Viktor Orban : du libéralisme au conservatisme illibéral

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Hier ont eu lieu les élections législatives en Hongrie. Le Premier ministre sortant Viktor Orban et son parti le Fidesz ont fait face à une opposition réunie en un seul parti. Il a pourtant réussi à remporter les élections et rester au pouvoir.

Viktor Orban fait souvent parler de lui dans la presse occidentale. Se présentant comme un dirigeant illibéral depuis son retour au pouvoir en 2010, il est devenu très critique envers la démocratie libérale. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Retour sur son parcours politique.

 

Le Viktor Orban des années 1990 : un libéral pro-occidental

Viktor Orban a commencé sa carrière politique en tant que libéral classique fermement pro-occidental. À partir d’avril 1988, il a occupé un poste d’assistant de recherche à la Fondation Soros, dirigée par le milliardaire d’origine hongroise George Soros, dans le groupe de recherche sur l’Europe centrale. En 1989, la Fondation lui octroie une bourse pour étudier l’histoire de la philosophie politique libérale au Pembroke College à Oxford. Le même Georges Soros qui deviendra son ennemi politique 20 ans plus tard.

En 1989, de retour en Hongrie, le jeune libéral Orban a donné un discours le 16 juin de la même année, à l’occasion d’un hommage solennel rendu à Imre Nagy, martyr de l’Insurrection de Budapest de 1958 au cours duquel il demande des élections libres et le retrait des forces soviétiques. Cet hommage avait réuni 250 000 personnes.

Durant la même période, il a été l’un des fondateurs du Fidesz, dont il deviendra président quelques années plus tard. Initialement le Fidesz était résolument libéral et l’un des deux partis libéraux de Hongrie avec le SZDSZ lors des élections de 1990. Néanmoins Orban est élu député, mais le parti ne n’obtient que 5 % des voix. Cet échec politique va pousser Orban à droitiser le parti.

 

De la social-démocratie atlantiste du début des années 2000 au conservatisme illibéral depuis 2010 : la droitisation d’Orban

Durant les années 1990, Orban va progressivement transformer le Fidesz en parti chrétien-démocrate de centre droit, le but étant de gagner les élections et de supplanter les forces de droite. Ce choix va lui permettre de gagner les élections de 1998 et de devenir Premier ministre grâce à un gouvernement de coalition.

Sous son premier mandat de Premier ministre, Viktor Orban accompagne l’entrée de la Hongrie dans l’OTAN en 1999. À cette occasion, lors d’une réunion de l’Organisation le 16 mars 1999, il déclare :

« Pendant toutes ces années, nous, les Hongrois, avons ressenti de l’insécurité. Certes, en 1991, lorsque les militaires d’occupation ont quitté le sol hongrois, nous sommes devenus libres. Libres, mais laissés à nous-mêmes. La menace était que, sans liens clairs, au milieu des diverses forces de traction et d’attraction, la Hongrie deviendrait un pays de ferry-boat permanent. Nous avons maintenant enfin ancré notre pays sur la côte ouest. »

Cette approche atlantiste n’est pas sans faire penser à la position de la CDU-CSU allemande et de nombreux autres chrétiens-démocrates européens. Si la politique de l’époque du Fidesz était de centre-droite voire plutôt libérale économiquement, on assiste à un début de nationalisme avec la volonté de protéger les minorités hongroises dans les autres pays européens.

Néanmoins, Orban perdra les élections de 2002. Cette nouvelle défaite va s’accompagner d’une droitisation accrue du parti. Viktor Orban redevient Premier ministre en 2010 dans un contexte de crise économique mondiale. Il obtient une majorité lui permettant de changer la Constitution, ce qu’il fera en 2011. Cette dernière est plus conservatrice et soutient les valeurs traditionnelles.

Le 26 juillet 2014, Viktor Orban expose sa doctrine de la démocratie illibérale qu’il décrit de la manière suivante :

« Le nouvel État que nous construisons est un État illibéral, un État non libéral. Il ne nie pas les valeurs fondatrices du libéralisme, comme la liberté, etc. Il ne fait pas de cette idéologie un élément central de l’organisation étatique, mais applique à sa place une approche spécifique, nationale, particulière. »

L’universalisme libéral laisse place à des spécificités hongroises, qui dans l’esprit d’Orban sont liées au conservatisme.

C’est désormais cette doctrine qui est en vigueur.

 

Pourquoi ce changement de politique et quelles leçons les libéraux doivent en tirer

Deux éléments sont souvent cités comme étant à l’origine du basculement d’Orban.

Le premier est l’attrait et la pratique du pouvoir. Le Fidesz libéral peinait à dépasser les 5 %. Le Fidesz conservateur illibéral de 2022 fait 50 % et fait face à une opposition dirigée par Péter Márki-Zay, lui aussi conservateur. Gagner avec des positions libérales n’est possible que dans une société qui partage les valeurs libérales. Ce qui montre la difficulté d’avoir un candidat libéral en Hongrie… ou en France.

Le second élément qui est parfois cité serait sa déception des libéraux et du modèle occidental. Comme le décrit l’universitaire Ivan Krastev, les pays d’Europe centrale post-URSS ont cherché à imiter le modèle libéral de l’Occident et les États-Unis et ont provoqué quelques déceptions. Il est très probable qu’avec ses conséquences économiques et le rejet croissant du libéralisme en Occident la crise de 2008 ait créé de sérieux doutes en Europe centrale.

Le fait est que l’illibéralisme semble désormais être durablement installé en Hongrie. Et si les pays occidentaux continuent à rejeter leurs valeurs libérales pour davantage d’étatisme et d’interventionnisme, d’autres régimes illibéraux émergeront. Et potentiellement plus durs que celui d’Orban.

 

 

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