Le sous-titre du livre, en deux lignes claires, est éloquent et le résume bien:
50 ans de falsifications françaises sur l'Iran
La vérité sur hier, aujourd'hui et demain.
L'ÉCART
Trop souvent, les analyses, les expertises que nous entendons ici ou là, celles que nous lisons dans les tribunes, ne correspondent pas à la réalité que nous vivons, que nous ressentons.
Pour combler cet écart entre l'analyse - ou l'interprétation - et la réalité, les auteurs ont décidé d'écrire ce livre. Ils ne prétendent pas être neutres parce qu'ils font face à des sanguinaires: La neutralité, le silence et l'indifférence face au bain de sang n'ont aucune excuse.
Ils ont achevé ce livre début mars de cette année. Le bain de sang, dont il s'agit, est celui de la population iranienne, versé par la République islamique d'Iran1. Ils se sont appuyés, pour l'écrire, sur les travaux d'historiens, de sociologues et d'anthropologues spécialistes de l'Iran.
HIER
Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Michel Foucault, Serge July, et d'autres, se sont trompés sur l'ayatollah Khomenei et ont donc trompé ceux qui les écoutaient ou les lisaient: ce n'était pas un grand homme mais un bourreau attendant son heure.
Pourtant l'ayatollah n'avait jamais caché ses projets, ni ses ambitions djihadistes, ni même ses conceptions sociales, et son hostilité aux chrétiens, aux juifs - qui jusque-là, depuis Cyrus II, s'entendaient bien avec les Perses -, et aux baha'is2, éloignés de la vraie foi.
Seulement, auparavant, ils ne l'avaient pas écouté, ni lu, et n'avaient pas compris que, pour parvenir à ses fins, le futur guide suprême, recourrait à la ruse et à la "tromperie". Ils ont, préférant l'illusion à la lucidité, propagé ses mensonges, par complaisance, par idéologie.
Ils ont accepté de croire que la lutte entre l'ayatollah et le shah était celle du Bien contre le Mal, alors que les choses n'étaient pas aussi simples, mais ils étaient aveuglés notamment par leur antiaméricanisme et séduits par l'alliance entre marxisme et islamisme chiite.
Pour bien comprendre le contexte de la prise du pouvoir par les mollahs il y a quarante-sept ans, les auteurs font un rappel historique: l'Iran n'est pas un pays arabe, mais une terre tissée de peuples; l'Iran n'est pas un bloc, mais, en réalité, une superposition de fidélités.
Ce qui définit l'Iran? La langue persane, les appartenances au monde préislamique et à un patrimoine culturel et religieux - qui mêle les identités religieuses, les cultures et les ethnies -, une identité moderne. L'Iran des mollahs commence avec et se réduit à l'islam...
Avant eux, dès les années 1920 et jusqu'à leur départ en 1979, les Pahlavi, ayant pris le pouvoir à la suite d'une période chaotique, ont porté les ambitions [...] d'un pays tourné vers l'avenir:
Sous le règne de Reza (1925-1941)
- Armée permanente, avec des instructeurs allemands.
- Écoles gratuites pour garçons et filles.
- Université de Téhéran.
- Centralisation du système judiciaire.
- Développement de l'activité économique.
- Mixité.
Sous le règne de Mohammad Reza (1941-1979), continuation de l'oeuvre du père notamment dans les années 1960, malgré des soulèvements séparatistes, la crise consécutive à la nationalisation du pétrole, et l'existence de groupes terroristes islamistes:
- Réforme agraire ambitieuse et redistribution des terres.
- Nationalisation des forêts, pâturages et ressources en eau.
- Droit de vote des femmes, droits des minorités.
- Élévation de l'âge du mariage à quinze ans.
- Possibilité aux femmes d'être élues, avocates ou juges.
- Augmentation du taux d'alphabétisation dans les zones rurales.
- Laïcisation de l'éducation.
- Développement du réseau routier.
- Construction de barrages.
- Création d'hôpitaux et de dispensaires en province.
La révolution islamique a été possible grâce:
- Au financement par l'Union soviétique (la Russie des tsars convoitait déjà l'Iran...).
- À la formation de cadres et de miliciens par l'OLP de Yasser Arafat.
- À une propagande utilisée comme une arme de destruction massive, relayée par des élus le plus souvent d'extrême-gauche, des universitaires, des journalistes.
- À l'alliance entre l'intelligentsia progressiste et la gauche éduquée avec le clergé.
- À la transformation du SAVAK3 en monstre absolu.
- À l'occultation des réussites:
- Espérance de vie passée de 45 à 57 ans.
- Augmentation du pouvoir d'achat.
- Évolution du taux d'urbanisation de 28 à 47% de la population.
- Apparition d'une classe moyenne.
- Alphabétisation de la population qui a presque doublé.
- À la description du Shah, en Occident, en autocrate tyrannique et en bourreau, pour excuser la violence révolutionnaire.
AUJOURD'HUI
La République islamique fait en réalité face à la plus grave crise économique de son histoire, à laquelle s'ajoute le manque d'eau potable dans près des deux tiers du pays, ainsi que le manque d'électricité dans la plupart des grandes villes.
[...]
Les 8 et 9 janvier 2026, de plus en plus terrifié à l'idée d'être renversé, le régime des mollahs verrouille l'espace numérique. [...] Le pays est placé sous cloche: l'Iran devient une scène de crime dont on interdit l'accès avant de la revêtir d'un suaire.
[...]
On parle de 35 000 morts en deux jours, selon les estimations les plus basses fournies par des personnels médicaux iraniens travaillant dans les hôpitaux et les morgues des différentes provinces.
[...]
Pour les adeptes de la fascisation et de la nazification de tous ceux qui ne pensent pas comme eux, le peuple iranien est un danger qui va à contresens de leurs théories fumeuses:
Quarante-sept ans après la victoire des islamistes en Iran, malgré les potences, les bombes et les balles, une intelligentsia de gauche, souvent pro-palestinienne, continue de voir l'Iran comme un enjeu politique pour elle.
C'est pourquoi cette intelligentsia nie:
- que la population iranienne veuille en finir avec le régime des mollahs;
- que la majorité des Iraniens voient en Reza, fils du dernier shah, 65 ans, l'homme qui peut assurer la transition démocratique dans le pays, qu'il peut relancer l'économie, endiguer la misère, renouer une relation pacifiée avec les États-Unis et Israël, conditions nécessaires à un retour à la stabilité;
- que les différentes oppositions kurdes, baloutches, libérales, de la société civile et de la diaspora, ne rêvent ni de partition, ni de guerre civile, comme voudraient le faire croire les mollahs qui brandissent l'épouvantail du chaos pour se maintenir au pouvoir.
DEMAIN
Les auteurs citent enfin Clément Therme, historien de l'Iran:
En tirant sur les pays arabes, en lançant des missiles sur des bases militaires qui sont situées dans des pays souverains, après avoir commis un suicide politique en massacrant sa population au mois de janvier, la République islamique s'est dirigée vers un suicide régional et diplomatique. Désormais, le statu quo est devenu intenable.
Ils commentent:
Nous épousons pleinement son regard et sommes persuadés que la République islamique sombrera.
Bien que le chemin s'annonce long, il est certain que le berceau des rois, des mages et des poètes retrouvera son éclat, illuminant à nouveau le Moyen-Orient et le monde entier.
Francis Richard
1 - En décembre 2025 et en janvier 2026.
2 - Le baha'isme est une religion monothéiste proclamant l'unité spirituelle de l'humanité.
3 - Service de renseignement et de sécurité.
Paris-Téhéran, Le Grand Dévoilement, Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali, 240 pages, Les Éditions du Cerf (photographies de Alfred Yaghobzadeh)
Livre précédent d'Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali:
La pieuvre de Téhéran (2025)
Livre précédent d'Emmanuel Razavi:
La face cachée des mollahs (2025)
Publication commune LesObservateurs.ch et Le blog de Francis Richard.

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