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Manifestations contre le G7 à Genève : manifestations violentes, criminalité, droit du sol, décivilisation… Grand entretien avec Uli Windisch

La mi-juin verra Genève accueillir le G7, et avec lui le retour de la grande question : celle des manifestations et du risque de violences. À dix jours de l'échéance, retour avec Uli Windisch sur ce qui se joue, bien au-delà du seul tracé du cortège.

Dimitri Fontana
6 juin 2026
19 min de lecture

La mi-juin ver­ra Genève accueillir le G7, et avec lui le retour de la grande ques­tion : celle des mani­fes­ta­tions et du risque de vio­lences. À dix jours de l’é­chéance, retour avec Uli Win­disch sur ce qui se joue, bien au-delà du seul tra­cé du cor­tège.

Entretien

Pro­fes­seur Win­disch, vous avez mené une étude très impor­tante avec une équipe de cher­cheurs de l’U­ni­ver­si­té de Genève, déjà en 1998, à la suite de mani­fes­ta­tions très vio­lentes contre l’OMC. Quelles leçons en tirez-vous ? Com­ment voyez-vous les mani­fes­ta­tions qui vont se pro­duire à Genève à la mi-juin ?

D’a­bord, dans une situa­tion comme celle-là, il y a tou­jours une phase d’in­cer­ti­tude. On ignore ce que ça va don­ner exac­te­ment. Et le rôle des auto­ri­tés est bien sûr de pré­voir le pire et d’or­ga­ni­ser les choses.

Main­te­nant, pre­mière chose qui me frappe, c’est l’at­ti­tude du gou­ver­ne­ment. La res­pon­sable gou­ver­ne­men­tale de Jus­tice et police est, il faut le rap­pe­ler, une ancienne uni­ver­si­taire gau­chiste des sciences sociales, qui a sans doute dû s’a­dap­ter à la fonc­tion gou­ver­ne­men­tale. Mais j’ai été frap­pé de voir qu’en gros, elle défen­dait l’i­dée que la liber­té de mani­fes­ta­tion était quelque chose de fon­da­men­tal, d’intangible et de consti­tu­tif de la démo­cra­tie. Certes, mais… D’autres membres du gou­ver­ne­ment ne sont sans doute pas incon­di­tion­nel­le­ment et sans nuance d’ac­cord. Donc il y a dû y avoir dis­cus­sion, négo­cia­tion. Mais pour quel résul­tat ?

Ce que je trouve éga­le­ment assez éton­nant, voire incroyable, c’est que les orga­ni­sa­teurs semblent dic­ter l’a­gen­da. On négo­cie le par­cours, on veut évi­ter les endroits où il y a le plus de com­merces, mais les orga­ni­sa­teurs de la mani­fes­ta­tion veulent, par exemple, pas­ser par le pont du Mont-Blanc, un lieu stra­té­gique avec le jet d’eau, connu inter­na­tio­na­le­ment. Les mani­fes­tants viennent pour mani­fes­ter ! Pour qu’on les voie un maxi­mum, atti­rer l’attention du monde entier, avec des méthodes « variées ». Ils mani­festent aus­si et sur­tout pour les médias. Leurs actions, tou­jours mul­tiples et sou­vent gar­dées secrètes, doivent être retrans­mises dans le monde entier. Être spec­ta­cu­laires, faites-leur confiance. Donc, le pont du Mont-Blanc est super­be­ment emblé­ma­tique.

Faites-vous une com­pa­rai­son avec ce qui s’est pas­sé en France, où 22 000 poli­ciers ont été mobi­li­sés, dont 8 000 à Paris ?

Oui. C’est une pre­mière chose capi­tale. Il est tota­le­ment anor­mal, de mon point de vue, que lors de mani­fes­ta­tions, il y ait une mobi­li­sa­tion si mas­sive de poli­ciers. Ima­gi­nez le coût. Et c’est tout à fait contraire à la démo­cra­tie. On sent bien que ceux qui déboulent armés de manière variable ne sont pas là pour défendre une cause paci­fi­que­ment !

Les choses, il faut le dire, ont énor­mé­ment chan­gé. Exemple de la France, où vous aviez pen­dant des décen­nies des mani­fes­ta­tions énormes des syn­di­cats, des par­tis de gauche qui avaient leur propre ser­vice d’ordre, et per­sonne n’au­rait osé per­tur­ber ces mani­fes­ta­tions. Ça veut dire quoi ? Qu’il faut aujourd’­hui res­pon­sa­bi­li­ser les orga­ni­sa­teurs et qu’il fau­dra peut-être chan­ger cer­taines lois. C’est insup­por­table pour les citoyens de voir des casses énormes, scan­da­leuses, des com­merces pillés lors des mani­fes­ta­tions. Des abru­tis, des bar­bares, toutes sortes de termes bien sûr sont uti­li­sés, qui, main­te­nant, com­mencent à entrer dans les mai­sons, bien­tôt dans les appar­te­ments, armés ou non. C’est un désordre total, un immense dan­ger. Et un res­pon­sable poli­tique gou­ver­ne­men­tal a osé dire qu’il contrô­lait la situa­tion et qu’il n’y avait pas beau­coup de pro­blèmes. Pas de mort ! Est-ce le seul cri­tère ?

C’est comme la tra­di­tion des voi­tures brû­lées au Nou­vel An : on consi­dère que c’est nor­mal qu’il y ait eu, je donne un chiffre au hasard, 900 voi­tures brû­lées plu­tôt que 1 000 une année aupa­ra­vant. Mais il faut réa­li­ser ce que cela sup­pose pour les per­sonnes lésées qui ont besoin de leur voi­ture, dont on attaque les biens les plus essen­tiels, qu’ils ont mis un temps énorme à acqué­rir. C’est d’une gra­vi­té extrême. Dire que tout est sous contrôle est évi­dem­ment une vaste plai­san­te­rie. Hypo­cri­sie, lâche­té − le plus grand mal de nos temps −, déma­go­gie, cal­cul poli­tique, etc.

Une res­pon­sa­bi­li­sa­tion des orga­ni­sa­teurs ? Cela veut dire qu’ils payent les casses. Et le deuxième aspect : que pen­sez-vous de la jus­tice ?

Par­tout on voit un laxisme inad­mis­sible et qui révulse la popu­la­tion. Des per­sonnes qui com­mettent des dégâts graves, qui s’at­taquent à la police. Vous avez des dizaines, des cen­taines de poli­ciers bles­sés par les mani­fes­tants. Il faut abso­lu­ment prendre des mesures radi­cales. Ça fait long­temps que ça dure et qu’on ne fait rien de déter­mi­nant. On dit chaque fois qu’on va être très durs, très très durs, et peu se fait.

Donc on crée un cli­mat inac­cep­table. Cer­tains parlent de pré-guerre civile, ils n’ont peut-être pas tort. À Genève, on devrait res­pon­sa­bi­li­ser les orga­ni­sa­teurs et ne pas obéir à leurs dik­tats, qui veulent impo­ser leur par­cours, où, quand, com­ment. Il est clair − on ne le dit pas − que nom­breux sont ceux qui vien­dront non pas pour une cause poli­tique, mais évi­dem­ment pour cas­ser, pour affron­ter la police, piller, voler. Et là, vous voyez l’at­ti­tude de la gauche, qui semble tou­jours pen­ser que ce sont des vic­times de toutes sortes d’injustices et « com­prennent » les actions, quitte à se déres­pon­sa­bi­li­ser ensuite si ça tourne mal.

Et les agres­seurs, ce sont les grandes orga­ni­sa­tions éco­no­miques en l’oc­cur­rence ?

Vous voyez : le poli­tique, le G7, l’OMC. Et n’ou­bliez pas non plus l’ar­mée, qui a fait l’objet de mani­fes­ta­tions très vio­lentes, aus­si à Genève. Pas ces jours-ci, mais il n’est pas exclu que ça revienne éga­le­ment. L’armée n’avait pas le droit de défi­ler pour le public.

Le laxisme de la jus­tice est tout sim­ple­ment ahu­ris­sant. Il y a un pro­fes­seur uni­ver­si­taire de droit pénal, qui enseigne même dans plu­sieurs uni­ver­si­tés suisses, et qui pré­tend que nous sommes dans une période où il y a moins de vio­lence qu’au­tre­fois, qu’on va vers une socié­té plus paci­fique, har­mo­nieuse, etc. Ce déca­lage com­plet entre une par­tie du monde ensei­gnant et intel­lec­tuel et la réa­li­té bru­tale vécue par les vraies vic­times devient un phé­no­mène inquié­tant.

Vous avez dit aus­si que cer­tains pro­fes­seurs d’u­ni­ver­si­té allaient très loin et encou­ra­geaient la vio­lence.

Oui. Vous avez main­te­nant des auteurs qui défendent la thèse sui­vante, très simple : on ne change rien sans vio­lence. Mani­fes­ter paci­fi­que­ment pour une cause avec des pan­cartes ne sert à rien. Seule la casse paye. Vous avez un dévoie­ment incroyable chez cer­tains dans les uni­ver­si­tés, un gau­chisme non seule­ment intel­lec­tuel, mais qui incite à l’ac­tion. Les noms seront pour une autre fois, mais les exemples concrets ne manquent pas, sur­tout en France. Quand l’enseignement n’est plus que mili­tan­tisme poli­tique, devi­nez dans quel sens ?

Après les mani­fes­ta­tions, il y a les inter­pré­ta­tions par les “spé­cia­listes” des sciences sociales. En 1998, après les mani­fes­ta­tions à Genève, on a créé des groupes d’a­na­lyse, le niveau était ahu­ris­sant. Cer­tains disaient : « Mais enfin, les jeunes ont besoin de cas­ser, c’est la police qui est fau­tive. » En gros, on jus­ti­fiait les mani­fes­ta­tions et même les casses. Cela crée un fos­sé incroyable et une révolte dan­ge­reuse.

Il faut que les gens se rendent compte qu’ils vivent les mani­fes­ta­tions sur­tout par la télé­vi­sion et les médias, alors qu’ils devraient les vivre et les subir concrè­te­ment pour bien com­prendre. Les chaînes de télé­vi­sion montrent les actes inad­mis­sibles, mais les voir est une chose et les vivre et en subir les consé­quences une autre.

À Genève, on doit pré­voir qu’il y aura des mani­fes­ta­tions vio­lentes. Et si elles n’ont pas lieu lors du par­cours, il faut savoir que les mani­fes­tants peuvent très bien agir ailleurs, dans d’autres endroits sym­bo­liques, s’ils voient que c’est impos­sible dans le par­cours défi­ni et auto­ri­sé… Des cen­taines de per­sonnes vont venir non pas pour une cause par­fai­te­ment valable ; cer­tains ne savent même pas pour­quoi ils viennent. Ils n’at­tendent que le moment de cas­ser, de s’at­ta­quer à la police, de voler, etc. Oui, ça se fait !

On veut évi­ter cela. Ce que je trouve abso­lu­ment anor­mal : vous aurez des cen­taines, des mil­liers de poli­ciers, l’armée. On fait appel aux autres can­tons, à la Confé­dé­ra­tion. Mani­fes­ter devrait être autre chose.

La mani­fes­ta­tion est effec­ti­ve­ment consti­tu­tive de la démo­cra­tie, mais on devrait arri­ver à une démo­cra­tie active, vivante, par­ti­ci­pa­tive, oui. Les mani­fes­ta­tions devraient être paci­fiques, et les gens devraient com­prendre les vraies causes des mani­fes­ta­tions. Mais on est pas­sé à un tout autre niveau, com­pa­ré aux grandes mani­fes­ta­tions syn­di­cales que per­sonne n’au­rait osé atta­quer. Ne par­lons pas de la police : il n’é­tait même pas ques­tion de la contes­ter, de l’at­ta­quer. Aujourd’­hui, c’est une des cibles prin­ci­pales. J’ai rap­pe­lé sou­vent que cer­tains groupes de mani­fes­tants sont ultra­pré­pa­rés, font des sémi­naires « pra­tiques » avec des textes de Lénine à l’appui. J’ai trou­vé les textes en ques­tion pas­sés au sta­bi­lo à l’Université. À dis­po­si­tion.

Il ne serait nul­le­ment scan­da­leux d’in­ter­dire par­fois des mani­fes­ta­tions. De res­pon­sa­bi­li­ser, même finan­ciè­re­ment, cer­tains orga­ni­sa­teurs. Des mesures doivent être prises pour arrê­ter ce cercle infer­nal. Je crois que c’est vrai­ment capi­tal.

Dans une situa­tion comme celle qui se pro­duit actuel­le­ment en France, c’est plus spec­ta­cu­laire, mais c’est dans un autre pays. Tout est lié ?

Tout est lié, par des élé­ments poli­tiques de nature très dif­fé­rente. Quand vous voyez débou­ler des cen­taines de mani­fes­tants, dont une par­tie sont étran­gers − pre­nons l’exemple de la France −, ce sont des voyous qui vivent par­fois effec­ti­ve­ment du tra­fic de drogue, du pillage, du vol, ou qui n’at­tendent que cette occa­sion. Là, on parle enfin de déci­vi­li­sa­tion. C’est pire encore.

Il faut savoir que dans nos socié­tés démo­cra­tiques avan­cées et tant enviées, la civi­li­sa­tion, l’é­du­ca­tion des jeunes s’est faite sur plu­sieurs géné­ra­tions. Dans les familles, les enfants vont à l’é­cole, veulent faire le maxi­mum pour réus­sir. Et tout à coup, vous avez des gens qui arrivent d’autres civi­li­sa­tions, d’autres cultures, d’autres reli­gions, qui ont d’autres valeurs, par­fois tota­le­ment contraires aux nôtres, qui ont un niveau cultu­rel sou­vent très limi­té, pour qui c’est un autre uni­vers, qu’ils n’ar­rivent pas et sou­vent ne veulent pas à assi­mi­ler. Pas tous bien sûr, de nom­breux cas exem­plaires montrent le contraire et contri­buent de manière très impor­tante à nos socié­tés. Mais d’autres contestent même agres­si­ve­ment, voire vio­lem­ment nos fon­de­ments. Par­fois on leur a même appris dès le plus jeune âge à nous détes­ter, voire davan­tage. Voyez la situa­tion dans une classe d’é­cole : il suf­fit par­fois d’un per­tur­ba­teur, d’un élève qui conteste nos valeurs, voire, dans les cas extrêmes, menace de mort un ensei­gnant, pour per­tur­ber toute la classe, la socié­té entière.

En France, par exemple, le droit du sol est évi­dem­ment deve­nu une aber­ra­tion. Aujourd’­hui, quand vous avez une immi­gra­tion mas­sive − c’est sur­tout ça, une immi­gra­tion de masse —, il n’est pas pos­sible que tout le monde puisse s’in­té­grer et s’as­si­mi­ler. Donc le droit du sol devrait être immé­dia­te­ment sup­pri­mé. Pas ques­tion évi­dem­ment de l’introduire en Suisse, même si, comme tou­jours, cer­tains le vou­draient bien. Devi­nez encore une fois les­quels ?

En Suisse, qu’est-ce que cela signi­fie ?

Eh bien, voyez-vous, la pré­si­dence des Verts suisses, par exemple, pro­pose main­te­nant une natu­ra­li­sa­tion encore davan­tage faci­li­tée. Le déca­lage est com­plet. Bien de ces mili­tants n’ont jamais vrai­ment été au contact du monde du tra­vail et des tra­vailleurs. Ce sont des pseu­do-intel­lec­tuels qui ont fait peut-être une petite licence, qui ensuite ont mili­té dans un grou­pe­ment local − l’é­co­lo­gie dans le quar­tier − puis sont deve­nus res­pon­sables poli­tiques au niveau local, com­mu­nal, can­to­nal, et fina­le­ment atter­rissent au Par­le­ment fédé­ral, et rêvent de deve­nir par­le­men­taires, voire davan­tage encore. Uni­vers abs­trait, hors sol, pure­ment idéo­lo­gique, qui vire faci­le­ment au fana­tisme.

Ce qui me frappe aujourd’­hui, je pense que les Verts sont deve­nus plus dan­ge­reux que la gauche, et les gau­chistes. Parce que l’en­vi­ron­ne­ment, la défense de l’en­vi­ron­ne­ment, cause noble, peut deve­nir une cou­ver­ture, un cache-sexe d’une atti­tude par­fois encore plus radi­cale et des­truc­trice de nos socié­tés.

Vous avez des gens qui sont depuis long­temps en milieu agri­cole par exemple, qui font tout ce qu’ils peuvent pour faire vivre la nature, qui en ont l’ha­bi­tude depuis des siècles, et vous avez des petits abru­tis qui viennent leur don­ner des leçons : il faut ces­ser d’emmerder les Suisses ! de la part notam­ment des Verts, avec des mesures de plus en plus gênantes, contrai­gnantes. Remar­quez qu’en plus, telle diri­geante Verte, se donne un air de supé­rio­ri­té ; est hai­neuse, vrai­ment mépri­sante dans les débats, inter­rompt et agresse les oppo­sants, insup­por­table, et ça en dit long.

Ces gens-là devraient tra­vailler vrai­ment, créer par exemple une entre­prise avant de faire de la poli­tique. Voi­là ce qu’il nous fau­drait.

Rendre plus facile encore la natu­ra­li­sa­tion est évi­dem­ment une aber­ra­tion. On dit : « Ils sont là, ils ne peuvent pas voter. » Eh bien oui, le vote, c’est quelque chose qui s’ac­quiert, qui se construit de géné­ra­tion en géné­ra­tion. Une for­ma­tion poli­tique dans une démo­cra­tie directe, ce n’est pas venir dans le pays et avoir immé­dia­te­ment le droit de vote. Pour ces acti­vistes, Verts par exemple, l’attachement pro­fond, réel, concret et quo­ti­dien au pays n’existe pas, ils n’en parlent jamais. Tout est dic­té par l’idéologie et l’on sait les capa­ci­tés des­truc­trices quand l’idéologie devient fana­tique.

En plus ces gens-là ont l’ap­pui des médias. Ils disent une ou deux choses qui paraissent atti­rantes, pour cer­tains du moins, et tout de suite les médias leur donnent la parole, tan­dis qu’on mépri­se­ra l’UDC et autres patriotes à lon­gueur de jour­née. Les sévices publics que nous infligent les médias dits du ser­vice public.

Ce que je veux dire aus­si, c’est que des réa­li­tés dif­fé­rentes sont liées. Il est clair que quel­qu’un qui devient fran­çais ou suisse pour un oui ou pour un non ne se sen­ti­ra pas très atta­ché, ni affec­ti­ve­ment ni émo­ti­ve­ment, ni autre­ment, à un pays pour­tant lar­ge­ment envié. Au contraire, ça crée­ra des frus­tra­tions, qui se mani­fes­te­ront − c’est le cas de le dire − de dif­fé­rentes manières. Il faut abso­lu­ment évi­ter, en Suisse, en France, et ailleurs, qu’on en arrive à une situa­tion où des cen­taines, des mil­liers, voire des mil­lions de per­sonnes venues de cultures pro­fon­dé­ment dif­fé­rentes, sou­vent contra­dic­toires avec la nôtre au niveau des valeurs les plus essen­tielles, puissent deve­nir citoyen et être natu­ra­li­sées qua­si auto­ma­ti­que­ment. On ne se rend pas encore vrai­ment compte des consé­quences d’une telle poli­tique quand l’immigration devient un phé­no­mène de masse. D’où l’aspect tota­le­ment hors sol et en fait mena­çant et des­truc­teur des pro­po­si­tions obses­sion­nelles de faci­li­ter constam­ment la natu­ra­li­sa­tion. Ces mili­tants ignorent ce qu’est en réa­li­té une socié­té vivable et durable. Enfin, on com­mence à le réa­li­ser quelque peu.

Retour aux Verts : il a fal­lu dix, quinze, vingt ans pour mon­trer le côté des­truc­teur de ce qu’on appelle les Verts, l’é­co­lo­gisme. En Alle­magne, les socia­listes se sont alliés avec les Verts pour prendre le pou­voir et ont ain­si fait des dégâts éco­no­miques et sociaux énormes : fin du nucléaire, réou­ver­ture des cen­trales au char­bon, effon­dre­ment éco­no­mique. Il faut le dire et le sou­li­gner. Les Verts ont une res­pon­sa­bi­li­té énorme. Heu­reu­se­ment, ils sont à la baisse. Dans d’autres pays aus­si. Ils pro­posent des mesures qu’ils vou­draient vitales, mais se fichent com­plè­te­ment que les gens aient des dif­fi­cul­tés à vivre avec ces mesures. Il faut faire souf­frir les gens pour leur bien ! Il faut mon­trer concrè­te­ment cer­tains effets des­truc­teurs du fana­tisme vert. Capi­tal, au risque de pour­suivre la des­cente aux… Bien sûr que l’environnement doit être une pré­oc­cu­pa­tion majeure, mais pas dic­tée par des fana­tiques hors sol et irres­pon­sables.

Quelles mesures plus concrètes pro­po­sez-vous en matière de délin­quance des jeunes ?

Je cite sou­vent un shé­rif qui était actif aux États-Unis et qui menait une poli­tique très dure, bien sûr moqué par les démo­crates, à savoir les socia­listes et la gauche. Il était extrê­me­ment sévère avec les jeunes délin­quants les plus endur­cis et incor­ri­gibles. Par­fois, ils devaient mar­cher avec des fers aux pieds, avaient un mini­mum de nour­ri­ture, devaient faire des tra­vaux haras­sants. C’é­tait décrié par­tout, mais avec des délin­quants et des cri­mi­nels endur­cis, ce shé­rif pen­sait que seule la dure­té et une fer­me­té exem­plaire seraient effi­caces.

En effet, ces jeunes-là, il faut les faire suer, leur faire faire des tra­vaux pénibles, par­mi les plus dif­fi­ciles, les obli­ger à prendre des risques, les épui­ser phy­si­que­ment. On devrait les enga­ger pour les tra­vaux les plus durs phy­si­que­ment et indis­pen­sables pour la socié­té, mais que peu veulent faire. Leur faire payer très cher leur cri­mi­na­li­té. Oui, des « tra­vaux for­cés » dont la pers­pec­tive les ferait hési­ter à com­mettre des actes délin­quants et cri­mi­nels. La peur devrait être de leur côté. Oui, de telles mesures devraient être pri­vi­lé­giées par rap­port à une rapide audi­tion, répé­tée 5 à 10 fois, qui ne com­prend que quelques heures de tra­vaux faciles, voire aucune sanc­tion. Seules de telles mesures peuvent faire com­prendre à ces jeunes cri­mi­nels, tota­le­ment décon­nec­tés et sau­vages, ce que sont les dures réa­li­tés quo­ti­diennes vécues par la popu­la­tion qui tra­vaille et gagne dure­ment sa vie ; qu’ils com­prennent enfin le mal qu’ils ont fait, plu­tôt que de les lais­ser se moquer et mépri­ser ceux qui peinent à sim­ple­ment vivre nor­ma­le­ment. L’extrême dure­té de la vie réelle plu­tôt que la vie avec un sen­ti­ment d’impunité sans fin ni vraie condam­na­tion. Mettre fin aux effets per­vers géné­ra­li­sés et mas­sifs du laxisme, notam­ment judi­ciaire.

Il y a des régions où autre­fois les cri­mi­nels devaient effec­ti­ve­ment effec­tuer les tra­vaux les plus durs et les plus dan­ge­reux, de vrais tra­vaux for­cés. C’était effi­cace, à coup.

Bien sûr, il faut oser en plein cli­mat poli­ti­que­ment cor­rect qui trans­forme les délin­quants et autres cri­mi­nels en vic­times de nos hor­ribles socié­tés !

Répres­sion, oui, mais pas seule­ment. Avec ce shé­rif Arpaio, par exemple, tant détes­té par la gauche, ce n’é­tait pas que répres­sion. C’é­tait même très bien étu­dié et effi­cace : paral­lè­le­ment à la dure­té du tra­vail quo­ti­dien, il leur per­met­tait d’ap­prendre un métier, d’ap­prendre à tra­vailler. À la fois répres­sion sévère et tra­vail for­ma­teur, avec un objec­tif d’intégration.

Tout cela est évi­dem­ment à cent lieues de ce qu’on fait dans nos socié­tés : de plus en plus de mesures sociales, de dépenses publiques : encore des cré­dits pour ceci, des cré­dits pour cela, des cours de toutes sortes, cajo­ler, excu­ser, etc. Les mater­ner de mille et une manières, dont ils se moquent par ailleurs, n’attendant que le moment de recom­men­cer. Il faut tota­le­ment ren­ver­ser cette logique. Il faut savoir qu’on peut agir contre cette sau­va­ge­rie galo­pante, qui coûte très cher et coû­te­ra de plus en plus cher. Ima­gi­nez les poli­ciers, par dizaines de mil­liers par­fois dans cer­tains pays, régu­liè­re­ment mobi­li­sés, humi­liés, bles­sés, atta­qués. Des dégâts gigan­tesques. Tota­le­ment inac­cep­table. Il faut enfin des mesures dures, radi­cales, sévères, les annon­cer, pour faire peur à ceux qui font peur, et sur­tout les appli­quer.

C’est d’ailleurs ce que veut la très grande majo­ri­té de la popu­la­tion qui n’en peut plus. Et qui dénonce lâche­té, pro­messe, déma­go­gie et cal­culs poli­ti­ciens.

Sinon, on ver­ra se déve­lop­per comme on peut le pré­voir des mou­ve­ments de plus en plus extré­mistes en poli­tique. Et après, ou déjà main­te­nant, cer­tains diront : il faut com­battre l’ex­trême droite, les fas­cistes, les néo­na­zis. C’est une absur­di­té totale. Le débat est hors-sol par rap­port aux pro­blèmes réels qui se posent. La suite, tout le monde com­mence à en par­ler : l’au­to­dé­fense. Les gens vont s’ar­mer, voire uti­li­ser ces armes, si ça conti­nue. Pré-guerre civile ?

Retour à Genève, qui n’en est pas encore là ! Donc, se deman­der quels par­cours les mani­fes­ta­tions doivent suivre à Genève à la mi-juin 2026, c’est évi­dem­ment en par­tie quelque chose de déri­soire, même si c’est néces­saire.

On devrait arri­ver de nou­veau − c’est mon sou­hait le plus cher − à de vraies mani­fes­ta­tions propres aux socié­tés démo­cra­tiques effec­tives. Et il y en a. Mais jus­te­ment, ce sont plu­tôt des par­tis patriotes, conser­va­teurs, comme en Angle­terre, mais éga­le­ment en Suisse. Vous avez des mani­fes­ta­tions patrio­tiques com­plè­te­ment paci­fiques, joyeuses, avec de vrais patriotes qui aiment leur pays, qui le montrent, et ne cassent pas mais construisent. Il faut les mettre en scène, beau­coup plus, chers médias ; ces mani­fes­ta­tions-là sont popu­laires, créent du lien social, de la joie de vivre, le bon­heur social, une démo­cra­tie vivante.

Les médias. On les accuse sou­vent, injus­te­ment ? Voi­ci une anec­dote, bien réelle, sur­ve­nue lors des mani­fes­ta­tions que nous avons étu­diées pour le compte du Gou­ver­ne­ment gene­vois après les mani­fes­ta­tions vio­lentes de 1998. Ces mani­fes­ta­tions ont eu lieu sur plu­sieurs jours. Lors d’une accal­mie, un res­pon­sable des médias du ser­vice public avait dit aux jour­na­listes sur place : « Si ça dégé­nère, on reprend l’antenne. »

On ne peut plus accep­ter de nou­velles mani­fes­ta­tions vio­lentes à Genève avec des dégâts mas­sifs ou même minimes. Ima­gi­nez un ins­tant : on pré­voit déjà à Genève 6 mil­lions pour d’é­ven­tuels dégâts pour les lésés qui pour­ront se plaindre ! C’est quelque chose de tota­le­ment sur­réa­liste. Un état d’esprit défai­tiste, certes d’époque. Tout de même. Bien sûr, les com­mer­çants sou­haitent être indem­ni­sés, même s’ils pré­fèrent évi­dem­ment évi­ter tout dégât. Je le répète : c’est pos­sible. Avec une volon­té claire et une déter­mi­na­tion abso­lue. Et l’attribution de res­pon­sa­bi­li­tés aux orga­ni­sa­teurs, même finan­cières. Ren­voyer la res­pon­sa­bi­li­té, totale, aux res­pon­sables irres­pon­sables.

Ter­mi­nons en ren­dant une nou­velle fois hom­mage aux mani­fes­ta­tions popu­laires paci­fiques, patrio­tiques, joyeuses dont on parle beau­coup moins. Quand les gens mani­festent leur patrio­tisme, leur atta­che­ment de dif­fé­rentes manières au pays, à la démo­cra­tie, il faut le mon­trer davan­tage.

J’es­père que les mesures qui per­mettent de pas­ser outre à ce dévoie­ment et dérè­gle­ment total de la démo­cra­tie seront rapi­de­ment mises en pra­tique. Elles existent !

Mais j’ai l’im­pres­sion qu’il y a encore très très peu de poli­ti­ciens qui ose­raient assu­mer une poli­tique vrai­ment ferme, parce que le poli­ti­que­ment cor­rect, la culpa­bi­li­sa­tion, l’intimidation, les mul­tiples formes d’accusations de la gauche agissent tou­jours : « Ah, voi­là l’ex­trême droite, le fas­cisme… » Très vite, les auto­ri­tés, les par­tis, même du centre et de la droite − si elle existe − sont culpa­bi­li­sés. On les culpa­bi­lise d’ailleurs déjà, les orga­ni­sa­teurs des mani­fes­ta­tions en pre­mier, pour pou­voir faire ce qu’ils veulent. S’il y a des casses, que feront-ils ? « C’est pas nous, c’est pas nous… Nous ne vou­lions pas cela, nous avons été débor­dés. » On connaît la chan­son…

Eh bien je pense qu’un dis­cours public clair, net et ferme, disant qu’on ne veut plus de mani­fes­ta­tions mas­sives vio­lentes, de des­truc­tions, d’at­taques des ins­ti­tu­tions, des com­merces, de la police et de la démo­cra­tie, doit abso­lu­ment être annon­cé clai­re­ment et fer­me­ment et mis en appli­ca­tion.

Pro­pos recueillis par Dimi­tri Fon­ta­na

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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