Bruxelles menace le parti européen de l’AfD de dissolution financière
Par 414 voix contre 224, le Parlement européen a demandé l’ouverture d’une procédure susceptible d’aboutir au retrait du statut officiel et des financements européens du parti Europe des nations souveraines, auquel appartient notamment l’AfD allemande. Une première qui inquiète ses membres, lesquels dénoncent une tentative de réduire administrativement au silence les voix dissidentes.
Le Parlement européen a demandé, mardi 7 juillet, à l’Autorité pour les partis politiques européens et les fondations politiques européennes d’examiner si Europe des nations souveraines − ESN selon son sigle anglais − respecte les conditions d’enregistrement et de financement imposées aux partis européens.
La décision a été adoptée par 414 voix contre 224, avec 18 abstentions. Les groupes Conservateurs et réformistes européens ainsi que Patriotes pour l’Europe s’y sont opposés, tandis que les autres groupes ont soutenu la procédure, rapporte The European Conservative.
L’ESN rassemble plusieurs formations souverainistes et nationalistes, dont l’Alternative pour l’Allemagne. Le parti européen doit être distingué du groupe parlementaire du même nom, qui ne serait pas directement concerné par une éventuelle sanction.
L’Autorité doit désormais déterminer si les positions ou les activités de l’ESN sont compatibles avec les « valeurs de l’Union », notamment la démocratie, l’État de droit et le respect des droits de l’homme. En cas de conclusion défavorable, le parti pourrait perdre son enregistrement officiel et les financements européens qui lui sont associés. Le Parlement précise cependant que son vote ne préjuge pas encore du fond de l’affaire. Il s’agit de la première utilisation de cette procédure depuis la révision, en 2025, des règles encadrant les partis politiques européens.
Parmi les griefs avancés figureraient les positions de certaines formations membres en faveur de la remigration ou leur opposition à la promotion institutionnelle de l’homosexualité, présentées par leurs adversaires comme révélatrices de sympathies « nazies ». L’eurodéputé socialiste italien Alessandro Zan s’est félicité du vote, estimant que l’argent des contribuables européens ne devait pas financer ceux qui bafouent les valeurs fondatrices de l’Union.
L’ESN dénonce au contraire une menace contre le pluralisme et la liberté d’expression. Ses représentants estiment que les partis doivent pouvoir défendre les préoccupations de leurs électeurs sans risquer des sanctions administratives ou financières au seul motif qu’ils contestent le consensus politique bruxellois.
Au-delà du cas de l’ESN, la procédure pose une question politique majeure : jusqu’où les institutions européennes peuvent-elles définir les opinions compatibles avec les « valeurs de l’Union » sans transformer ces dernières en instrument d’exclusion des oppositions souverainistes ? Pour les détracteurs de cette décision, le recours à la menace financière et au retrait de la reconnaissance officielle ressemble moins à un débat démocratique qu’à une tentative de marginalisation institutionnelle.