Nous devons leur dire que nous comprenons et reconnaissons leurs préoccupations.
Le titre de ce billet est tiré d’une interview de Monika Rühl, directrice d’Economiesuisse parue dans Le Temps au sujet de l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! ». Ce que la dame ne dit pas, c’est que la faîtière n’en a rien à battre de ce que vit la population suisse au quotidien. Les bouchons interminables, l’impossibilité de trouver un logement, qui plus est à un loyer abordable, les transports publics surchargés à telle enseigne qu’on fait désormais descendre des passagers, le bétonnage intensif qui tue faune, flore et ravage nos paysages, tout cela laisse de marbre les représentants du capitalisme prédateur. Si Economiesuisse comprenait et reconnaissait les préoccupations du citoyen lambda, elle commencerait par verser des salaires qui permettent de vivre. L’une de ses têtes pensantes, Roland Müller, directeur de l'Union patronale suisse a été clair, déclarant l’an dernier, qu’un « salaire décent n'est pas la responsabilité des employeurs ». Et voici tout à coup que les grands pontes se soucient du bas peuple, de ces petites mains corvéables à merci qu’on remplace par des nouveaux venus dès 50 ans pour cause de cotisations salariales élevées ! Allons, allons, qui peut croire à cette soudaine sollicitude ? Quelques naïfs et surtout ceux à qui le personnel bon marché venu de loin manquera. Car c’est de cela dont il est question. Alors que le chômage explose, démentant la théorie du manque de main d’œuvre, c’est le fait de ne plus pouvoir exercer un chantage sur les salariés au cas où ils ne se plieraient pas aux désidérata d’Economiesuisse qui inquiète les grands patrons.
Leur aveuglement est tel que la directrice en arrive à prétendre ceci : « La croissance profite à l’ensemble de la population, toutes les études macroéconomiques le démontrent, notamment à travers le maintien d’un taux d’emploi historiquement élevé. » Mépris total pour celles et ceux que les études macroéconomiques occultent, ces gens qui souffrent des maux évoqués plus haut et de bien d’autres mais dont les difficultés ne figurent pas dans les statistiques. On ne les voit pas dans un tableur Excel. L’important, c’est la croissance globale, pas la façon dont elle profite ou pas à la population. Prétendre que la croissance profite à l’ensemble de la population, c’est simplement démontrer clairement qu’Economiesuisse n’a aucune connaissance de la vie des femmes et des hommes qui constituent la population en question. Tout en affirmant quand même que « nous devons leur dire que nous comprenons et reconnaissons leurs préoccupations. » On ne saurait mieux se moquer du monde.
Le 14 juin, OUI à l'initiative "Pas de Suisse à 10 millions !"

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