Mecklembourg : l’AfD première force, la CDU éjectée du parlement
Dimanche 20 septembre, l’AfD est arrivée en tête des élections régionales du Mecklembourg‑Poméranie‑Occidentale avec 38,2 % des voix, plus du double de son score de 2021. La CDU, tombée à 4,9 %, sort du parlement de Schwerin : pour la première fois de son histoire, le parti du chancelier n’est représenté dans aucun Landtag allemand. Le calcul du « pare‑feu » vient de s’effondrer sur son auteur.
« Nous ne pensons pas que la CDU puisse continuer ainsi. Nous sommes prêts, avec une avance de 10 % sur l’ensemble du territoire fédéral et en tant que force de loin la plus forte en Allemagne de l’Est, à engager des discussions et à sortir ce pays de la crise. »
Alice Weidel, 21/09/2026 (x.com)
Le Mecklembourg‑Poméranie‑Occidentale est un Land du nord‑est de l’Allemagne, sur le territoire de l’ancienne RDA : 1,6 million d’habitants, 1,3 million d’électeurs, une économie de tourisme balnéaire, de chantiers navals et de santé, peu d’industrie lourde. Son parlement, le Landtag, siège au château de Schwerin et compte au minimum 71 sièges, élus à la proportionnelle personnalisée avec un seuil de 5 %. Depuis 2021, la ministre‑présidente sociale‑démocrate Manuela Schwesig y gouvernait avec Die Linke. Ce scrutin se tenait le même jour que celui de Berlin et deux semaines après celui de Saxe‑Anhalt.
Ce que disent les chiffres
Selon les résultats provisoires publiés par la ZDF, l’AfD de Leif‑Erik Holm obtient 38,2 % des voix, contre 16,7 % en 2021. Le SPD de Manuela Schwesig suit à 35,5 %, en recul de quatre points. Die Linke recueille 6,5 %, les Verts 5,7 %. Sous la barre fatidique des 5 %, on trouve la CDU à 4,9 %, le BSW de Sahra Wagenknecht à 4,8 % et le FDP, réduit à environ 1 %.
La comparaison avec 2021 est brutale : le SPD faisait alors 39,6 %, l’AfD 16,7 %, la CDU 13,3 %, Die Linke 9,9 %, les Verts 6,3 % et le FDP 5,8 % (Wahlrecht.de). Autrement dit, en cinq ans, l’AfD a capté l’essentiel du mécontentement sans que le SPD s’effondre pour autant. Ce sont les petits partis et la CDU qui ont payé.
L’enquête de sortie des urnes de la ZDF donne la hiérarchie des préoccupations : les coûts et les prix en premier, puis l’école, puis la situation économique. Sur l’éducation et l’économie, les électeurs font plutôt confiance au SPD ; sur l’asile et l’immigration, c’est à l’AfD qu’ils accordent la compétence. Le vote n’est donc pas un vote d’humeur : il trie les sujets.
La CDU paie le prix du « pare‑feu »
Le fait marquant de la soirée n’est pas le score de l’AfD, attendu depuis des mois par les sondages, mais la sortie de la CDU. Un parti de gouvernement fédéral, membre de la coalition dirigée par Friedrich Merz, réduit à 4,9 % dans un Land allemand, c’est du jamais‑vu depuis sa fondation en 1945.
La cause immédiate est arithmétique : l’électorat de droite du Mecklembourg est passé à l’AfD. La cause de fond est stratégique. Depuis des années, la CDU tient la ligne de la Brandmauer, le « pare‑feu » qui interdit toute coopération avec l’AfD à quelque échelon que ce soit. Cette ligne a un coût politique : elle prive la CDU de toute perspective de pouvoir dans les Länder de l’Est, où l’AfD est désormais incontournable, et elle envoie à son propre électorat le message qu’un vote CDU ne changera rien. Deux semaines plus tôt en Saxe‑Anhalt, Alice Weidel avait précisément appelé « la CDU, ou une partie de la CDU » à rompre l’interdit (RTS). Le résultat de dimanche relancera ce débat interne, que la direction fédérale a jusqu’ici étouffé.
Schwesig sauve les meubles
Le SPD, lui, limite la casse grâce à la popularité personnelle de Manuela Schwesig, donnée il y a peu à plus de 60 % d’opinions favorables quand son adversaire plafonnait autour de 30 %. Donné à 19 % dans les sondages il y a un an, le SPD termine à 35,5 %. La ministre‑présidente a parlé dimanche soir d’une remontée réussie et annoncé qu’elle chercherait avec quelles forces former un gouvernement (Tagesspiegel).
Car la victoire de l’AfD ne lui donne pas le pouvoir. La coalition sortante SPD‑Die Linke n’a plus de majorité, mais une alliance à trois avec les Verts en aurait une. Leif‑Erik Holm a reconnu qu’il n’avait pas la majorité absolue, tout en revendiquant sa place : l’AfD est arrivée en tête et entend gouverner, et il attend des autres partis qu’ils acceptent au moins de discuter. Selon toute vraisemblance, personne ne viendra. Le parti arrivé premier restera dans l’opposition, et le parti arrivé deuxième conservera la présidence du Land.
Après la Saxe‑Anhalt, une dynamique
Le 6 septembre, l’AfD avait déjà remporté la Saxe‑Anhalt avec 43,8 % des voix – son meilleur score dans un Land – contre moins de 18 % pour la CDU, et avec une participation record de près de 78 % (Euronews). Deux scrutins, deux Länder de l’Est, le même mouvement : avec le Mecklembourg, l’AfD est désormais première force dans trois parlements régionaux, après la Thuringe et la Saxe‑Anhalt. Ce qui était il y a cinq ans une poussée protestataire est devenu la structure du vote dans l’ancienne RDA.
Deux mises en garde s’imposent toutefois. Les chiffres cités sont provisoires : la répartition exacte des sièges n’est pas consolidée et le résultat officiel définitif prendra encore quelques semaines. Et un Land n’est pas la Fédération : l’AfD est deuxième force au Bundestag depuis février 2025, elle n’y est pas première.
Vu de Suisse
En Suisse, l’UDC est le premier parti du pays depuis un quart de siècle et elle siège au Conseil fédéral : la concordance oblige à intégrer ce que les urnes désignent. En Allemagne, le parti arrivé en tête dans un Land est tenu hors du jeu par accord entre tous les autres. Ici, le vote produit des sièges au gouvernement ; là, une tribune d’opposition. Près de quatre électeurs sur dix du Mecklembourg ont donc déposé dimanche un bulletin dont ils savaient d’avance qu’il ne pèserait pas sur la composition de l’exécutif. Le pare‑feu tient sans faiblir depuis 2021 : dans le même temps, l’AfD est passée de 16,7 à 38,2 %.
L’affaire est aussi économique. L’Allemagne est notre premier partenaire commercial et le poids lourd de l’UE. Une CDU fragilisée et un chancelier affaibli, ce sont des marges de manœuvre réduites à Bruxelles – au moment précis où la Suisse doit se prononcer sur son propre paquet d’accords avec l’Union. Ce qui se joue à Schwerin finira sur la table de Berne.
Restent les thèmes qui ont porté l’AfD à 38 % : maîtrise de l’immigration, refus du transfert de compétences vers Bruxelles, priorité aux intérêts nationaux. Ce sont ceux qui nous occupent aussi, et ils ne viennent pas de nulle part.
La prochaine échéance est fédérale, et elle est encore loin. Mais deux dimanches de septembre ont suffi pour que la CDU perde en Allemagne de l’Est ce qu’il lui restait de terrain.