Le rapport de la commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public était propice à l’introspection du service public. Comme il était prévisible, il n’en est rien.
Jean-Philippe Delsol a consacré sa dernière chronique (« Audiovisuel public : il ne suffit pas de réformer, il faut privatiser ») au rapport Alloncle. A juste titre, il a regretté le logiciel étatiste du rapporteur et, par voie de conséquence, de nombre de ses propositions. Pourtant, l’importance de la commission aurait dû amener les dirigeants du service public, sur la sellette, à mener une réflexion sur les tares de l’audiovisuel public. A défaut, il aurait dû les inciter à faire profil bas. Eh bien, pas du tout !
Nous n’en sommes nullement surpris. Les auditions desdits dirigeants par la commission d’enquête avaient déjà démontré que la meilleure défense était à leurs yeux l’attaque, en tout cas que la plupart des critiques étaient évincées comme non étayées. Interrogée le 10 décembre dernier, Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, avait assuré que ses antennes veillaient à « s’adresser à tous, quels que soient son lieu de vie, ses opinions ou son niveau de revenus ». « Une exigence absolue », martelait-elle, car la neutralité et l’exemplarité étaient les « principes fondateurs » du groupe. Le seul problème venait du fait que ces belles paroles ne correspondaient pas le moindrement à la réalité. Mais le meilleur était à venir. Le 17 décembre, c’était au tour de Sibyle Veil, la présidente de Radio France, d’être entendue. Offusquée par les reproches d’« ancrage durable à gauche », elle répliquait que France Inter n’était « ni de droite, ni de gauche » (mais d’extrême gauche ?…). Le lendemain, Adèle van Reeth, la directrice de France Inter, réfutait elle aussi tout « biais de gauche », une « accusation idéologique » qui ne reposait sur aucun fait.
Le rapport publié, la présidente de Radio France en a remis une couche (La Tribune dimanche, 10 mai 2026) : il n’y a pas de problème avec le service public ; le rapport marquerait un « recul considérable de l’indépendance des médias publics » ; « notre rôle est de refléter la diversité et la pluralité des points de vue » représentés par les éditorialistes.
Rappelons en contrepoint que l’audiovisuel public est tenu à une obligation stricte de neutralité et de pluralisme. Etrangement, France Inter ou Franceinfo par exemple n’est jamais accusé de « biais de droite »… Or, au même titre que pour la sécurité, il ne s’agit pas d’une simple « impression », mais de la triste réalité aux frais des contribuables. Comme l’exprimait Jean-Philippe Delsol, les libéraux attendent au plus vite la privatisation de l’intégralité ou de l’essentiel du service public de l’audiovisuel. Une exigence pour mettre à bas la « pensée unique » qui, avec l’école et l’université publiques, fait peser une chape de plomb sur le pays.
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