SPIEF 2026 : les élites russes réfléchissent à l’après-guerre et aux défis du XXIe siècle

SPIEF 2026 : les élites russes réfléchissent à l'après-guerre et aux défis du XXIe siècle

Chaque année, le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) réunit les principaux décideurs politiques, économiques et intellectuels de Russie ainsi qu'un nombre croissant de délégations étrangères. Souvent présenté comme le « Davos russe », l'événement est devenu, depuis le début de la guerre en Ukraine et le basculement géopolitique accéléré du monde, l'une des principales tribunes où s'expriment les orientations stratégiques de Moscou.

Si les médias occidentaux retiennent généralement les annonces économiques ou les interventions de Vladimir Poutine, certaines tables rondes offrent également un aperçu précieux des réflexions qui traversent aujourd'hui les milieux académiques, administratifs et stratégiques russes.

C'était le cas d'une session intitulée « Les principales menaces pour la Russie au deuxième quart du XXIᵉ siècle », organisée avant-hier autour d'un rapport élaboré par plusieurs experts russes parmi lesquels Andrey Bezrukov et Alexandre Dougine. L'exercice ne visait pas à prédire l'avenir, mais à identifier les défis majeurs auxquels la Russie pourrait être confrontée d'ici 2050.

Une Russie qui se pense dans une confrontation de longue durée

Premier enseignement : pour les intervenants, la guerre en Ukraine n'est pas perçue comme un conflit isolé mais comme un épisode d'une confrontation beaucoup plus vaste entre la Russie et l'Occident.

Les débats ont largement porté sur l'évolution de la guerre moderne : drones, intelligence artificielle, sabotage des infrastructures critiques, guerre informationnelle et vulnérabilités technologiques. Plusieurs intervenants estiment que les conflits futurs se joueront moins par la conquête territoriale que par la capacité à désorganiser les centres de décision, les réseaux logistiques ou les systèmes économiques d'un adversaire.

Cette vision confirme l'ancrage durable de la Russie dans une logique de compétition stratégique de long terme.

La démographie, préoccupation majeure des élites russes

Mais c'est sans doute la question démographique qui a occupé la place la plus importante dans les échanges.

Le gouverneur de la région de Vologda, Georgy Filimonov, a présenté le recul de la natalité comme une menace existentielle pour le pays. Selon lui, aucune puissance militaire, aucune réussite économique et aucune avancée technologique ne pourront compenser durablement un affaiblissement démographique continu.

Ce thème n'est pas nouveau en Russie. Depuis plusieurs années déjà, Vladimir Poutine multiplie les mesures destinées à soutenir les familles et à enrayer le déclin démographique. La nouveauté réside davantage dans le ton employé : plusieurs intervenants considèrent désormais cette question comme un enjeu de sécurité nationale à part entière.

La lutte contre l'alcoolisme, les politiques familiales, le soutien à la natalité ou encore la revitalisation des régions apparaissent ainsi comme des composantes d'une même stratégie nationale.

La souveraineté comme fil conducteur

Un autre élément ressort explicitement des discussions : la souveraineté constitue désormais le concept structurant de la pensée stratégique russe.

Souveraineté militaire, bien sûr, mais également souveraineté économique, financière, technologique et numérique.

Les intervenants ont souligné la nécessité de réduire les dépendances extérieures, de renforcer les capacités industrielles nationales et d'accélérer le développement des technologies jugées stratégiques, notamment dans les domaines de l'intelligence artificielle et des infrastructures numériques.

Cette orientation n'est pas nouvelle depuis les sanctions occidentales de 2022. Cependant, elle semble désormais faire l'objet d'un consensus beaucoup plus large au sein des élites russes.

Une réflexion tournée vers l'après-guerre

Au-delà des propositions concrètes évoquées lors de cette session, l'intérêt principal de ces échanges réside peut-être ailleurs.

Alors que la Russie demeure engagée dans le conflit ukrainien, une partie de ses responsables et de ses intellectuels réfléchit déjà aux défis des vingt-cinq prochaines années : démographie, organisation du territoire, technologies émergentes, cohésion nationale, transformation des élites ou encore adaptation à un ordre mondial en pleine recomposition.

Cette réflexion prospective témoigne d'une conviction largement partagée parmi les participants : la période ouverte en 2022 ne constitue pas une parenthèse, mais le début d'un nouveau cycle historique dont les conséquences se feront sentir bien au-delà de la guerre actuelle.

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