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Remigration Summit 2026 : grand entretien avec Jean-Yves Le Gallou

Théoricien des idées et acteur de la bataille culturelle depuis plusieurs décennies, Jean-Yves Le Gallou voit aujourd’hui s’imposer dans le débat public un terme qu’il a contribué à faire émerger et structurer : la remigration. C'est à ce titre qu'il interviendra prochainement au Remigration Summit 2026. Nous l'avons longuement interrogé.

Dimitri Fontana
12 mai 2026
7 min de lecture

À l’heure où la ques­tion migra­toire sature l’espace poli­tique euro­péen, le Remi­gra­tion Sum­mit 2026, qui se dérou­le­ra à Por­to le 30 mai pro­chain, entend fran­chir une étape sup­plé­men­taire en don­nant à cette notion un cadre, des relais et une ambi­tion conti­nen­tale. Après avoir intro­duit en son temps la notion de « pré­fé­rence natio­nale » dans le débat fran­çais, Jean-Yves Le Gal­lou ana­lyse ici ce moment char­nière : celui où un concept quitte les marges pour pré­tendre redé­fi­nir les termes mêmes de la dis­cus­sion poli­tique.

Entretien

Le terme de « remi­gra­tion » s’est impo­sé très rapi­de­ment dans le débat public. Com­ment ana­ly­sez-vous cette accé­lé­ra­tion, et y voyez-vous un bas­cu­le­ment com­pa­rable à celui qu’a connu en son temps la notion de « pré­fé­rence natio­nale » ?

Le terme de remi­gra­tion s’est impo­sé parce qu’il répond à une angoisse de sub­mer­sion démo­gra­phique désor­mais per­cep­tible par­tout en Europe. Qui­conque constate le Grand Rem­pla­ce­ment est pla­cé devant l’alternative sui­vante : s’en réjouir ou se pro­non­cer pour la remi­gra­tion. Affaire de cohé­rence. Grand Rem­pla­ce­ment et remi­gra­tion fonc­tionnent comme dias­tole et sys­tole.

Comme pour la pré­fé­rence natio­nale autre­fois, on va obser­ver le pas­sage d’un mot d’abord dia­bo­li­sé à un mot dis­cu­té. Le simple fait que le terme com­mence à être repris par les médias et déchaîne la fureur de l’extrême gauche marque déjà une vic­toire méta­po­li­tique. La remi­gra­tion, c’est notre nou­velle fron­tière.

Vous avez pré­ci­sé­ment contri­bué à faire entrer cette pré­fé­rence natio­nale dans le débat fran­çais. Voyez-vous dans la remi­gra­tion une simple exten­sion de ce concept, ou un chan­ge­ment d’échelle et de nature ?

Il existe une conti­nui­té évi­dente entre pré­fé­rence natio­nale et remi­gra­tion. Mais la remi­gra­tion va plus loin : elle ne concerne plus seule­ment les prio­ri­tés sociales ou éco­no­miques, mais la ques­tion civi­li­sa­tion­nelle elle-même. La pré­fé­rence natio­nale orga­ni­sait la prio­ri­té des natio­naux, la remi­gra­tion pose la ques­tion de la réver­si­bi­li­té des flux migra­toires. On change effec­ti­ve­ment d’échelle et de pro­fon­deur his­to­rique. Ceci étant, la pré­fé­rence natio­nale reste un outil au ser­vice de la remi­gra­tion en sup­pri­mant à la base les flux finan­ciers qui encou­ragent l’immigration.

Le Remi­gra­tion Sum­mit 2026 marque une ten­ta­tive de struc­tu­ra­tion à l’échelle euro­péenne. Assiste-t-on, selon vous, à la consti­tu­tion d’un véri­table espace idéo­lo­gique com­mun sur ces ques­tions ?

Les contextes natio­naux dif­fèrent, mais les pré­oc­cu­pa­tions convergent for­te­ment : sau­ve­gar­der le droit à la conti­nui­té des peuples his­to­riques. Faire en sorte que l’Europe reste la terre des Euro­péens, terre qu’ils jar­dinent depuis des mil­lé­naires. Le som­met de Por­to vise pré­ci­sé­ment à struc­tu­rer ces conver­gences et à créer des relais durables : Euro­péens de bonne volon­té, unis­sez-vous !

Depuis des années, vous insis­tez sur l’importance de la méta­po­li­tique. Consi­dé­rez-vous que la bataille cultu­relle autour de la remi­gra­tion est en train d’être gagnée, ou seule­ment enga­gée ?

La bataille cultu­relle n’est pas gagnée, elle est seule­ment enga­gée. Les forces d’extrême gauche et celles d’extrême centre – qui sont proches entre elles par leurs objec­tifs – res­tent extrê­me­ment puis­santes dans l’univers intel­lec­tuel et média­tique.

Ceci étant, la fenêtre d’Overton se déplace : il y a dix ans le Grand Rem­pla­ce­ment était « une théo­rie raciste et com­plo­tiste d’extrême droite » (sic), aujourd’hui c’est un fait recon­nu et même expli­ci­te­ment admis par l’ex­trême gauche (la “nou­velle France” de Jean-Luc Mélen­chon). Il y a dix ans, le terme remi­gra­tion émer­geait à peine des limbes. Aujourd’hui les som­mets de la remi­gra­tion s’enchaînent : à Milan l’an der­nier, à Por­to le 30 mai pro­chain et à l’automne pro­chain en France. La méta­po­li­tique est un tra­vail de long terme : il faut modi­fier les repré­sen­ta­tions men­tales avant de modi­fier les lois. Sur ce point, il y a urgence.

Entre la for­mu­la­tion d’un concept et sa tra­duc­tion en poli­tique publique, il y a un saut consi­dé­rable. Quels seraient, selon vous, les pre­miers leviers concrets per­met­tant de pas­ser du dis­cours à l’action ?

Le pre­mier levier est la maî­trise réelle des fron­tières : on ne passe pas !

Ensuite une pause géné­rale de toutes les filières d’entrées : tra­vail, études, regrou­pe­ment fami­lial, asile. Il faut éga­le­ment agir sur les aides, les natu­ra­li­sa­tions et les inci­ta­tions au retour. Aucune poli­tique n’est pos­sible sans volon­té poli­tique claire et sans sou­tien popu­laire sol­li­ci­té et assu­mé.

Les gou­ver­ne­ments euro­péens dur­cissent leur rhé­to­rique migra­toire sans modi­fier en pro­fon­deur les flux. Est-ce, selon vous, un signe de conver­sion pro­gres­sive ou une stra­té­gie d’accompagnement de l’impuissance ?

Beau­coup de gou­ver­ne­ments tiennent aujourd’hui un dis­cours plus ferme parce qu’ils sentent la pres­sion de l’opinion.

Mais ces dis­cours n’embrayent pas sur la réa­li­té et les flux migra­toires conti­nuent sou­vent au même rythme. Sauf dans cer­tains pays – le Dane­mark par exemple –, il existe donc un écart consi­dé­rable entre la com­mu­ni­ca­tion poli­tique et les déci­sions effec­tives. Beau­coup de poli­ti­ciens, hélas, cherchent sur­tout à conte­nir élec­to­ra­le­ment le mécon­ten­te­ment sans remettre en cause le modèle actuel.

La ques­tion juri­dique est sou­vent avan­cée comme un ver­rou majeur. Le droit actuel rend-il réel­le­ment impos­sible toute poli­tique de remi­gra­tion, ou s’agit-il d’un pré­texte poli­tique ?

Dans presque tous les pays euro­péens, le pou­voir sur les poli­tiques migra­toires est dans les faits acca­pa­ré par les juges. Juges consti­tu­tion­nels d’un côté qui cen­surent les lois ; juges judi­ciaires (ou admi­nis­tra­tifs) qui refusent d’ap­pli­quer les lois au nom de prin­cipes tirés de textes inter­na­tio­naux : Conven­tion de Genève sur les réfu­giés, Conven­tion inter­na­tio­nale des droits de l’enfant, Conven­tion euro­péenne des droits de l’homme. Le droit n’est jamais neutre : les juges pro­cèdent à une sur­in­ter­pré­ta­tion idéo­lo­gique de prin­cipes géné­raux. C’est pour cela que je pro­pose de rendre le pou­voir sur l’immigration au peuple par réfé­ren­dum ou à tra­vers la repré­sen­ta­tion par­le­men­taire. C’est ce que j’appelle le JUGEXIT au ser­vice du MIGREXIT.

Une par­tie de l’opinion reste réti­cente face à la radi­ca­li­té du terme. Faut-il, selon vous, assu­mer cette radi­ca­li­té ou tra­vailler à refor­mu­ler le concept pour le rendre plus accep­table ?

Il faut assu­mer les mots justes, sans cher­cher en per­ma­nence à édul­co­rer le réel. Ni à nier l’existence de situa­tions conflic­tuelles. La bataille des mots reste cen­trale. Nom­mer une réa­li­té per­met déjà de la pen­ser poli­ti­que­ment. Pour autant il faut aus­si expli­quer concrè­te­ment ce que recouvre le terme remi­gra­tion :

  1. La pause de toute immi­gra­tion nou­velle.
  2. Le ren­voi des clan­des­tins.
  3. L’expulsion des délin­quants.
  4. Le non-renou­vel­le­ment du séjour des étran­gers vivant de trans­ferts sociaux.
  5. La déchéance de la natio­na­li­té des bina­tio­naux inas­si­mi­lés et hos­tiles.

La notion d’assimilation, que l’on croyait dépas­sée, revient dans le débat. Peut-elle encore consti­tuer une alter­na­tive cré­dible, ou est-elle désor­mais insuf­fi­sante face aux dyna­miques à l’œuvre ?

L’assimilation a pu fonc­tion­ner dans des contextes his­to­riques très dif­fé­rents : avec une immi­gra­tion limi­tée en nombre et concer­nant des popu­la­tions d’origine euro­péenne et de reli­gion ou de culture catho­lique.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui, ni par les volumes ni sur­tout par l’origine le plus sou­vent afri­caine ou ara­bo-musul­mane. L’assimilation demeure pos­sible pour des indi­vi­dua­li­tés, pas pour des masses. Il y a aus­si des pois­sons volants, mais ils ne consti­tuent pas la majo­ri­té du genre, pour reprendre Audiard…

La ques­tion est désor­mais celle des seuils, des masses et de la conti­nui­té his­to­rique et civi­li­sa­tion­nelle. Ceci étant, tous les inas­si­mi­lés ne sont pas ouver­te­ment hos­tiles.

Enfin, si l’on se pro­jette à l’ho­ri­zon 2050, la remi­gra­tion vous appa­raît-elle comme une hypo­thèse poli­tique réa­liste, ou comme un cadre de pen­sée des­ti­né avant tout à recon­fi­gu­rer le débat ?

La remi­gra­tion n’est pas seule­ment un cadre intel­lec­tuel des­ti­né à rou­vrir des pos­si­bi­li­tés poli­tiques consi­dé­rées comme inter­dites, elle est d’une urgence vitale. Sans remi­gra­tion, les Euro­péens d’Europe connaî­tront le sort des Blancs d’Afrique du Sud. J’ajoute que cer­taines mesures concrètes peuvent par­fai­te­ment être mises en œuvre à moyen, sinon à court terme. L’enjeu de la pro­chaine pré­si­den­tielle fran­çaise doit dépas­ser la ques­tion du prix de l’essence : il doit deve­nir celui de l’essence du peuple.

Pro­pos recueillis par Dimi­tri Fon­ta­na

Notes

  • Agen­da : Jean-Yves Le Gal­lou pren­dra la parole à Por­to le 30 mai pro­chain au Remi­gra­tion Sum­mit. Pour en savoir plus, ren­dez-vous sur remigrationsummit.com
  • Biblio­gra­phie : vient de paraître sur le sujet, en langue fran­çaise, un ouvrage fon­da­men­tal, sous la plume de Jean-Yves Le Gal­lou : Remi­gra­tion. Pour l’Eu­rope de nos enfants. À se pro­cu­rer sur boutique.institut-iliade.com
  • Res­sources : en langue anglaise, l’ex­celllent “whatis.remigration.eu” qui offre une défi­ni­tion très exhaus­tive.
Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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