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Italie : le parti de Roberto Vannacci renforce son assise parlementaire

Fondé en février 2026 par le général à la retraite Roberto Vannacci, le parti national-conservateur Futuro Nazionale vient de doubler le nombre de ses députés. À moins de deux ans des législatives de 2027, cette poussée se fait surtout aux dépens de la Ligue et complique l'équilibre de la coalition de Giorgia Meloni.

Dimitri Fontana
7 juin 2026
3 min de lecture

Futu­ro Nazio­nale (FN), for­ma­tion natio­nal-conser­va­trice fon­dée le 6 février 2026 par le géné­ral à la retraite Rober­to Van­nac­ci, pour­suit son implan­ta­tion dans le pay­sage poli­tique ita­lien.

Le par­ti a annon­cé same­di le ral­lie­ment de quatre nou­veaux dépu­tés, por­tant à huit le nombre de ses élus à la Chambre, à moins de deux ans des élec­tions légis­la­tives de 2027. Van­nac­ci a éga­le­ment fait état de l’ar­ri­vée d’un euro­dé­pu­té, Anto­nio Maria Rinal­di, ancien élu de la Ligue que le par­ti avait pro­po­sé en jan­vier comme can­di­dat à la mai­rie de Rome.

Les quatre nou­veaux dépu­tés sont Dome­ni­co Fur­giuele et Gia­nan­ge­lo Bof, venus de la Ligue de Mat­teo Sal­vi­ni, ain­si qu’At­ti­lio Pier­ro et Davide Ber­ga­mi­ni, pré­sen­tés comme issus de For­za Ita­lia. Ces deux der­niers avaient tou­te­fois eux-mêmes quit­té la Ligue pour For­za Ita­lia quelques mois plus tôt : Van­nac­ci puise donc presque entiè­re­ment dans un vivier lié au Car­roc­cio.

Il faut sou­li­gner une limite ins­ti­tu­tion­nelle que la crois­sance du par­ti ne doit pas mas­quer. Avec huit dépu­tés, Futu­ro Nazio­nale ne peut pas consti­tuer de groupe par­le­men­taire auto­nome à la Chambre : le règle­ment en exige au moins vingt, sauf déro­ga­tion réser­vée aux par­tis qui se sont pré­sen­tés aux élec­tions. Le par­ti agrège donc des trans­fuges sans trans­for­mer encore cette dyna­mique en force par­le­men­taire struc­tu­rée.

« Alors que cer­tains nous avaient déjà ran­gés au rayon des feux de paille, Futu­ro Nazio­nale conti­nue de gran­dir », s’est féli­ci­té le mou­ve­ment sur les réseaux sociaux. Van­nac­ci reven­dique par ailleurs quelque 94 000 adhé­rents et pré­pare une assem­blée consti­tuante à Rome, les 13 et 14 juin.

Depuis sa créa­tion, le par­ti se posi­tionne sur une ligne natio­na­liste et iden­ti­taire. Van­nac­ci met en avant les racines romaines et chré­tiennes de l’I­ta­lie et tient un dis­cours très cri­tique envers l’im­mi­gra­tion − il défend ouver­te­ment la « remi­gra­tion » −, le mul­ti­cul­tu­ra­lisme et cer­taines reven­di­ca­tions socié­tales, notam­ment fémi­nistes et LGBT. Cette orien­ta­tion lui per­met de séduire une par­tie de l’é­lec­to­rat de droite déçu par les for­ma­tions tra­di­tion­nelles.

Les der­niers son­dages cré­ditent le par­ti d’en­vi­ron 4,5 % des inten­tions de vote, une pro­gres­sion qui s’ef­fec­tue sur­tout aux dépens de la Ligue. La mesure de ce bond est notable : au moment de quit­ter la Ligue, début 2026, les ins­ti­tuts ne lui prê­taient guère plus de 2 %, seuil insuf­fi­sant pour entrer au Par­le­ment. Le par­ti de Gior­gia Melo­ni demeure lar­ge­ment en tête, autour de 28 %, mais l’é­mer­gence de Futu­ro Nazio­nale fra­gi­lise l’é­qui­libre de la coa­li­tion de droite.

Pour plu­sieurs obser­va­teurs, même un score modeste pour­rait peser lourd en 2027. En frag­men­tant l’é­lec­to­rat de droite, le par­ti de Van­nac­ci pour­rait pri­ver la majo­ri­té gou­ver­ne­men­tale de voix déci­sives et deve­nir un acteur clé dans la for­ma­tion d’une future majo­ri­té.

Ancien mili­taire pas­sé par l’Af­gha­nis­tan et l’I­rak, Van­nac­ci s’é­tait fait connaître en 2023 avec son ouvrage Le Monde à l’en­vers (Il mon­do al contra­rio), qui avait sus­ci­té une vive polé­mique à gauche et au sein de la “droite ins­ti­tu­tion­nelle” : il y qua­li­fiait notam­ment l’ho­mo­sexua­li­té de « pas nor­male », dénon­çait une « dic­ta­ture des mino­ri­tés » et esti­mait que la vol­leyeuse ita­lienne Pao­la Ego­nu, noire, pré­sen­tait des traits ne repré­sen­tant pas l’« ita­lia­ni­té ». Sus­pen­du de l’ar­mée puis auto­ri­sé à prendre sa retraite, il avait rejoint la Ligue avant d’être élu dépu­té euro­péen en 2024. Il a quit­té la Ligue le 3 février 2026 et a été exclu le même jour du groupe des Patriotes pour l’Eu­rope.

À l’ap­proche de 2027, l’as­cen­sion de Futu­ro Nazio­nale consti­tue un défi pour Melo­ni comme pour Sal­vi­ni, contraints de com­po­ser avec un acteur capable de redis­tri­buer les équi­libres au sein du camp conser­va­teur ita­lien.

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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