Colloque Iliade 2026 : la droite européenne réunie à Paris
Forte affluence, public jeune et thème central : les libertés. À l’occasion du colloque annuel de l’Institut Iliade, des jeunes conservateurs et activistes venus de toute l’Europe se sont retrouvés à Paris pour réfléchir à l’avenir du continent.
Dès l’entrée, rue Saint-Dominique, une longue file d’attente témoigne du succès de l’événement. Aucun contre-rassemblement, aucune tension visible, le climat tranche avec celui observé ailleurs en Europe. Autre élément notable : la jeunesse de l’assistance, avec un rééquilibrage marqué entre hommes et femmes chez les moins de quarante ans.
Une filiation intellectuelle assumée
Fondé en 2014 en mémoire de Dominique Venner, l’Institut Iliade s’inscrit dans une filiation intellectuelle plus ancienne, celle du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, créé dans les années 1960. Cette continuité n’est pas seulement historique, elle structure encore aujourd’hui une partie des références et des cadres d’analyse mobilisés lors du colloque.
Un dispositif de formation structuré
Au-delà du colloque, l’Institut Iliade s’appuie sur un dispositif de formation qui constitue l’un de ses leviers essentiels. Chaque année, de petites promotions, sélectionnées sur dossier, suivent un cycle étalé sur plusieurs mois, organisé autour de séminaires thématiques consacrés à l’histoire, aux idées ou à la géopolitique.
La formation s’adresse principalement à de jeunes actifs, appelés à évoluer dans la société civile, médias, édition, enseignement, communication, avec l’objectif de structurer des profils capables d’intervenir dans le débat public. L’enjeu n’est pas tant académique que stratégique : articuler culture générale, vision du monde et capacité d’expression.
Ce dispositif s’inscrit dans une approche métapolitique assumée, au sens des travaux de Antonio Gramsci : agir en amont du politique, en structurant les représentations, les discours et les cadres d’analyse.
Culture et politique étroitement liées
Dans les salles et sur scène, toutes les formes d’expression sont mobilisées : peinture, musique, théâtre, littérature. Les interventions alternent avec des performances artistiques, dans une atmosphère qui mêle réflexion intellectuelle et mise en scène culturelle.
Le thème de cette édition, « liberté », a donné lieu à plusieurs prises de parole, notamment celles de l’essayiste Laurent Obertone, d’Alice Cordier, dirigeante du Collectif Némésis, et de Jean-Yves Le Gallou, ancien député européen et figure de la Nouvelle Droite. Le lanceur d’alerte autrichien Martin Sellner était également présent pour intervenir et débattre.
Un espace européen de circulation des idées
L’affluence est significative, avec près de 1 500 participants. Dans les allées, les échanges se font en plusieurs langues, français, italien, anglais, espagnol, allemand, confirmant la dimension européenne de la rencontre. Celle-ci ne relève pas seulement d’une juxtaposition de sensibilités nationales, mais d’un espace de circulation d’idées, de réseaux et de publications à l’échelle du continent.
Des thèmes structurants et assumés
Certains sujets émergent nettement. La question de la « remigration », notamment, est largement discutée. L’ouvrage de Martin Sellner circule en plusieurs langues, tandis que Jean-Yves Le Gallou en propose une lecture historique dans Remigration : Pour l’Europe de nos enfants, en insistant sur l’existence de précédents dans l’histoire européenne et sur l’affaiblissement contemporain du sentiment de continuité entre les peuples du continent.
Ces débats s’inscrivent dans une approche plus large, héritée des théories de la métapolitique. Inspirée notamment des travaux de Antonio Gramsci, cette stratégie repose sur l’idée que l’influence politique s’acquiert d’abord dans le champ culturel, en amont des échéances électorales. Le colloque apparaît ainsi moins comme un lieu d’action immédiate que comme un espace de structuration intellectuelle et de diffusion d’un corpus d’idées.
Une parole plus directe sur scène
Sur scène, Martin Sellner adopte un ton plus direct, revenant sur les obstacles rencontrés dans le cadre de son engagement, interdictions de territoire, annulations de conférences, restrictions bancaires, qu’il présente comme autant de pressions susceptibles de renforcer la cohésion de ses soutiens.
Le colloque s’inscrit également dans un réseau plus large d’événements et de publications. Plusieurs ouvrages récents y sont présentés et signés, témoignant d’une activité éditoriale soutenue et d’une volonté de diffusion au-delà du seul cadre militant.
Une tentative d’interdiction politique
Le colloque n’a pas échappé aux tentatives d’interdiction. Peu avant son ouverture, un député de La France insoumise (extrême-gauche), fidèle à une certaine tradition de censure, a demandé sans succès son interdiction, invoquant un risque lié aux propos susceptibles d’y être tenus.
Au nom d’une supériorité morale qu’elle s’attribue volontiers, une partie de la gauche et de l’extrême-gauche continue ainsi de considérer que certaines idées ne doivent pas être combattues, mais empêchées en amont. Une forme de « Minority Report » politique, où l’on sanctionne non plus des propos tenus, mais des intentions supposées.
Une distance avec le Rassemblement national
Enfin, l’absence du Rassemblement national est notable. Seule la Cocarde étudiante, organisation qui lui est proche, disposait d’un stand. Cette distance illustre une divergence persistante entre une approche intellectuelle et métapolitique, incarnée par la Nouvelle Droite, et une stratégie plus directement électoraliste.
Reste une interrogation : dans quelle mesure ce type de manifestation, ancrée dans un milieu relativement homogène, peut-il influencer plus largement la société ? À défaut de trancher, le colloque confirme l’existence d’un espace structuré de réflexion, dynamique, à la croisée de la culture, de la stratégie et de la politique européenne.