« Radio Courtoisie reste la radio libre du pays réel » : grand entretien avec Pierre-Alexandre Bouclay

« Radio Courtoisie reste la radio libre du pays réel » : grand entretien avec Pierre-Alexandre Bouclay

À l’heure où l’audiovisuel français se prétend pluraliste tout en restant largement verrouillé par les mêmes réflexes idéologiques, Radio Courtoisie continue de faire figure d’ovni médiatique.

Fondée en novembre 1987, la station s’apprête à entrer dans sa quarantième année. Radio libre, francophone, conservatrice, longtemps résumée par la formule de « radio de toutes les droites », elle revendique un modèle rare : pas de publicité, pas de grands groupes, mais le soutien direct de ses auditeurs.

Son président, Pierre-Alexandre Bouclay, revient avec nous sur l’état de la radio, ses développements, ses combats judiciaires, la liberté d’expression en France, le monopole idéologique du service public et sa participation prochaine aux Bobards d’Or.

Entretien

Radio Courtoisie approche de ses quarante ans. Dans quel état se trouve aujourd’hui la radio, et qu’est-ce qui a le plus changé depuis votre arrivée à sa présidence ?

Radio Courtoisie a failli mourir à cause d’une gestion calamiteuse entre 2014 et 2017. Contrairement à l’époque de Jean Ferré, Radio Courtoisie doit aujourd’hui composer avec une concurrence renforcée à droite. Nous n’avons plus le monopole de la réinformation, comme c’était le cas dans les années 1990 et au début des années 2000, et nous avons malheureusement pris du retard dans les années 2010 pour maintenir notre avance.

Il a fallu beaucoup travailler pour combler ce retard, mais heureusement, cette page est désormais derrière nous.

Depuis mon arrivée, nous avons lancé une tranche d’information matinale, Ligne droite, ce qui nous a permis de revenir au centre de l’attention. Nous avons également renoué avec des programmes hebdomadaires en soirée, Restons Courtois, en partenariat avec des médias amis comme Valeurs actuelles, Boulevard Voltaire, L’Incorrect ou Le Monde moderne.

Nous avons voulu renouer avec l’esprit du fondateur de Radio Courtoisie, Jean Ferré, qui était extrêmement curieux des nouvelles technologies, en modernisant notre studio, en en créant un second ; nous avons lancé les podcasts, les directs sur les réseaux sociaux, deux chaînes YouTube et nous restons à l’affût de toute possibilité de progression.

Nos audiences sont aujourd'hui plus hautes que jamais : en Île-de-France, par exemple, nous avons 5,2 % de part d’audience (Europe 1 a environ 6%) et environ 1,5 million d’auditeurs uniques chaque semaine.

Vous revendiquez un modèle sans publicité, fondé sur les auditeurs. Est-ce encore viable en 2026, ou est-ce devenu un acte de résistance ?

Ce modèle est indispensable. Nous devons miser sur le soutien et la contribution de nos auditeurs, car ce sont eux qui garantissent notre indépendance totale.

Cela correspond avant tout aux souhaits de nos fondateurs, Jean Ferré et Serge de Beketch, qui avaient désiré que nous soyons parfaitement indépendants de toute pression. J’ai pu vérifier ces derniers temps à quel point le soutien de nos auditeurs était indispensable : lorsque, par exemple, un millionnaire étranger a proposé de racheter Radio Courtoisie pour la mettre au service d’intérêts qui n’étaient pas forcément ceux de la France.

Aujourd’hui, même des médias vivant de recettes commerciales se tournent vers le soutien de leurs lecteurs ou auditeurs et font appel aux dons – notamment des médias de gauche comme StreetPress, Mediapart ou Libération !

Radio Courtoisie a longtemps été marginalisée. Est-ce encore un handicap aujourd’hui, ou au contraire un atout dans un contexte de défiance envers les grands médias ?

Radio Courtoisie a surtout été marginalisée durant les années 2010, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les audiences le démontrent : partout où l’ARCOM nous donne des autorisations d’émettre, nous sommes compétitifs avec les plus grandes radios. Là où nous ne les avons pas, évidemment, nous sommes obligés de tout miser sur le numérique.

Je crois en outre que l’avenir est aux médias alternatifs. On l’a vu en Pologne avec la victoire électorale du PiS dans les années 2000, dans la manière dont Donald Trump a misé essentiellement sur les médias alternatifs pour remporter ses deux victoires présidentielles, et plus récemment en France, lorsque Jean-Luc Mélenchon s’est tourné vers ce qu’il appelle les « nouveaux médias » pour annoncer sa candidature à la présidentielle. Ce qui serait intéressant, c’est que les partis populistes comprennent ces évolutions : que les grands candidats patriotes fassent, par exemple, leur annonce de candidature sur les ondes de Radio Courtoisie ! C’est dommage de toujours voir la gauche avoir un coup d’avance en France…

Vous avez été confronté à des pressions et à des procédures. Où se situe aujourd’hui, concrètement, la limite de la liberté d’expression pour un média comme le vôtre ?

Les limites à la liberté d’expression résident d’une part dans les lois, et d’autre part dans leur interprétation par des instances telles que l’ARCOM. Nous devons également faire face à un militantisme hargneux de la part d’opposants politiques, qui ne manquent pas de multiplier les signalements pour nous faire sanctionner.

Ces limites peuvent également se situer dans une forme d’autocensure vis-à-vis de notre propre camp. Il existe aujourd’hui des médias commerciaux de droite qui défendent des lignes éditoriales marquées et assez rigides. Pour y passer, certains sont prêts à adapter leur discours et même leur pensée. Nous devons veiller à préserver, au contraire, notre indépendance et notre liberté de ton. À cet égard, nous faisons le choix de garantir une liberté d’expression absolue à tous nos intervenants, dans les limites de la loi.

On parle beaucoup de « pluralisme » médiatique en France. Selon vous, est-il réel, ou largement théorique ?

En France, le pluralisme médiatique est à peu près inexistant dans le service public, quoi qu’en disent ses dirigeants. Le rapport Alloncle, rendu pour la commission parlementaire sur l’audiovisuel, l’a largement démontré. Dans le secteur privé, en revanche, le pluralisme est plus réel. Cela tient pour l’essentiel au développement des médias alternatifs, dont Radio Courtoisie est la pionnière. Internet a beaucoup joué pour favoriser ce pluralisme. L’arrivée des médias dits « Bolloré » l’a évidemment accéléré et renforcé, c’est incontestable.

Le service public audiovisuel est régulièrement accusé de biais idéologique. Ce monopole est-il en train de se fissurer, ou reste-t-il intact ?

Ce monopole est aujourd’hui incontestable. À l’avenir, il est possible qu’il se fissure légèrement, ou que le système concède quelques ouvertures cosmétiques — même si cela leur arrache le cœur (et je suis poli). On l’a vu, par exemple, avec la levée de boucliers provoquée par l’arrivée de la journaliste du Figaro, Eugénie Bastié, sur France 2. Même en période de crise, même quand il faudrait donner un tout petit gage d’honnêteté intellectuelle, la moindre ouverture les rend fous !  Ce n’est pas demain la veille que nous aurons une véritable pluralité, avec de vrais éditorialistes ou journalistes de droite, dans le service public.

Vous participez cette année aux Bobards d’Or, qui mettent en lumière les dérives médiatiques. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre intervention ?

J’interviendrai sur le grand scandale médiatique de l’année 2025, l’affaire Cohen-Legrand, qui a en grande partie déclenché la commission parlementaire sur l’audiovisuel dirigée par Charles Aloncle. L’histoire a été révélée par L’Incorrect et Radio Courtoisie y a joué un rôle – notamment parce que nous avons, de notre côté, révélé la lettre de la directrice de Radio France, Sibyle Veil, qui expliquait au Sénat qu’elle comptait bien protéger Patrick Cohen et Thomas Legrand, malgré leurs turpitudes. Je raconterai les coulisses de l’affaire et ses conséquences, parfois très rigolotes…

Quel cap fixez-vous à Radio Courtoisie à l’approche de ses 40 ans : consolidation, expansion, ou changement d’échelle ?

Nous allons d’abord fêter cet anniversaire des 40 ans avec tous nos amis et soutiens : Radio Courtoisie est le plus ancien des médias alternatifs, et il est tout de même assez prodigieux d’exister depuis 40 ans grâce au seul soutien des auditeurs, sans la moindre ressource publicitaire ni la moindre subvention !

Nous allons ensuite consolider ce qui existe, en renforçant notre matinale, notre tranche du soir et nos émissions culturelles. La question culturelle, totalement négligée dans les médias alternatifs, est au contraire un atout important pour Radio Courtoisie.

Nous allons également développer notre volet numérique. Outre 300 000 connexions aux directs en ligne sur notre site et 3,5 millions de vues sur Youtube, nous venons de lancer des podcasts natifs (en plus des émissions diffusées à l’antenne), pour accroître notre influence.

L’objectif est de préparer les vingt prochaines années pour Radio Courtoisie, donc de mettre en œuvre les moyens pour conquérir les auditeurs de demain. Pour cela, il faut être en phase avec leur manière de s’informer pour les attirer et continuer à les former.

Propos recueillis par Dimitri Fontana, 19/05/2026

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