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Le cas Jacques Baud ou la dérive totalitaire de l’Union européenne

Devons-nous nous rapprocher de cet État supranational qui respecte si mal les règles démocratiques auxquelles nous sommes attachés en Suisse ?

Francis Richard
16 janvier 2026
4 min de lecture

Le 15 décembre 2025, il y a tout juste un mois, Jacques Baud a été sanc­tion­né par l’Union euro­péenne avec douze nou­velles per­sonnes phy­siques. Des mesures res­tric­tives ont été prises contre lui eu égard aux acti­vi­tés désta­bi­li­sa­trices menées par la Rus­sie.

Quelles sont ces mesures res­tric­tives ?

  • Il lui est inter­dit de se dépla­cer dans l’UE : rési­dant à Bruxelles, en Bel­gique, il n’a donc pas le droit de rejoindre son pays, la Suisse.
  • Tous ses comptes sont gelés : il ne peut donc faire des achats, y com­pris pour se nour­rir, ou régler ses fac­tures.
  • Il est même inter­dit de lui venir en aide1

Com­ment en a‑t-il été infor­mé ? Le 12 décembre 2025 sur le site Radio Free Europe, qui avait fait fui­ter l’in­for­ma­tion le 10 décembre 2025. Il n’a pas reçu per­son­nel­le­ment de noti­fi­ca­tion de ces sanc­tions.

Contre qui l’UE a‑t-elle pris ces mesures dont il a fait l’ob­jet ? Contre ceux qui ont émis des théo­ries conspi­ra­tion­nistes, ont fait de la pro­pa­gande pour le compte de la Rus­sie ou sont allés s’ex­pri­mer sur des sites pro-russes.

Or, jus­te­ment, il est impos­sible de por­ter de telles accu­sa­tions contre Jacques Baud. Dans ses vidéos, qui sont le reflet de ses livres, au contraire, il s’est effor­cé de com­prendre les moti­va­tions des Ukrai­niens2 comme des Russes.

Ayant par­ti­ci­pé à des négo­cia­tions de paix, notam­ment en Afrique, il sait qu’il faut com­prendre les moti­va­tions de cha­cun des bel­li­gé­rants pour par­ve­nir à une posi­tion com­mune. Et estime nor­mal que cha­cun veuille défendre son pays.

D’au­cuns lui ont attri­bué, sans preuves, des pro­pos qu’il n’a jamais tenus. La cha­ri­té chré­tienne m’o­blige à ne pas don­ner les noms de ces dif­fa­ma­teurs, qui se sont dis­cré­di­tés eux-mêmes et qui ne méritent même pas de pour­suites judi­ciaires.

Dans son cas par­ti­cu­lier, puis­qu’il est le seul dans la liste des sanc­tion­nés indi­vi­duels à rési­der en UE, cette déci­sion, sans pro­cès, donc sans pos­si­bi­li­té de se défendre, est une déci­sion pure­ment arbi­traire (il n’a enfreint aucune loi), une déci­sion poli­tique : elle est le fait du prince, qui fait la loi et l’exé­cute.

(C’est ce que j’ap­pelle l’État de loi, qui n’a rien à voir avec l’État de droit, lequel sup­pose la sépa­ra­tion des pou­voirs légis­la­tif, exé­cu­tif et judi­ciaire.)

Dans son cas par­ti­cu­lier, ont été bafoués : les droits de pro­prié­té, les liber­tés d’ex­pres­sion, de pen­sée et de dépla­ce­ment, ce qui illustre la dérive tota­li­taire de l’UE, qui ne date pas d’au­jourd’­hui. En août 2009, à l’u­ni­ver­si­té d’Aix-en-Pro­vence, le dis­si­dent Vla­di­mir Bou­kovs­ky sou­li­gnait déjà les simi­li­tudes qu’il y avait entre l’UE et l’URSS…

Aus­si le cas de notre conci­toyen peut-il être doré­na­vant celui de n’im­porte qui, ce qui devrait nous inter­ro­ger. Devons-nous nous rap­pro­cher de cet État supra­na­tio­nal qui res­pecte si mal les règles démo­cra­tiques aux­quelles nous sommes atta­chés en Suisse ?

À ce jour, que je sache, les auto­ri­tés suisses, qui ne pou­vaient igno­rer la future ins­crip­tion de Jacques Baud dans la liste des sanc­tion­nés, ajou­tée à la demande vrai­sem­blable de la France, brillent par leur absence de réac­tion éner­gique. Est-ce de la sou­mis­sion ?

Je ter­mi­ne­rai par une cita­tion de John Stuart Mill, tirée de son livre De la liber­té :

Ce qu’il y a de par­ti­cu­liè­re­ment néfaste à impo­ser silence à l’ex­pres­sion d’une opi­nion, c’est que cela revient à voler l’hu­ma­ni­té : tant la pos­té­ri­té que la géné­ra­tion pré­sente, les détrac­teurs davan­tage encore que ses déten­teurs. Si l’o­pi­nion est juste, on les prive de l’oc­ca­sion d’é­chan­ger l’er­reur pour la véri­té ; si elle est fausse, ils perdent un béné­fice presque aus­si consi­dé­rable : une per­cep­tion plus claire et une impres­sion plus vive de la véri­té que pro­duit sa confron­ta­tion avec l’er­reur.

N. B. : Ceux qui le veulent peuvent, comme je l’ai fait, signer la péti­tion Sou­te­nons Jacques Baud.

Notes

  1. Des gens viennent lui appor­ter de la nour­ri­ture, à leurs risques et périls…
  2. Des réfu­giés ukrai­niens qui l’ont croi­sé dans la rue l’ont remer­cié d’a­voir pré­sen­té leur pays tel qu’il est : les jour­na­listes ukrai­niens sont d’ailleurs moins men­teurs que nombre de jour­na­listes occi­den­taux, qui, pour le coup, font sou­vent de la pro­pa­gande.

Publi­ca­tion com­mune LesObservateurs.ch et Le blog de Fran­cis Richard.

Francis Richard
Francis Richard

De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), Francis Richard a travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et s'intéresse aux arts et lettres. Il anime le blogue "Semper longius in officium et ardorem".

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