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Recension : La société du factice, du Pr Didier Raoult

Le devenir factice de notre monde a été fréquemment anticipé dans les ouvrages de science-fiction, qu'il s'agisse de 1984 (1949) ou de l’œuvre de Philip K. Dick, en particulier Simulacres (1964), qui a parfaitement décrit la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui.

Francis Richard
9 mai 2026
4 min de lecture

Le deve­nir fac­tice de notre monde a été fré­quem­ment anti­ci­pé dans les ouvrages de science-fic­tion, qu’il s’a­gisse de 1984 (1949) ou de l’œuvre de Phi­lip K. Dick, en par­ti­cu­lier Simu­lacres (1964), qui a par­fai­te­ment décrit la socié­té dans laquelle nous vivons aujourd’­hui.

Le Petit Robert défi­nit fac­tice :

  1. Qui est faux ou imi­té.
  2. Qui n’est pas natu­rel.

Avec l’au­teur, on peut dire que les deux accep­tions conviennent pour en faire un sub­stan­tif qua­li­fiant la socié­té actuelle, en France en par­ti­cu­lier et dans le monde occi­den­tal en géné­ral.

L’au­teur revient sur l’hy­droxy­chlo­ro­quine, qui, tout d’un coup, serait deve­nu toxique :

L’as­so­cia­tion du Lan­cet Gate et de Reco­ve­ry, qui sont deux études cra­pu­leuses et igno­rantes, a créé la notion fac­tice de l’hy­droxy­chlo­ro­quine qui ne serait jus­qu’a­lors jamais appa­rue, mal­gré des décen­nies, voire des siècles d’u­ti­li­sa­tion de la qui­nine (dont l’u­sage remonte à Louis XIV en France), puis de la chlo­ro­quine et de l’hy­droxy­chlo­ro­quine, sub­stances toutes déri­vées de la même plante.

Mais ce n’est pas le seul médi­ca­ment qui ait été mal­trai­té :

En 2021, un deuxième médi­ca­ment bon mar­ché, simple, effi­cace, au moins dans une cer­taine mesure, l’i­ver­mec­tine, a aus­si fait l’ob­jet d’une dés­in­for­ma­tion si extra­or­di­naire qu’il a fal­lu quatre ans et la nomi­na­tion de Robert F. Ken­ne­dy Jr comme secré­taire à la San­té des États-Unis pour que soit réta­blie la véri­té.

L’ar­gu­ment de la science est invo­quée pour affir­mer des choses com­plè­te­ment fac­tices. C’est une nou­velle croyance :

La meilleure manière de faire en sorte que les gens croient en quelque chose qui n’est pas visible consiste à uti­li­ser des modèles mathé­ma­tiques aux­quels 99,99% de la popu­la­tion ne com­prend rien.

Les mathé­ma­tiques sont uti­li­sées pour dégui­ser la réa­li­té. Sans par­ler de la dis­si­mu­la­tion des don­nées.

Si vous ne sous­cri­vez pas à la légende ou au roman offi­ciel, vous êtes qua­li­fié de scep­tiques, com­plo­tistes, fas­cistes ou autres.

Les exemples de ce monde factice ne manquent pas

La théo­rie du genre qui s’op­pose à la réa­li­té de la dif­fé­rence bio­lo­gique entre les hommes et les femmes : contrai­re­ment à ce que disait Simone de Beau­voir, on naît bien femme, on naît bien homme. Et l’é­du­ca­tion joue un rôle rela­ti­ve­ment modeste dans l’o­rien­ta­tion sexuelle : il faut accep­ter la nature telle qu’elle est.

L’im­pos­si­bi­li­té d’a­voir des opi­nions oppo­sées à la ver­sion offi­cielle :

  • La presse écrite appar­tient à des mil­liar­daires tout en étant mas­si­ve­ment sub­ven­tion­née par l’É­tat.
  • Si vous n’ap­par­te­nez pas au camp domi­nant, vous êtes cen­su­ré, y com­pris sur les réseaux sociaux, qu’il s’a­gisse de la dan­ge­ro­si­té de vac­cins insuf­fi­sam­ment tes­tés, de la guerre entre la Rus­sie et l’U­kraine ou des varia­tions cli­ma­tiques.
  • Dans le tota­li­ta­risme, il ne suf­fit pas que les gens obéissent à la loi, il faut qu’ils y croient pour de bon et qu’ils disent y croire.
  • S’il n’y a pas d’al­ter­na­tive à l’i­déo­lo­gie domi­nante, le dia­logue devient impos­sible ; or toute notre civi­li­sa­tion est basée sur la dia­lec­tique, le dia­logue.

Le détour­ne­ment des mots de leur usage : par exemple, l’emploi d’espé­rance de vie à la place de lon­gé­vi­té.

La consti­tu­tion de stocks de nou­veaux médi­ca­ments pour faire face à des menaces qui n’existent pas (par exemple, le bio­ter­ro­risme par l’an­thrax), médi­ca­ments qui finissent à la pou­belle…

La néga­tion de l’in­né (donc de la géné­tique) rem­pla­cé par l’ac­quis.

L’op­po­si­tion entre l’empirisme et la théo­rie : par exemple le dan­ger que ferait cou­rir la moindre goutte d’al­cool relève […] de l’i­gno­rance la plus totale : la créa­tion d’al­cool peut se faire à l’in­té­rieur du corps sans en avoir consom­mé une goutte…

Le maté­ria­lisme scien­ti­fique, la psy­cha­na­lyse ou le dar­wi­nisme, qui ne sont pas des sciences, mais des reli­gions, parce que fal­si­fiables, au sens que don­nait Karl Pop­per à la fal­si­fia­bi­li­té.

Le rem­pla­ce­ment de la méri­to­cra­tie par le réseau­tage.

La baisse du QI moyen des per­sonnes qui ont le bac­ca­lau­réat, dont le pour­cen­tage a aug­men­té.

La phi­lan­thro­pie de mil­liar­daires, tel Bill Gates, dont la for­tune s’ac­croît quand ils cessent toute acti­vi­té indus­trielle.

L’hyper­sexua­li­té des écrans, acces­sibles même aux enfants, coexis­tant avec une chute mas­sive de la sexua­li­té réelle en Occi­dent et au Japon.

Le pro­fes­seur Raoult ter­mine en disant que

« la popu­la­tion humaine est fon­da­men­ta­le­ment hété­ro­gène, fruit de métis­sages com­plexes, qu’il existe des sus­cep­ti­bi­li­tés géné­tiques géo­gra­phiques », que « la sélec­tion natu­relle n’a pas créé un humain par­fait et uni­forme, que l’en­vi­ron­ne­ment médi­cal et les soins varient énor­mé­ment d’un pays à l’autre. »

En conclusion

Vou­loir appli­quer une stra­té­gie thé­ra­peu­tique unique, une seule poso­lo­gie, ou un même vac­cin à la terre entière, sur la foi de tests limi­tés, est une aber­ra­tion. C’est une vision de mathé­ma­ti­ciens ou d’é­pi­dé­mio­lo­gistes qui confondent les humains avec des pions iden­tiques sur un ordi­na­teur, un des biais les plus graves de la méde­cine moderne, telle que pra­ti­quée ces trente der­nières années.

La socié­té du fac­tice, Pr Didier Raoult, 128 pages, édi­tions Fayard (2026)

Ce texte est une publi­ca­tion com­mune avec le blogue francisrichard.net

Francis Richard
Francis Richard

De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), Francis Richard a travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et s'intéresse aux arts et lettres. Il anime le blogue "Semper longius in officium et ardorem".

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