À l’heure où la question migratoire sature l’espace politique européen, le Remigration Summit 2026, qui se déroulera à Porto le 30 mai prochain, entend franchir une étape supplémentaire en donnant à cette notion un cadre, des relais et une ambition continentale. Après avoir introduit en son temps la notion de « préférence nationale » dans le débat français, Jean-Yves Le Gallou analyse ici ce moment charnière : celui où un concept quitte les marges pour prétendre redéfinir les termes mêmes de la discussion politique.
Entretien
Le terme de « remigration » s’est imposé très rapidement dans le débat public. Comment analysez-vous cette accélération, et y voyez-vous un basculement comparable à celui qu’a connu en son temps la notion de « préférence nationale » ?
Le terme de remigration s’est imposé parce qu’il répond à une angoisse de submersion démographique désormais perceptible partout en Europe. Quiconque constate le Grand Remplacement est placé devant l’alternative suivante : s’en réjouir ou se prononcer pour la remigration. Affaire de cohérence. Grand Remplacement et remigration fonctionnent comme diastole et systole.
Comme pour la préférence nationale autrefois, on va observer le passage d’un mot d’abord diabolisé à un mot discuté. Le simple fait que le terme commence à être repris par les médias et déchaîne la fureur de l’extrême gauche marque déjà une victoire métapolitique. La remigration, c’est notre nouvelle frontière.
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Vous avez précisément contribué à faire entrer cette préférence nationale dans le débat français. Voyez-vous dans la remigration une simple extension de ce concept, ou un changement d’échelle et de nature ?
Il existe une continuité évidente entre préférence nationale et remigration. Mais la remigration va plus loin : elle ne concerne plus seulement les priorités sociales ou économiques, mais la question civilisationnelle elle-même. La préférence nationale organisait la priorité des nationaux, la remigration pose la question de la réversibilité des flux migratoires. On change effectivement d’échelle et de profondeur historique. Ceci étant, la préférence nationale reste un outil au service de la remigration en supprimant à la base les flux financiers qui encouragent l’immigration.
Le Remigration Summit 2026 marque une tentative de structuration à l’échelle européenne. Assiste-t-on, selon vous, à la constitution d’un véritable espace idéologique commun sur ces questions ?
Les contextes nationaux diffèrent, mais les préoccupations convergent fortement : sauvegarder le droit à la continuité des peuples historiques. Faire en sorte que l’Europe reste la terre des Européens, terre qu’ils jardinent depuis des millénaires. Le sommet de Porto vise précisément à structurer ces convergences et à créer des relais durables : Européens de bonne volonté, unissez-vous !
Depuis des années, vous insistez sur l’importance de la métapolitique. Considérez-vous que la bataille culturelle autour de la remigration est en train d’être gagnée, ou seulement engagée ?
La bataille culturelle n’est pas gagnée, elle est seulement engagée. Les forces d’extrême gauche et celles d’extrême centre – qui sont proches entre elles par leurs objectifs – restent extrêmement puissantes dans l’univers intellectuel et médiatique.
Ceci étant, la fenêtre d’Overton se déplace : il y a dix ans le Grand Remplacement était « une théorie raciste et complotiste d’extrême droite » (sic), aujourd’hui c’est un fait reconnu et même explicitement admis par l'extrême gauche (la "nouvelle France" de Jean-Luc Mélenchon). Il y a dix ans, le terme remigration émergeait à peine des limbes. Aujourd’hui les sommets de la remigration s’enchaînent : à Milan l’an dernier, à Porto le 30 mai prochain et à l’automne prochain en France. La métapolitique est un travail de long terme : il faut modifier les représentations mentales avant de modifier les lois. Sur ce point, il y a urgence.
Entre la formulation d’un concept et sa traduction en politique publique, il y a un saut considérable. Quels seraient, selon vous, les premiers leviers concrets permettant de passer du discours à l’action ?
Le premier levier est la maîtrise réelle des frontières : on ne passe pas !
Ensuite une pause générale de toutes les filières d’entrées : travail, études, regroupement familial, asile. Il faut également agir sur les aides, les naturalisations et les incitations au retour. Aucune politique n’est possible sans volonté politique claire et sans soutien populaire sollicité et assumé.
Les gouvernements européens durcissent leur rhétorique migratoire sans modifier en profondeur les flux. Est-ce, selon vous, un signe de conversion progressive ou une stratégie d’accompagnement de l’impuissance ?
Beaucoup de gouvernements tiennent aujourd’hui un discours plus ferme parce qu’ils sentent la pression de l’opinion.
Mais ces discours n’embrayent pas sur la réalité et les flux migratoires continuent souvent au même rythme. Sauf dans certains pays – le Danemark par exemple –, il existe donc un écart considérable entre la communication politique et les décisions effectives. Beaucoup de politiciens, hélas, cherchent surtout à contenir électoralement le mécontentement sans remettre en cause le modèle actuel.
La question juridique est souvent avancée comme un verrou majeur. Le droit actuel rend-il réellement impossible toute politique de remigration, ou s’agit-il d’un prétexte politique ?
Dans presque tous les pays européens, le pouvoir sur les politiques migratoires est dans les faits accaparé par les juges. Juges constitutionnels d’un côté qui censurent les lois ; juges judiciaires (ou administratifs) qui refusent d'appliquer les lois au nom de principes tirés de textes internationaux : Convention de Genève sur les réfugiés, Convention internationale des droits de l’enfant, Convention européenne des droits de l’homme. Le droit n’est jamais neutre : les juges procèdent à une surinterprétation idéologique de principes généraux. C’est pour cela que je propose de rendre le pouvoir sur l’immigration au peuple par référendum ou à travers la représentation parlementaire. C’est ce que j’appelle le JUGEXIT au service du MIGREXIT.
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Une partie de l’opinion reste réticente face à la radicalité du terme. Faut-il, selon vous, assumer cette radicalité ou travailler à reformuler le concept pour le rendre plus acceptable ?
Il faut assumer les mots justes, sans chercher en permanence à édulcorer le réel. Ni à nier l’existence de situations conflictuelles. La bataille des mots reste centrale. Nommer une réalité permet déjà de la penser politiquement. Pour autant il faut aussi expliquer concrètement ce que recouvre le terme remigration :
- La pause de toute immigration nouvelle.
- Le renvoi des clandestins.
- L’expulsion des délinquants.
- Le non-renouvellement du séjour des étrangers vivant de transferts sociaux.
- La déchéance de la nationalité des binationaux inassimilés et hostiles.
La notion d’assimilation, que l’on croyait dépassée, revient dans le débat. Peut-elle encore constituer une alternative crédible, ou est-elle désormais insuffisante face aux dynamiques à l’œuvre ?
L’assimilation a pu fonctionner dans des contextes historiques très différents : avec une immigration limitée en nombre et concernant des populations d’origine européenne et de religion ou de culture catholique.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui, ni par les volumes ni surtout par l’origine le plus souvent africaine ou arabo-musulmane. L’assimilation demeure possible pour des individualités, pas pour des masses. Il y a aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre, pour reprendre Audiard…
La question est désormais celle des seuils, des masses et de la continuité historique et civilisationnelle. Ceci étant, tous les inassimilés ne sont pas ouvertement hostiles.
Enfin, si l’on se projette à l'horizon 2050, la remigration vous apparaît-elle comme une hypothèse politique réaliste, ou comme un cadre de pensée destiné avant tout à reconfigurer le débat ?
La remigration n’est pas seulement un cadre intellectuel destiné à rouvrir des possibilités politiques considérées comme interdites, elle est d’une urgence vitale. Sans remigration, les Européens d’Europe connaîtront le sort des Blancs d’Afrique du Sud. J’ajoute que certaines mesures concrètes peuvent parfaitement être mises en œuvre à moyen, sinon à court terme. L’enjeu de la prochaine présidentielle française doit dépasser la question du prix de l’essence : il doit devenir celui de l’essence du peuple.
Propos recueillis par Dimitri Fontana
Notes
- Agenda : Jean-Yves Le Gallou prendra la parole à Porto le 30 mai prochain au Remigration Summit. Pour en savoir plus, rendez-vous sur remigrationsummit.com
- Bibliographie : vient de paraître sur le sujet, en langue française, un ouvrage fondamental, sous la plume de Jean-Yves Le Gallou : Remigration. Pour l'Europe de nos enfants. À se procurer sur boutique.institut-iliade.com
- Ressources : en langue anglaise, l'excelllent "whatis.remigration.eu" qui offre une définition très exhaustive.

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