lundi 15 juin 2026
LesObservateurs.ch
Menu
En direct
Politique

Colloque Iliade 2026 : la droite européenne réunie à Paris

Dimitri Fontana
13 avril 2026
5 min de lecture

Forte affluence, public jeune et thème cen­tral : les liber­tés. À l’occasion du col­loque annuel de l’Institut Iliade, des jeunes conser­va­teurs et acti­vistes venus de toute l’Europe se sont retrou­vés à Paris pour réflé­chir à l’avenir du conti­nent.

Dès l’entrée, rue Saint-Domi­nique, une longue file d’attente témoigne du suc­cès de l’événement. Aucun contre-ras­sem­ble­ment, aucune ten­sion visible, le cli­mat tranche avec celui obser­vé ailleurs en Europe. Autre élé­ment notable : la jeu­nesse de l’assistance, avec un rééqui­li­brage mar­qué entre hommes et femmes chez les moins de qua­rante ans.

Une filiation intellectuelle assumée

Fon­dé en 2014 en mémoire de Domi­nique Ven­ner, l’Institut Iliade s’inscrit dans une filia­tion intel­lec­tuelle plus ancienne, celle du Grou­pe­ment de recherche et d’études pour la civi­li­sa­tion euro­péenne, créé dans les années 1960. Cette conti­nui­té n’est pas seule­ment his­to­rique, elle struc­ture encore aujourd’hui une par­tie des réfé­rences et des cadres d’analyse mobi­li­sés lors du col­loque.

Un dispositif de formation structuré

Au-delà du col­loque, l’Institut Iliade s’appuie sur un dis­po­si­tif de for­ma­tion qui consti­tue l’un de ses leviers essen­tiels. Chaque année, de petites pro­mo­tions, sélec­tion­nées sur dos­sier, suivent un cycle éta­lé sur plu­sieurs mois, orga­ni­sé autour de sémi­naires thé­ma­tiques consa­crés à l’histoire, aux idées ou à la géo­po­li­tique.

La for­ma­tion s’adresse prin­ci­pa­le­ment à de jeunes actifs, appe­lés à évo­luer dans la socié­té civile, médias, édi­tion, ensei­gne­ment, com­mu­ni­ca­tion, avec l’objectif de struc­tu­rer des pro­fils capables d’intervenir dans le débat public. L’enjeu n’est pas tant aca­dé­mique que stra­té­gique : arti­cu­ler culture géné­rale, vision du monde et capa­ci­té d’expression.

Ce dis­po­si­tif s’inscrit dans une approche méta­po­li­tique assu­mée, au sens des tra­vaux de Anto­nio Gram­sci : agir en amont du poli­tique, en struc­tu­rant les repré­sen­ta­tions, les dis­cours et les cadres d’analyse.

Culture et politique étroitement liées

Dans les salles et sur scène, toutes les formes d’expression sont mobi­li­sées : pein­ture, musique, théâtre, lit­té­ra­ture. Les inter­ven­tions alternent avec des per­for­mances artis­tiques, dans une atmo­sphère qui mêle réflexion intel­lec­tuelle et mise en scène cultu­relle.

Le thème de cette édi­tion, « liber­té », a don­né lieu à plu­sieurs prises de parole, notam­ment celles de l’es­sayiste Laurent Ober­tone, d’Alice Cor­dier, diri­geante du Col­lec­tif Némé­sis, et de Jean-Yves Le Gal­lou, ancien dépu­té euro­péen et figure de la Nou­velle Droite. Le lan­ceur d’a­lerte autri­chien Mar­tin Sell­ner était éga­le­ment pré­sent pour inter­ve­nir et débattre.

Un espace européen de circulation des idées

L’affluence est signi­fi­ca­tive, avec près de 1 500 par­ti­ci­pants. Dans les allées, les échanges se font en plu­sieurs langues, fran­çais, ita­lien, anglais, espa­gnol, alle­mand, confir­mant la dimen­sion euro­péenne de la ren­contre. Celle-ci ne relève pas seule­ment d’une jux­ta­po­si­tion de sen­si­bi­li­tés natio­nales, mais d’un espace de cir­cu­la­tion d’idées, de réseaux et de publi­ca­tions à l’échelle du conti­nent.

Des thèmes structurants et assumés

Cer­tains sujets émergent net­te­ment. La ques­tion de la « remi­gra­tion », notam­ment, est lar­ge­ment dis­cu­tée. L’ouvrage de Mar­tin Sell­ner cir­cule en plu­sieurs langues, tan­dis que Jean-Yves Le Gal­lou en pro­pose une lec­ture his­to­rique dans Remi­gra­tion : Pour l’Europe de nos enfants, en insis­tant sur l’existence de pré­cé­dents dans l’histoire euro­péenne et sur l’affaiblissement contem­po­rain du sen­ti­ment de conti­nui­té entre les peuples du conti­nent.

Ces débats s’inscrivent dans une approche plus large, héri­tée des théo­ries de la méta­po­li­tique. Ins­pi­rée notam­ment des tra­vaux de Anto­nio Gram­sci, cette stra­té­gie repose sur l’idée que l’influence poli­tique s’acquiert d’abord dans le champ cultu­rel, en amont des échéances élec­to­rales. Le col­loque appa­raît ain­si moins comme un lieu d’action immé­diate que comme un espace de struc­tu­ra­tion intel­lec­tuelle et de dif­fu­sion d’un cor­pus d’idées.

Une parole plus directe sur scène

Sur scène, Mar­tin Sell­ner adopte un ton plus direct, reve­nant sur les obs­tacles ren­con­trés dans le cadre de son enga­ge­ment, inter­dic­tions de ter­ri­toire, annu­la­tions de confé­rences, res­tric­tions ban­caires, qu’il pré­sente comme autant de pres­sions sus­cep­tibles de ren­for­cer la cohé­sion de ses sou­tiens.

Le col­loque s’inscrit éga­le­ment dans un réseau plus large d’événements et de publi­ca­tions. Plu­sieurs ouvrages récents y sont pré­sen­tés et signés, témoi­gnant d’une acti­vi­té édi­to­riale sou­te­nue et d’une volon­té de dif­fu­sion au-delà du seul cadre mili­tant.

Une tentative d’interdiction politique

Le col­loque n’a pas échap­pé aux ten­ta­tives d’in­ter­dic­tion. Peu avant son ouver­ture, un dépu­té de La France insou­mise (extrême-gauche), fidèle à une cer­taine tra­di­tion de cen­sure, a deman­dé sans suc­cès son inter­dic­tion, invo­quant un risque lié aux pro­pos sus­cep­tibles d’y être tenus.

Au nom d’une supé­rio­ri­té morale qu’elle s’attribue volon­tiers, une par­tie de la gauche et de l’extrême-gauche conti­nue ain­si de consi­dé­rer que cer­taines idées ne doivent pas être com­bat­tues, mais empê­chées en amont. Une forme de « Mino­ri­ty Report » poli­tique, où l’on sanc­tionne non plus des pro­pos tenus, mais des inten­tions sup­po­sées.

Une distance avec le Rassemblement national

Enfin, l’absence du Ras­sem­ble­ment natio­nal est notable. Seule la Cocarde étu­diante, orga­ni­sa­tion qui lui est proche, dis­po­sait d’un stand. Cette dis­tance illustre une diver­gence per­sis­tante entre une approche intel­lec­tuelle et méta­po­li­tique, incar­née par la Nou­velle Droite, et une stra­té­gie plus direc­te­ment élec­to­ra­liste.

Reste une inter­ro­ga­tion : dans quelle mesure ce type de mani­fes­ta­tion, ancrée dans un milieu rela­ti­ve­ment homo­gène, peut-il influen­cer plus lar­ge­ment la socié­té ? À défaut de tran­cher, le col­loque confirme l’existence d’un espace struc­tu­ré de réflexion, dyna­mique, à la croi­sée de la culture, de la stra­té­gie et de la poli­tique euro­péenne.

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

Voir tous ses articles →
La Lettre des Observateurs

Chaque semaine, l’essentiel de l’actualité directement dans votre boîte mail.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *.

Nous encourageons les commentaires argumentés, documentés et respectueux. Les messages dont l'unique objet est la provocation, l'invective, le règlement de comptes ou la répétition de slogans sans lien avec le sujet traité pourront être modérés afin de préserver la qualité des échanges.