Retraites : le mirage de la solution migratoire
Miser durablement sur l’immigration pour financer les retraites revient à installer une logique de dépendance : chaque génération supplémentaire doit être compensée par une suivante... Il n'y aurait donc qu'un "ponzi démographique" comme seule réponse au vieillissement ?
Face à l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions », un argument revient avec insistance dans le camp du “non” : celui des retraites. Limiter l’immigration, dit-on, reviendrait à fragiliser le financement de notre système. Derrière cette inquiétude, présentée comme une évidence, se dessine une idée simpliste : sans apport constant de nouveaux actifs venus de l’étranger, qui paiera demain ?
Un “ponzi démographique” comme seule réponse au vieillissement ?
Car cette équation mérite d’être examinée de plus près. Elle repose en effet sur une hypothèse discutable : celle selon laquelle l’immigration constituerait une réponse durable au vieillissement démographique. En réalité, elle en épouse surtout la logique : celle d’un équilibre sans cesse repoussé, où chaque génération supplémentaire appelle la suivante pour maintenir le système à flot.
Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un système qui repose sur un équilibre entre actifs et retraités. Cet équilibre peut être amélioré ponctuellement par l’arrivée de nouveaux cotisants. Mais seulement ponctuellement. Ceux qui entrent aujourd’hui dans le système en sortiront demain. Miser durablement sur l’immigration pour financer les retraites revient donc à installer une logique de dépendance : chaque génération supplémentaire doit être compensée par une suivante. Non pas une solution, mais une fuite en avant démographique.
Le repoussoir français
Le cas français est à cet égard éclairant. Le contre-exemple est là, à nos frontières : depuis des décennies, nos infortunés voisins connaissent une immigration soutenue. Elle n’a pourtant jamais réglé la question de ses retraites. Au contraire ! Déficits chroniques, réformes à répétition, tensions sociales permanentes sans parler de la criminalité, faillite institutionnelle. La raison est simple : ce ne sont pas des « entrées » qui financent un système, mais des cotisations. Et donc des emplois. Or, lorsque les niveaux d’activité sont insuffisants, lorsque les salaires sont faibles, lorsque l’intégration économique ne suit pas, l’effet est marginal, voire nul.
Il faut dire les choses clairement : présenter l’immigration comme réponse au vieillissement, sans parler d’escroquerie intellectuelle, c’est déplacer le problème sans le résoudre. C’est substituer à une contrainte démographique interne une dépendance externe. Et c’est, au fond, éviter les vraies questions : taux d’activité, productivité, organisation du travail, âge de départ, natalité.
OUI à l’initiative pour la durabilité !
La Suisse, jusqu’ici, a mieux résisté que ses voisins. Son taux d’emploi élevé, la solidité relative de son tissu économique et la confiance dans ses institutions ont permis de préserver un équilibre fragile mais réel. C’est précisément ce modèle qu’il s’agit de défendre, et non de diluer dans des raisonnements sommaires importés d’ailleurs.
Car à force de chercher des solutions faciles, on finit par fabriquer des problèmes durables. Les retraites ne se financeront pas par des incantations démographiques mais par le travail, la richesse produite et des choix politiques assumés. Continuer à répéter comme un mantra ce non-argument des “retraites financées par l’immigration” relève donc moins de l’erreur que de l’aveuglement, ou d’un refus obstiné de regarder les faits. Le reste n’est qu’un raisonnement de facilité, répété jusqu’à saturation et accepté, trop souvent, sans le moindre effort critique.