lundi 15 juin 2026
LesObservateurs.ch
Menu
En direct
Politique

Il existe encore un peu de bon sens en Suisse

Les Observateurs (la rédaction)
3 min de lecture

À l’heure où trop de res­pon­sables poli­tiques en Suisse consi­dèrent la vio­lence de rue comme une simple moda­li­té d’ex­pres­sion, le Grand Conseil du can­ton de Berne vient d’en­voyer un signal salu­taire : les auteurs et orga­ni­sa­teurs de mani­fes­ta­tions vio­lentes doivent assu­mer les coûts de sécu­ri­té qu’ils pro­voquent. Ce jeu­di, une majo­ri­té de dépu­tés a approu­vé ce prin­cipe par 94 voix contre 57, avec 4 abs­ten­tions.

Le retour d’un principe oublié : la responsabilité

Cette déci­sion n’a rien de révo­lu­tion­naire. Elle réaf­firme sim­ple­ment un prin­cipe élé­men­taire : cha­cun doit répondre des consé­quences de ses actes.

À chaque mani­fes­ta­tion vio­lente, des cas­seurs incen­dient des véhi­cules, brisent des vitrines et obligent les auto­ri­tés à déployer d’im­por­tants dis­po­si­tifs de sécu­ri­té. Pour­tant, les col­lec­ti­vi­tés publiques réper­cutent sys­té­ma­ti­que­ment la fac­ture sur l’en­semble des contri­buables.

Dans quel autre domaine accep­te­rions-nous un tel sys­tème ? Lors­qu’un par­ti­cu­lier dégrade un bien public ou pri­vé, la jus­tice lui demande des comptes. Lors­qu’une entre­prise cause un dom­mage, elle en sup­porte les consé­quences. Pour­quoi accor­de­rions-nous un trai­te­ment de faveur aux orga­ni­sa­teurs ou aux res­pon­sables de mani­fes­ta­tions qui dégé­nèrent ?

La liberté ne va pas sans devoirs

Par son vote, le Grand Conseil ber­nois rap­pelle une évi­dence que beau­coup pré­fèrent igno­rer : la liber­té implique des devoirs.

Nous devons pro­té­ger le droit de mani­fes­ter, parce qu’il consti­tue une liber­té fon­da­men­tale. Mais nous ne pou­vons pas lais­ser cer­tains s’a­bri­ter der­rière ce droit pour trans­for­mer l’es­pace public en champ de bataille ou tolé­rer des vio­lences com­mises en leur nom.

Les oppo­sants à cette mesure invo­que­ront une pré­ten­due atteinte à la liber­té de mani­fes­ter. Cet argu­ment ne résiste pas à l’exa­men. Per­sonne ne demande aux citoyens qui mani­festent paci­fi­que­ment de payer quoi que ce soit. La mesure cible uni­que­ment les mani­fes­ta­tions vio­lentes et les com­por­te­ments qui imposent des coûts excep­tion­nels à la col­lec­ti­vi­té.

Ce ne sont pas les auto­ri­tés qui fra­gi­lisent le droit de mani­fes­ter. Ce sont les vio­lences elles-mêmes.

Chaque fois qu’une mobi­li­sa­tion dégé­nère, ses auteurs dis­cré­ditent un peu plus cette liber­té aux yeux de la popu­la­tion. Chaque vitrine bri­sée, chaque affron­te­ment avec les forces de l’ordre, chaque acte de van­da­lisme éloigne davan­tage les citoyens d’une cause pour­tant par­fois légi­time.

Une décision de bon sens

Le Grand Conseil ber­nois n’a pas choi­si la répres­sion. Il a choi­si la res­pon­sa­bi­li­té.

Aucune socié­té libre ne peut fonc­tion­ner dura­ble­ment si elle dis­so­cie les droits des devoirs. Une démo­cra­tie solide pro­tège les liber­tés, mais elle exige éga­le­ment que cha­cun assume les consé­quences de ses actes.

C’est pré­ci­sé­ment ce que rap­pelle le vote de Berne. Dans un contexte où cer­tains res­pon­sables poli­tiques excusent trop faci­le­ment les débor­de­ments au nom de causes sup­po­sé­ment supé­rieures, cette déci­sion marque le retour du bon sens.

Et aujourd’­hui, le bon sens mérite d’être salué.

Les Observateurs (la rédaction)
Les Observateurs (la rédaction)

La rédaction des Observateurs propose des analyses et des synthèses sur les grands enjeux politiques, sociétaux et culturels. Elle privilégie les articles de fond, les mises en perspective et une lecture critique de l’actualité.

Voir tous ses articles →
La Lettre des Observateurs

Chaque semaine, l’essentiel de l’actualité directement dans votre boîte mail.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *.

Nous encourageons les commentaires argumentés, documentés et respectueux. Les messages dont l'unique objet est la provocation, l'invective, le règlement de comptes ou la répétition de slogans sans lien avec le sujet traité pourront être modérés afin de préserver la qualité des échanges.