vie, c’est ballot. Il aurait dû mourir un jour de toute manière». Aucun des jeunes que j’ai rencontrés n’a manifesté de réel sentiment de culpabilité pour ses violences, ce qui est très déstabilisant pour les professionnels, il faut passer par d’autres voies.

En quoi les structures familiales sont-elles en partie responsables de l’apparition de comportements violents?

Je demande à chaque jeune que je rencontre de me raconter son histoire, et il apparaît que dans la région où je travaille, la grande majorité de ces mineurs sont issus de l’immigration originaire du Maghreb. Ce qui m’a amené à travailler à partir des écrits de psychologues maghrébins, et les membres de l’équipe de Centres Éducatifs Renforcés, en majorité originaires eux aussi d’Afrique du Nord, m’ont aidé à comprendre.

Les codes du groupe priment sur la loi extérieure.

[...]

En quoi la réponse judiciaire est-elle insuffisante? Comment «mettre une butée», pour reprendre votre expression?

Le plus souvent, il n’y a pas eu d’interdit cohérent dans ces familles, mais des moments de collage alternant avec des moments de rejet.

Ces jeunes ont besoin d’un interdit d’agir réel, d’une butée matérialisée, pour comprendre que la loi a une existence.

Les pères sont souvent partis car pas intéressés par l’enfant. Dans ces conditions, aucune loi ne peut être intégrée, sauf celle du plus fort. [...]

Jugez-vous qu’en règle générale, y compris en l’absence de drames familiaux comme ceux évoqués précédemment, cette autorité tend à diminuer?

Oui, l’autorité diminue. Elle vise à réguler les désirs de chacun, à passer du «je» veux ça au «nous». Qu’est-ce que cela donnerait si tout le monde faisait comme moi et ne respectait pas les lois? [...] Difficile aussi à notre époque où beaucoup de médias tournent systématiquement en dérision toute tentative de rétablissement des interdits nécessaires.

[...]

Lefigaro.fr

Nos remerciements à Pierre Sautarel

 

11 commentaires

  1. Posté par MAZET le

    Apres ce qu’il m’a ete possible d’observer et apres les commentaires qui sont publiés et, helas , verifiables , il apparait que la solution la plus censée pour apporter une solution à l’ immense probleme posé à notre Pays par ces « jeunes » , reside en une re migration, un retour vers les pays d’origine .

  2. Posté par Neffie le

    Cette population qui n’a pas les mêmes codes que nous les européens nous met en danger de disparition .

  3. Posté par Kahina le

    Ça me fait penser aux agressions et harcèlements de rue que certaines femmes peuvent subir en France. Très souvent on retrouve de ces jeunes maghrébins … Il est fort regrettable de constater qu’il y a un réel déficit dans l’éducation de ces personnes.

  4. Posté par Mickael Coillot le

    mêmes constats par le psychologue nicholai sennels. l’aveuglement de la gauche nuit aux tentatives de traitement

  5. Posté par miranda le

    QUELQUES SOLUTIONS.
    Chaque pays d’ou proviennent ces jeunes gens, doit ouvrir des centres de rééducation.
    Que l’Union européenne financerait éventuellement dans une certaine proportion.
    Les envoyer dans ces centres où Rééduquées par des HOMMES qui leur ressemblent, aurait quand-même un effet sur eux. A condition que cela se fasse sur le long terme.

    AUTRE POSSIBILITE : les envoyer dans leur pays d’origine, mais à la campagne, au fin fond d’une brousse quelconque où ils seront contraints d’aider les villageois pour mériter d’être nourris. Ca permettrait au village d’avoir grâce à cela quelques revenus supplémentaires. Mais n’en confier qu’UN SEUL PAR VILLAGE. (à plusieurs, ils sèmeraient la pagaille) Et de préférence « pucé », afin que l’individu puisse toujours être retrouvé en cas de fuite.

    On devrait vraiment conclure des partenariats avec ces pays d’origine. Les mettre dans des centres de rééducation en France ou en séjour psychiatrique en Europe ne les transformera pas vraiment, et en plus cela coûtera TRES CHER.

    MAIRES DE FRANCE, établissez des partenariats avec les pays d’origine de ces jeunes. En plus ça leur apportera des revenus. Le coût d’une racaille rééduquée permettrait à un village d’avoir le photovoltaïque, qui apportera l’électricité, par exemple.

  6. Posté par Christian Hofer le

    @ Tommy

    Concernant l’immigration libanaise en Allemagne, voici notre article :

    https://lesobservateurs.ch/2018/09/20/allemagne-les-clans-arabes-font-la-loi-la-police-avait-decide-de-ne-pas-reagir-pour-eviter-de-se-faire-traiter-de-xenophobe/

    Allemagne : Les clans arabes font la loi. La police avait décidé de ne pas réagir pour éviter de se faire traiter de xénophobe.

    ->> les mêmes problèmes générés par l’idéologie niaise de la Gauche partout dans le monde, où l’autochtone est le « mal » et les migrants, des victimes, quelles que soient la violence et l’abomination de leurs délits.

  7. Posté par Tommy le

    L’ Allemagne est confrontée au même problème avec les  » Familienclans », à savoir des dizaines de milliers de Libanais accueillis à bras ouverts dans les années 80, en tant que  » victimes de la guerre ».
    Cliquez sur ce terme et vous serez effarés.
    A savoir que ces individus clament haut et fort n’ afficher aucune considération face aux lois allemandes, les seules valables étant celles de la  » famille »,- qui peut compter jusqu’à 800 personnes-, un de ces types l’ affirmait, du clan et de l’ islam.
    Rien à foutre de leur pays d’ accueil, aucune gratitude, et des activités se limitant au trafic de drogue et d’armes, aux sports de combat, à la traite d’ humains, au racket, au vol de voitures, aux agressions , au pillage des allocations sociales, et tant d’autres actions si enrichissantes pour notre bonne conscience.
    Tapez  » Grossfamilien ou Familienclans »…

  8. Posté par Michelle le

    L’auteur de ce livre décrit très bien la situation . C’est effrayant car nos enfants et petits enfants sont eux en général éduqués dans la non-violence , on ne frappe pas ! Lorsqu’ils sont confrontés à ces individus ils sont totalement impuissants à se défendre .

  9. Posté par dominique le

    Pourquoi se sentiraient-ils coupables d’imiter leur modèle Mahomet?

  10. Posté par monde-tombé-sur-la-tête le

    « Ces jeunes ont besoin d’un interdit d’agir réel, d’une butée matérialisée, pour comprendre que la loi a une existence. »
    Ces « djeunes », ainsi que leurs nombreuses familles, ont besoin de ci, et ont besoin de ca… on n’entend que ca a longueur de journée, alors que la seule evidence est que cette racaille n’a surtout absolument rien a faire ici chez nous et que cette barbarie ne nous regarde surtout pas !! Qu’ils aillent pratiquer leur paix. amour et tolerance chez eux loin d’ici!!
    C’est quoi cette absurdité invraisemblable que de laisser venir ici la lis de l’humanité, de hordes primitives de barbares sanguinaires qui ne comprennent que la force, et de considérer en suite que cette barbarie et primitivité est notre probleme? En quoi devrait-ce nous concerner?
    DEHORS!!!

  11. Posté par Antoine le

     »Aucun des jeunes que j’ai rencontrés n’a manifesté de réel sentiment de culpabilité pour ses violences. »
    – Culpabilité, coupable : Surtout pas, ce sont des arrogantes petites racailles
     »Le plus grave est l’absence d’empathie, de capacité de comprendre ce que l’autre peut ressentir. »
    – l’absence d’empathie : SANS éducation, c’est normal de ne PAS avoir d’empathie
    – la capacité de comprendre : comprendre est une faculté intellectuel absente dans leur cerveau
    Ils ne veulent PAS s’intégrer et le problème grossi au fur et à mesure de l’immigration de masse.
    Plus ils sont plus ils se sentent forts. En réalité, ils ne représentent la civilisation qui n’a PAS réussi, toujours à quémander des allocs ou à voler !

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