Le mouton noir hongrois

Stéphane Sieber
Journaliste, ancien rédacteur en chef presse écrite

 

Qui veut tuer son chien l’accuse de rage. Aujourd’hui, ce vieil adage s’applique à la Hongrie de Viktor Orban devenue la cible de l’Union européenne et des Etats-Unis. Peut-on reprocher au Fidesz, le parti conservateur, d’avoir gagné les élections de 2010 (après deux législatures de centre-gauche au cours de laquelle l’ancien premier ministre d’alors avait reconnu avoir menti) ? D’avoir de nouveau remporté les élections législatives en avril de cette année ? Ou enfin d’avoir gagné haut la main les élections municipales il y a moins d’un mois ?

« Démocratie formelle »

Il est vrai que des plus hardis défenseurs de l’Union européenne appellent la Hongrie une «  démocratie formelle ». En insistant notamment sur le fait que, avec une majorité relative, le Fidesz a obtenu une très large majorité au Parlement. Et que le parti conservateur profite de cette situation pour faire passer des réformes… conservatrices. A ce qu’on sache, une majorité relative permet aussi de remporter une majorité absolue de sièges et, par voie de conséquence, de former le gouvernement, dans d’autres pays démocratiques, Au Royaume-Uni par exemple – ce dont le parti libéral a souffert pendant des décennies, et ce qui a permis à Margaret Thatcher de mettre en œuvre sa transformation de l’économie. On met aussi en relief la participation en baisse aux scrutins ; en oubliant que 42,8% au municipales, c’est le même chiffre que la participation aux élections européennes en France.

Dans cette « démocratie formelle », des dizaines de milliers de manifestants sont tout de même parvenus, vendredi dernier (31 octobre) à obliger le gouvernement à abandonner son projet de « taxe sur l’internet ». Toutes les manifestations dans les rues de France n’arrivent pas à ce dénouement.

Victime de l’histoire

En réalité, là où la chatte a mal à la patte, c’est que, en matière de défense de la nation hongroise et de ses intérêts, le peuple est totalement derrière son premier ministre.

La Hongrie ne s’est jamais remise du traité de Trianon (l’un des traités désastreux de la banlieue parisienne imposés par les Alliés aux les vaincus de la Première Guerre mondiale). Ce traité a disloqué les frontières naturelles séculaires hongroises que représentaient les Carpates, enlevant à ce pays 232'000 kilomètres carrés (soit les deux tiers). Comme l’éclatement de l’Autriche, ce traité a détruit les équilibres économiques et a donné libre cours aux divers nationalismes, avec des minorités hongroises (parfois même majoritaires dans diverses régions limitrophes) malmenées. Aujourd’hui, le soutien aux Hongrois de l’extérieur (par exemple, l’autorisation de voter en Hongrie) est inscrit dans ce traumatisme.

Intérêts économiques menacés

Le gouvernement hongrois a surtout le tort de défendre les intérêts économiques du pays, même s’ils sont contradictoires avec la pure politique imposée par l’Union européenne et les Etats-Unis. La Hongrie s’oppose aux sanctions contre la Russie, qui prive les deux pays d’échanges commerciaux profitables.

A noter au passage que d’autres pays de la frange orientale de l’UE souffrent également des sanctions, comme la Slovaquie et la Finlande. En août dernier, le Premier ministre finlandais, Alexander Stubb, se déclarait prêt à demander une compensation financière à Bruxelles, constatant une disproportion entre les sacrifices demandés à son pays par rapport à ceux d’autre pays l’UE. La croissance en Finlande est en partie dépendante de celle de la Russie. Les pays jouxtant la frontière russe craignent également la mise en cause de l’aide de l’UE promise au titre de la coopération transfrontalière.

Washington avant Bruxelles

Le dernier épisode de l’offensive contre le gouvernement hongrois est sans précédent. On voit, avant même une décision de l’Union européenne, les Etats-Unis s’engager contre un pays membre de l’Alliance atlantique. Ainsi, dix personnalités hongroises proches du premier ministre et coupables de « corruption » sont désormais interdits d’entrée sur le territoire américain. Et à Bruxelles, on examine comment, au nom de valeurs fondamentales, imposer des restrictions « institutionnelles » à Budapest, comme l’accès aux budgets européens. On verra bientôt si la Hongrie a le droit ou non, de se distancier du modèle libéral unique dans lequel certains sont d’ailleurs plus égaux que les autres.

Stéphane Sieber, 2 novembre 2014

 

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