Que Mélenchon se porte candidat pour la présidentielle, quoi de plus normal ? Son score de 2017, 20 % des voix, le positionne comme le meilleur candidat actuel, à gauche. Candidat de premier tour, certes, car son positionnement est trop à gauche pour lui assurer une élection, voire une présence au second tour. Mais il est pour le moins curieux de constater que ces politiciens de gauche qui s’extasiaient devant la candidature de l’Américain Bernie Sanders aux primaires du camp démocrate font la fine bouche à l’annonce du lancement de la candidature Mélenchon.
Qu’ont-ils donc à lui opposer ? Et qu’ont-ils à proposer au « peuple de gauche » comme alternative crédible ? Hamon ? Il est marginalisé, inaudible. Hollande ? Audible, certes, mais plus personne n’en veut. Glucksmann ? Quel fiasco aux européennes ! Faure ? Un parfait inconnu malgré deux années à la tête du PS. Hidalgo ? Elle dit ne pas vouloir y aller. Taubira ? La vieille sorcière guyanaise est certes une icône de gauche, mais elle n’a vraiment pas le niveau. Elle n’avait déjà pas le niveau pour être ministre. Montebourg ? Sorti des écrans. On l’identifie à présent comme un apiculteur. Point barre ! Aubry ? Elle a failli se faire vider de sa mairie de Lille, et ne doit sa réélection qu’à la droite.
A gauche, c’est donc le trop-plein de médiocres, le bal des recalés, à part Jadot, l’écolo de service, qui ne commettra pas l’erreur de se compromettre avec eux et fera campagne dans son coin, sans se préoccuper du programme des autres courants de gauche.
A la vérité, Mélenchon laisserait tout le monde indifférent, à gauche, s’il y avait un ou deux noms à lui opposer. Mais ces noms, ils ne les ont pas, et du coup il est fait grief à Mélenchon d’être parti trop tôt. Même si on lui reconnaît pugnacité et capacité à renverser la table.
Etouffer la candidature Mélenchon
C’est pourquoi le reste de la gauche (mais elle n’a guère de beaux restes) tente d’étouffer la candidature Mélenchon par une critique de ses excès, et l’orchestration de son isolement supposé. Notre « petit père des peuples », notre « conducator » pour banlieue islamisée n’en a cure. Il avance, il occupe le terrain, il fait déjà campagne. Bientôt il y aura 150 000 personnes qui, par une sorte de référendum citoyen entre convaincus, l’introniseront officiellement candidat unique d’une gauche plus désunie que jamais. Risible ? Sans doute. Mais qui dit mieux, à gauche ? Mélenchon, lui, ne rit pas. Il se voit de Gaulle, Jaurès, Robespierre, les trois à la fois. Il marche vers son destin, il peaufine son image.
Certes sa candidature divise, elle affole en particulier Olivier Faure. « Si chacun y va avec son propre drapeau, ce sera un deuxième tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron », prévient-il. Il manque donc un Biden à la gauche, un octogénaire un peu dur d’oreille, un peu tapé, sans aspérités. Et puis si ça ne se passe pas comme attendu, il y aura toujours la solution de truquer l’élection ! •
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