lundi 15 juin 2026
LesObservateurs.ch
Menu
En direct
Économie

Retraites : le mirage de la solution migratoire

Miser durablement sur l’immigration pour financer les retraites revient à installer une logique de dépendance : chaque génération supplémentaire doit être compensée par une suivante... Il n'y aurait donc qu'un "ponzi démographique" comme seule réponse au vieillissement ?

Dimitri Fontana
26 mai 2026
3 min de lecture

Face à l’initiative « Pas de Suisse à 10 mil­lions », un argu­ment revient avec insis­tance dans le camp du “non” : celui des retraites. Limi­ter l’immigration, dit-on, revien­drait à fra­gi­li­ser le finan­ce­ment de notre sys­tème. Der­rière cette inquié­tude, pré­sen­tée comme une évi­dence, se des­sine une idée sim­pliste : sans apport constant de nou­veaux actifs venus de l’étranger, qui paie­ra demain ?

Un “ponzi démographique” comme seule réponse au vieillissement ?

Car cette équa­tion mérite d’être exa­mi­née de plus près. Elle repose en effet sur une hypo­thèse dis­cu­table : celle selon laquelle l’immigration consti­tue­rait une réponse durable au vieillis­se­ment démo­gra­phique. En réa­li­té, elle en épouse sur­tout la logique : celle d’un équi­libre sans cesse repous­sé, où chaque géné­ra­tion sup­plé­men­taire appelle la sui­vante pour main­te­nir le sys­tème à flot.

Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un sys­tème qui repose sur un équi­libre entre actifs et retrai­tés. Cet équi­libre peut être amé­lio­ré ponc­tuel­le­ment par l’arrivée de nou­veaux coti­sants. Mais seule­ment ponc­tuel­le­ment. Ceux qui entrent aujourd’hui dans le sys­tème en sor­ti­ront demain. Miser dura­ble­ment sur l’immigration pour finan­cer les retraites revient donc à ins­tal­ler une logique de dépen­dance : chaque géné­ra­tion sup­plé­men­taire doit être com­pen­sée par une sui­vante. Non pas une solu­tion, mais une fuite en avant démo­gra­phique.

Le repoussoir français

Le cas fran­çais est à cet égard éclai­rant. Le contre-exemple est là, à nos fron­tières : depuis des décen­nies, nos infor­tu­nés voi­sins connaissent une immi­gra­tion sou­te­nue. Elle n’a pour­tant jamais réglé la ques­tion de ses retraites. Au contraire ! Défi­cits chro­niques, réformes à répé­ti­tion, ten­sions sociales per­ma­nentes sans par­ler de la cri­mi­na­li­té, faillite ins­ti­tu­tion­nelle. La rai­son est simple : ce ne sont pas des « entrées » qui financent un sys­tème, mais des coti­sa­tions. Et donc des emplois. Or, lorsque les niveaux d’activité sont insuf­fi­sants, lorsque les salaires sont faibles, lorsque l’intégration éco­no­mique ne suit pas, l’effet est mar­gi­nal, voire nul.

Il faut dire les choses clai­re­ment : pré­sen­ter l’immigration comme réponse au vieillis­se­ment, sans par­ler d’es­cro­que­rie intel­lec­tuelle, c’est dépla­cer le pro­blème sans le résoudre. C’est sub­sti­tuer à une contrainte démo­gra­phique interne une dépen­dance externe. Et c’est, au fond, évi­ter les vraies ques­tions : taux d’activité, pro­duc­ti­vi­té, orga­ni­sa­tion du tra­vail, âge de départ, nata­li­té.

OUI à l’initiative pour la durabilité !

La Suisse, jusqu’ici, a mieux résis­té que ses voi­sins. Son taux d’emploi éle­vé, la soli­di­té rela­tive de son tis­su éco­no­mique et la confiance dans ses ins­ti­tu­tions ont per­mis de pré­ser­ver un équi­libre fra­gile mais réel. C’est pré­ci­sé­ment ce modèle qu’il s’agit de défendre, et non de diluer dans des rai­son­ne­ments som­maires impor­tés d’ailleurs.

Car à force de cher­cher des solu­tions faciles, on finit par fabri­quer des pro­blèmes durables. Les retraites ne se finan­ce­ront pas par des incan­ta­tions démo­gra­phiques mais par le tra­vail, la richesse pro­duite et des choix poli­tiques assu­més. Conti­nuer à répé­ter comme un man­tra ce non-argu­ment des “retraites finan­cées par l’im­mi­gra­tion” relève donc moins de l’erreur que de l’aveuglement, ou d’un refus obs­ti­né de regar­der les faits. Le reste n’est qu’un rai­son­ne­ment de faci­li­té, répé­té jusqu’à satu­ra­tion et accep­té, trop sou­vent, sans le moindre effort cri­tique.

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

Voir tous ses articles →
La Lettre des Observateurs

Chaque semaine, l’essentiel de l’actualité directement dans votre boîte mail.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *.

Nous encourageons les commentaires argumentés, documentés et respectueux. Les messages dont l'unique objet est la provocation, l'invective, le règlement de comptes ou la répétition de slogans sans lien avec le sujet traité pourront être modérés afin de préserver la qualité des échanges.