Genève : poignardé en plein jour devant Cornavin, l’ordinaire du deal
Jeudi, 13h50, place de Cornavin. Un homme s’approche d’un autre, assis sur un banc, et lui porte une dizaine de coups de couteau sans prononcer un mot, sous les yeux des passants. Un témoin met l’agresseur en fuite ; des policiers en civil l’interpellent quelques mètres plus loin. La victime, touchée au bras et à l’épaule, s’en tire avec des blessures légères. La police privilégie la piste du règlement de comptes lié au milieu de la toxicomanie.
L’épisode n’a rien d’isolé : il s’inscrit dans le paysage désormais familier du périmètre Cornavin-Grottes, devenu la principale scène ouverte de la drogue de Suisse romande. Le crack a déferlé sur Genève à partir de fin 2021, avec un doublement des consommateurs dès 2022 − 300 à 500 usagers de rue selon la police judiciaire, alimentés notamment par une filière de dealers venus de Paris avec du crack « prêt à l’emploi ». Les riverains des Grottes décrivent une consommation à ciel ouvert, des cris, des bagarres, visibles « depuis la fenêtre de la chambre » des enfants.
Vingt ans de politique dite de « réduction des risques » − salle de consommation du Quai 9 financée par le contribuable, maraudes distribuant des pipes à crack − n’ont pas empêché l’importation, via les réseaux parisiens, des scènes de rue que la France connaît depuis la « colline du crack ». Même Ruth Dreifuss, mère de cette politique, concède que « ce qui a marché avec l’héroïne ne marche pas avec le crack ». Pendant que la gauche genevoise dépose des motions pour « intégrer les habitants dans les réflexions », le MCG réclame une task force policière et la fin de la complaisance. À force d’accompagner la dépendance plutôt que de combattre le trafic, Genève découvre à sa gare ce que les Français connaissent depuis longtemps aux leurs.