Baisse de la natalité : les pessimistes sont bien informés

 Michel Faure Pourquoi faisons-nous moins d’enfants ? Sommes-nous pessimistes ? Et si oui, pourquoi ?

Tout va bien, mais nous allons mal. Un nouveau paradoxe français qu’illustre la baisse de la natalité française annoncée par l’Insee dans son dernier bilan démographique.

Nous avons enregistré 753 000 naissances en 2019, soit six mille de moins qu’en 2018. Une petite baisse, certes, mais pour la cinquième année consécutive. Pourquoi faisons nous moins d’enfants ? Sommes nous pessimistes ? Et si oui, pourquoi ?

Sommes-nous pessimistes ?

Une définition savoureuse d’un pessimiste prétend qu’il s’agit d’un « optimiste  bien informé ». Mais en l’occurrence, les nouvelles sont bonnes et l’optimiste devrait  continuer à voir l’avenir en rose.

Avec la mondialisation, notre planète a connu des progrès considérables. Selon les données de la Banque Mondiale, 88,7 % de la population a désormais accès à l’électricité, la mortalité des enfants de moins de 5 ans est passée de 93,2 sur mille en 1990 à 38,6 en 2018. Le taux d’alphabétisation a augmenté très rapidement au cours des dernières décennies et atteint, en 2017,  89 % des garçons, et 90,03 % des filles (en 2018).

Enfin, nous nous sommes tous enrichis puisque le PIB mondial par habitant s’établissait à 452,7 dollars américains en 1960 et à 11 312 en 2018.

Et la France ?

Oui, allez vous dire, le monde, c’est bien gentil, mais nous, la France, dans tout ça ?

Eh bien la France elle aussi, bizarrement, va de mieux en mieux, et c’est dans ce bizarrement, dans cette contradiction entre les chiffres et nos sentiments, que se niche sans doute le mystère de notre pessimisme.

Notre PIB, calculé en dollars par la Banque Mondiale, s’élevait à 62 225 milliards de dollars en 1960 ; en 2018, il s’établissait à 2,7 billions de dollars. Nous sommes donc beaucoup plus riches qu’autrefois, mais avouons-le, nous avons du mal à le croire.

Nous aurons le temps d’y penser puisque notre espérance de vie n’a cessé d’augmenter, passant de 69 ans en 1960 à 82 ans en 2017.

Enfin, cerise sur le gâteau de l’écologie : nos émissions de CO2 ont baissé. Elles constituaient 5817 tonnes métriques par habitant en 1960 et, après un pic à 9636 en 1979, elles sont redescendues en 2014 à 4573.

Malgré tout, nous restons des pessimistes, peut-être mal informés, mais aussi souvent mal éduqués en économie. Notre frustration, notre sentiment d’abandon, d’aliénation, sont bien réels. Tous ces chiffres cités plus haut ne nous semblent pas affecter notre quotidien.

Et pour une bonne raison, me semble-t-il.

Nous avons perdu le contrôle de nos vies

Depuis l’après guerre, nous nous sommes placés, d’abord confiants, ensuite contraints, dans les mains de l’État. Car s’il existe une religion commune à l’ensemble des Français, c’est bien celle de l’État.

Nous croyons en lui et attendons tout de lui. Du berceau jusqu’au tombeau, nous réclamons son aide. Ce dernier fait donc son travail, réforme, décrète, légifère, et tout cela nous coûte très cher.

Selon l’Insee, la part des dépenses publiques représentait 56,5 % du PIB en 2017, ce qui signifie que les activités privées productives jouent maintenant un rôle minoritaire dans l’économie française, un drame pour la sauvegarde du progrès, donc de nos libertés. Sans progrès, pas de liberté, disait Friedrich Hayek.

Et tout cela, fatalement, va s’aggraver encore, car l’État ne pourra pas s’empêcher, ne serait-ce que pour assurer sa survie, de dépenser davantage. Il faudra bien encore prétendre sauver ce qui reste de nos usines, de nos petits commerces, de nos exploitations agricoles, nos chômeurs, nos banlieues dures, nos écoles un peu molles, nos hôpitaux débordés et nos prisons islamisées.

Toutes ces dépenses publiques, celles d’aujourd’hui et celles de demain, nous feront entrer en radieuse Socialie, parce que nous continuerons à les financer par nos impôts, lesquels sont nombreux et inventifs puisqu’ils vont jusqu’à taxer les cabanes de nos jardins.

Ils nous appauvrissent en échange de subventions sociales diverses et en déclin à mesure que gonfle la part des intérêts de la dette au sein du budget de notre pays. Et nous n’avons rien à dire car nous avons voté pour les députés qui ont concocté toutes ces lois qui nous entravent et nous déresponsabilisent.

C’est ainsi, par exemple, que l’État s’occupe, en ce moment même, de nos retraites, c’est-à-dire de notre avenir qui, quand on y pense un peu sérieusement, ne le regarde pas. Mais l’État s’en occupe quand même, car il croit sincèrement que sa mission est de nous guider vers un lendemain de miel.

Dès lors, cet avenir nous échappe, nous ne le maîtrisons plus. Cet abandon qui est le nôtre devant l’hégémonie de l’État nous fait perdre ce qui devrait constituer le sel de la vie : imaginer le futur, garder la maîtrise de nos destins, épargner pour financer les études de nos enfants, une nouvelle maison, notre grand âge.

Cet optimisme et cette responsabilité sont devenus sans objet. L’État s’occupe de tout, braves contribuables, gentils Gilets jaunes, aimables fonctionnaires syndiqués. De vos études, de votre travail, de votre salaire, de votre chômage, de vos maladies, de votre logement, de vos transports, du prix de l’essence, de votre consommation de sodas gazeux.

Tout va bien, vraiment. Pourquoi ne faites vous pas plus d’enfants ? Pour l’instant, les bébés ne sont pas encore taxés.

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2 commentaires

  1. Posté par antoine le

    Erreur d’un facteur 1’000 !!
    Émission de CO2 en 2017 par année et par habitants : 4,56 tonnes soit 4’560 kilo !
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_%C3%A9missions_de_dioxyde_de_carbone
    C’est peu pour un pays occidental; c’est grâce au nucléaire qui émet peu de CO2 que la France occupe le 19ème rang (L’Allemagne est 5ème avec ses centrales à charbon et lignite)

  2. Posté par Chris le

    Les bébés ne sont pas encore taxés, mais cela viendra. Les bébés blancs, bien entendu.

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