lundi 15 juin 2026
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Pourquoi les campus britanniques suscitent des inquiétudes à l’étranger

Le pays le plus sûr pour l'islam radical n'est pas au Moyen-Orient. Un texte de John Mac Ghlionn, traduit de l'anglais par l'ASVI (Association suisse vigilance islam).

Les Observateurs (la rédaction)
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Les Émi­rats arabes unis ne font pas dans la demi-mesure lors­qu’il s’a­git de l’is­lam poli­tique. Ils ne versent pas dans l’euphémisme. Ils ne pré­tendent pas que l’i­déo­lo­gie dis­pa­raît lors­qu’elle fran­chit une fron­tière ou se pré­sente en cos­tume-cra­vate. À Abu Dha­bi, les Frères musul­mans sont inter­dits, stig­ma­ti­sés et déman­te­lés avec sys­tème. Leurs livres sont consi­dé­rés comme toxiques, leurs réseaux comme sub­ver­sifs. Leur stra­té­gie à long terme est com­prise pour ce qu’elle est : une quête patiente de pou­voir.

C’est pour­quoi les Émi­rats arabes unis ont dis­crè­te­ment et réso­lu­ment sup­pri­mé le finan­ce­ment public accor­dé aux étu­diants sou­hai­tant étu­dier au Royaume-Uni. Les uni­ver­si­tés bri­tan­niques, autre­fois une des­ti­na­tion pri­vi­lé­giée pour les Émi­ra­tis, sont désor­mais consi­dé­rées comme des lieux d’ex­po­si­tion à des idées dan­ge­reuses. Leur pré­oc­cu­pa­tion, ce n’est pas l’alcool ou le radi­ca­lisme chic, mais l’in­cu­ba­tion isla­miste.

La posi­tion des Émi­ra­tis est sans ambi­guï­té. Ils ne veulent pas que leurs enfants soient radi­ca­li­sés sur les cam­pus. Comme on pou­vait s’y attendre, les res­pon­sables bri­tan­niques ont répon­du par des dis­cours léni­fiants sur la liber­té aca­dé­mique. Deux cultures se font face. L’une consi­dère l’i­déo­lo­gie comme une arme. L’autre ne la voit que comme un sujet de dis­cus­sion.

C’est là que la pos­ture bri­tan­nique cesse d’ap­pa­raître naïve et com­mence à mon­trer sa dan­ge­ro­si­té.

Les Frères musul­mans ne sont pas inter­dits au Royaume-Uni. Ils ne sont pas pros­crits. Ils sont trai­tés comme un cercle de dis­cus­sion pro­blé­ma­tique plu­tôt que comme ce qu’ils ont tou­jours été : un mou­ve­ment dis­ci­pli­né, hié­rar­chi­sé, ani­mé d’une mis­sion et doté d’une théo­lo­gie expli­ci­te­ment poli­tique. Son fon­da­teur, Has­san al-Ban­na, n’a­vait aucune ambi­guï­té quant à l’ob­jec­tif. La socié­té doit être réor­ga­ni­sée. La loi doit se sou­mettre. La foi doit gou­ver­ner. L’É­tat vient en der­nier, après la conquête des esprits.

La Confré­rie pour­suit depuis long­temps un plan patient, s’é­ta­lant sur plu­sieurs décen­nies, visant à s’an­crer dans les ins­ti­tu­tions occi­den­tales, ren­for­çant son influence au sein même des sys­tèmes des­ti­nés à pro­té­ger la démo­cra­tie libé­rale. L’ob­jec­tif n’est pas la confron­ta­tion, mais la cor­ro­sion, non pas la révo­lu­tion, mais le rem­pla­ce­ment silen­cieux. Elle crée des groupes d’é­tu­diants, sou­tient des asso­cia­tions cari­ta­tives et forme des « lea­ders com­mu­nau­taires ». Elle parle le lan­gage du bien-être, de la repré­sen­ta­tion et de l’in­clu­sion. Elle com­prend que les socié­tés libé­rales confondent la patience avec l’in­no­cui­té et le plu­ra­lisme avec la neu­tra­li­té. Au fil du temps, l’in­fil­tra­tion devient influence, l’in­fluence devient auto­ri­té, et l’au­to­ri­té s’exerce sans jamais avoir été offi­ciel­le­ment accor­dée.

Les Émi­rats arabes unis com­prennent ce qui se trame. La bru­ta­li­té des Frères musul­mans n’est pas tou­jours bruyante, ni tou­jours explo­sive, mais sou­vent bureau­cra­tique. Elle s’im­pose par la pres­sion, le qu’en dira-t-on, le sépa­ra­tisme. Les femmes sont contraintes à la confor­mi­té. Les dis­si­dents sont iso­lés. Les enfants sont for­més dès leur plus jeune âge. Un ordre moral paral­lèle s’im­pose au fil du temps.

C’est pour­quoi, outre les Émi­rats arabes unis, plu­sieurs autres États à majo­ri­té musul­mane, dont l’É­gypte, l’A­ra­bie saou­dite et la Jor­da­nie, ont pure­ment et sim­ple­ment inter­dit les Frères musul­mans. Ils ont vu com­ment l’en­ga­ge­ment civique devient un levier. Ils com­prennent que les Frères musul­mans n’a­ban­donnent pas leurs objec­tifs lors­qu’ils entrent dans des sys­tèmes démo­cra­tiques. Au contraire, ils adaptent leurs méthodes. Le but final n’est pas la coexis­tence au sein de socié­tés plu­ra­listes, mais l’au­to­ri­té sur celles-ci. Le refus de la Grande-Bre­tagne de tirer la même conclu­sion revient à refu­ser de tirer les leçons de ceux qui ont appris à leurs dépens.

L’exa­men mené en 2015 par le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique a conclu que les Frères musul­mans n’é­taient pas direc­te­ment impli­qués dans des actes ter­ro­ristes sur le sol bri­tan­nique. Une conclu­sion res­tric­tive, fiè­re­ment bran­die depuis lors. Elle igno­rait les preuves les plus trou­blantes. Des per­son­na­li­tés liées aux Frères musul­mans en Grande-Bre­tagne ont ouver­te­ment expri­mé leur sou­tien au Hamas, refu­sé de condam­ner les atten­tats-sui­cides et conti­nué à dif­fu­ser les écrits de Sayyid Qutb, l’un des idéo­logues les plus influents du mou­ve­ment. Qutb n’é­cri­vait pas de poé­sie ou de la théo­lo­gie abs­traite. Il four­nis­sait un cadre qui sanc­ti­fie la vio­lence, divise le monde entre croyants et enne­mis et jus­ti­fie les actes sau­vages au nom de la puri­fi­ca­tion morale.

Sur les cam­pus, la situa­tion s’est aggra­vée. Le nombre de signa­le­ments isla­mistes dans le cadre du pro­gramme Prevent a aug­men­té, mais les chiffres ne reflètent qu’une par­tie de la réa­li­té. Les mani­fes­ta­tions étu­diantes effacent de plus en plus la fron­tière entre acti­visme et inti­mi­da­tion, trans­for­mant les amphi­théâtres et les biblio­thèques en zones de pres­sion plu­tôt qu’en lieux d’ap­pren­tis­sage. Les étu­diants juifs sont invi­tés à faire pro­fil bas. Les voix dis­si­dentes sont étouf­fées ou réduites au silence. Les admi­nis­tra­teurs uni­ver­si­taires réagissent par des décla­ra­tions sur le dia­logue et le bien-être, tout en évi­tant la tâche plus dif­fi­cile de faire res­pec­ter la loi. Tout est pré­sen­té comme de la pas­sion, du res­sen­ti­ment ou des excès de jeu­nesse. Rien n’est appe­lé par son nom.

Les Émi­rats arabes unis observent tout cela et tirent leurs propres conclu­sions.

Le génie des Frères musul­mans a tou­jours été pro­cé­du­ral. Ils construisent des éco­sys­tèmes plu­tôt que des par­tis. Une prise en charge de la nais­sance à la mort. Des mos­quées avec des salles de sport. Des asso­cia­tions cari­ta­tives avec des ser­vices de conseil. Des groupes de jeunes qui enseignent le sport et la sou­mis­sion dans le même souffle. L’ob­jec­tif n’est pas le recru­te­ment au sens brut du terme, mais l’i­so­la­tion au sein même de la socié­té. Un monde dans le monde.

Cheikh Yusuf al-Qara­da­wi, le reli­gieux le plus influent des Frères musul­mans, a un jour expli­qué clai­re­ment cet objec­tif. Les musul­mans en Occi­dent doivent for­mer une petite socié­té au sein d’une socié­té plus grande, de peur de se dis­soudre « comme du sel dans l’eau ». La Grande-Bre­tagne a acquies­cé tan­dis que la sub­ver­sion était décla­rée ouver­te­ment.

L’in­ter­dic­tion des bourses d’é­tudes par les Émi­rats arabes unis est un ver­dict acca­blant, ren­du sans confé­rence de presse ni mise en scène par­le­men­taire. Il véhi­cule un mes­sage simple : nous avons déjà vu cela aupa­ra­vant, et nous savons com­ment cela se ter­mine.

Tra­duc­tion en fran­çais par l’AS­VI (Asso­cia­tion suisse vigi­lance islam).
Source (en anglais) : courage.media

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