Glyphosate : le soudain verdissement de François de Rugy

glyphosate

En réaffirmant l’objectif de sortir du glyphosate en trois ans, François de Rugy suscite incompréhension, scepticisme et railleries. Un retournement de veste habituel au sein d’un gouvernement qui n’assume pas ses positions.

Il faut que tout change pour que rien ne change. La célèbre réplique se révèle une nouvelle fois exacte. Le fracassant départ de Nicolas Hulot n’aura en effet rien changé aux débats au sein du gouvernement, dont les contradictions se font de nouveau entendre. Dans la nuit du 14 au 15 septembre, les députés ont refusé d’inscrire dans la loi - par 42 voix contre 35, un amendement pour l’interdiction du glyphosate à 3 ans. Un nouveau revers pour cet amendement déjà rejeté en mai dernier. Et pour cause, le débat sur le glyphosate est loin d’être tranché. D’un côté, les promoteurs d’une agriculture sans pesticides peinent à convaincre de par l’absence de solutions alternatives et soutenables. De l’autre, les agriculteurs sont démunis et ne savent pas comment ils feront pour désherber leurs champs sans ce produit.

Dans ce contexte de débat houleux, François de Rugy, à peine nommé ministre de la Transition écologique et pour redorer l’image de la Macronie, après le départ de Nicolas Hulot, avait voulu remettre sur la table le dossier du glyphosate. Prétextant suivre l’engagement pris par Emmanuel Macron en novembre il va jusqu’à affirmer qu’il a « toujours été évidemment pour la sortie de ce produit dans les trois ans. C’est l’engagement qui a été pris par le président de la République et il sera tenu », a déclaré François de Rugy sur RMC et BFMTV. Une contradiction qui n’a pas manqué d’être soulignée par l’opposition.

Coup de comm

François de Rugy avait, en tant que président de l’Assemblée nationale, tout fait pour prolonger jusqu’à très tard dans la nuit les débats sur les amendements visant à inscrire la sortie du glyphosate dans la loi sur l’Agriculture et l’alimentation. Son objectif était alors clair : éviter la présence de l’opposition pour favoriser le rejet des amendements selon Jean-Luc Mélenchon.

En remettant sur la table le sujet du glyphosate François de Rugy s’assure un verdissement d’image qui ne restera qu’un coup de comm suite à ce deuxième revers. Le nouveau ministre de la Transition écologique n’aura toutefois dupé personne, pas même dans son propre camp. Selon Jean-Baptiste Moreau, rapporteur (LREM) de la loi Agriculture et alimentation, cette mesure « ne sert à rien ».

Mais si le nouveau ministre n’est pas crédible c’est que sa position n’est pas tenable. Ce qui n’est évidemment pas une nouveauté. Dès février, Nicolas Hulot avait dû reculer sur la fin précipitée du glyphosate : « Je ne suis pas buté, si certains agriculteurs ne sont pas prêts, on envisagera des exceptions », avait-il déclaré dans les pages du Journal du dimanche.

Nourrir la France

Si des initiatives émergent pour « nourrir Paris » et les grandes villes françaises, on reste encore bien loin du compte. Car aucune alternative vraiment écologique n’existe pour l’heure. L’acide pélargonique ou le cuivre, largement utilisés en agriculture biologique, ont des effets sur les sols, la faune et l’être humain. Le cuivre est d’ailleurs le pesticide le plus retrouvé sur les aliments biologiques… et aussi le plus controversé.

Stéphane Travert a témoigné de son souhait de créer une « task force » pour développer la recherche et trouver des alternatives. Mais en attendant il serait prématuré, voire suicidaire pour les agriculteurs, de leur interdire la substance dans un horizon aussi proche que 3 ans. D’autant plus que scientifiquement, le glyphosate n’a été considéré comme cancérogène « probable » pour l’Homme que par une seule instance, le CIRC, rattachée à l’OMS. Toutes les autres études menées, comme celle de l’EFSA, ont conclu à l’innocuité du produit.

La question en filigrane qui se pose derrière ce débat est comment nourrir les millions de Français ? Aucune réponse n’émerge à ce jour. Et pour certains agriculteurs, stopper le glyphosate reviendrait à « tuer l’agriculture française pour que nos braves concitoyens se gavent de produits alimentaires étrangers bourrés de substances interdites dans notre pays, c’est de l’hypocrisie totale. Et que des politiques en soient complices, c’est une honte absolue ».

Charles de Smet

2 commentaires

  1. Posté par Socrate@LasVegas le

    Très cher Antoine
    Le « bio » est une façon de cultiver exempte de cocktails de pesticides de synthèse (comme p.ex. le round up: glyphosate cancérogène probable, et son adjuvant le POEA, encore plus toxique pour les cellules humaines…), cocktails dont les effets cumulés ne sont JAMAIS évalués mais se révèlent néanmoins catastrophiques pour les pollinisateurs… Par exemple, l’analyse de flaques d’eau de pluie dans les champs traités montre des doses mortelles de pesticides pour les abeilles qui s’y abreuvent malheureusement…
    Pour ton information, la culture des pommes par exemple, en agriculture traditionnelle nécessite en moyenne 26 traitements annuels pesticides/fongicides (« Le livre noir de l’agriculture » p.175) et pour ceux qui pensent naïvement qu’il suffit de laver sa pomme pour l’en débarrasser, sachez que ces délicieuses substances pénètrent jusqu’à 8mm sous la pelure…
    Je te laisse faire le calcul du prix d’un gâteau aux pommes exempts de pesticides de synthèse, le bio risque de devenir…très bon marché 😉

    Bio ne veut évidemment pas dire sans traitement…Mais comparer le cuivre aux pesticides de synthèses me semble pour le moins exagéré…

    Pour info, le cuivre est toujours utilisé de nos jours dans les stérilets…

    Et que les nostalgiques du glyphosate (qui a contaminé jusqu’aux vaccins et nappes phréatiques), pas de panique, si il venait à être interdit par l’ue des multinationales, c’est uniquement parce que la relève est prête: votre nouveau « médicament » le DICAMBA, est encore plus « efficace », vous allez l’adorer 😉
    https://www.bonasavoir.ch/927064-dicamba-une-licence-pour-tuer

  2. Posté par Antoine le

     »Le cuivre est d’ailleurs le pesticide le plus retrouvé sur les aliments biologiques… et aussi le plus controversé ».
    Le bio n’est pas aussi bio que certain le prétende !

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