MàJ 14.8.2019. La justice genevoise qui s’acharne sur Erwin Sperisen désavouée par les électeurs du Guatemala

Claude Haenggli
rédacteur/traducteur, Berne, Suisse

Ndlr. La version complète de cet article paraît en allemand ce mercredi 14.8.2019 dans Die Weltwoche. Merci à Alex Baur pour la transmission de l’article, et maintenant pour sa traduction libre.

Le Guatemala vient d’élire brillamment comme président le médecin Alejandro Giammatei. La justice genevoise l'avait jugé coupable d’avoir fait exécuter sept gangsters dans leur prison, alors que la justice guatémaltèque l’avait innocenté. Les instances genevoises et fédérales, influencées par un rapport de la Cicig, une agence de l’ONU chargée d’enquêter au Guatemala, se refusent également de blanchir le Suisse Erwin Sperisen, ancien chef de la police au Guatemala, dont le cas fait l'objet depuis bientôt sept ans d’un va-et-vient surréaliste dans les cabinets judiciaires suisses. Alex Baur, dans la Weltwoche, revient sur cette affaire et conclut que la Suisse, si le Guatemala est parfois traité de « république bananière », mérite dans ce cas le surnom de « Käserepublik » (« Käse », dans cette expression, est péjoratif, on dit aussi « Käseblatt », feuille de chou).

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Traduction (Claude Haenggli) : Le choix du meurtrier supposé Alejandro Giammattei comme président met la cerise sur le gâteau de cette débâcle judiciaire. Les agissements de la Cicig, financée en partie par la Suisse, ont constitué un thème de la campagne électorale - pas en défaveur du conservateur de droite Giammattei, semble-t-il. L’adversaire de Giammattei, la socialiste Sandra Torres, était aussi en bisebille avec la Cicig. Selon un rapport resté toutefois sans conséquences, elle aurait, conjointement avec sa sœur Gloria, financé en 2007 la campagne électorale de son mari d’alors, Alvaro Colom, avec l’argent du syndicat du crime Zeta. À peine élu comme président, Colom fit enquêter la Cicig sur le gouvernement précédent. Il détourna ainsi élégamment l’attention de lui. Les procès politiques contre Giammattei et Sperisen en ont été la conséquence. 

Ndlr. MàJ. Article complet traduit, librement, de l'allemand par Alex Baur lui-même. Un grand merci pour  cet effort notoire par quelqu'un qui n'est pas de langue française.

République fromagère hors-jeu

Par Alex Baur.  Selon la justice genevoise, Alejandro Giammattei serait un meurtrier de masse. Mais dimanche passé, le peuple du Guatemala a élu cet homme à la tête de l'Etat. C’est plus que embarrassant pour la Suisse.

 

Le résultat est hors de doute : avec environ 20 points (pour cents ?) d'avance sur sa rivale Sandra Torres, le docteur Alejandro Giammattei a été élu nouveau président du Guatemala dimanche dernier. La victoire nette peut surprendre pour plusieurs raisons. D'un côté, il semble douteux que le politicien conservateur de droite atteint de sclérose en plaques survivra à son mandat de quatre ans. De l’autre côté, Giammattei, par la justice Genevoise, a été reconnu coupable d’avoir ordonné l’exécution de sept gangsters emprisonnés en tant qu’ancien chef de l’autorité pénale à l’occasion d’une perquisition en 2006.

Au Guatemala, Alejandro Giammatei a été acquitté  de sa culpabilité et de son châtiment en 2014. De la même manière ses complices présumés, le ministre de l’Intérieur, Carlos Vielman, et le commandant de la police, Javier Figueroa, ont été innocentés et réhabilités en Espagne et en Autriche. Cependant, le pouvoir judiciaire genevois, qui devait juger un quatrième accusé dans cette affaire, avait un avis différent : elle a condamné Erwin Sperisen, alors chef de la police politique, pour les meurtres dans la prison. Mais parce qu’on ne pouvait pas lier directement les exécutions avec Sperisen - en plus que pour un complot il faut au moins deux acteurs - les juges de Genève ont simplement condamné les acquittés à l'étranger avec lui, en leur absence, sans qu'ils puissent se défendre.

Depuis près de sept ans, l'affaire contre Erwin Sperisen a été fagotté dans les cabinets judiciaires suisses. A Genève il a été condamné  trois fois, soit comme acteur principal, soit comme auteur intellectuel, soit comme complice passif, avec des justifications qui auraient difficilement pu être plus contradictoires. Depuis un an, le dossier se repose à nouveau à Mon Repos devant la cour fédérale. Base du procès, les dossiers de la Commission d'enquête internationale (Cicig), qui auraient dû éclaircir le massacre d'une prison au Guatemala sous l'égide de l'ONU, sont pleins de contradictions, de lacunes et de revirements. Ce bouquet coloré enrichi de rumeurs contraste avec un manque flagrant de preuves.

Par tous les moyens, les juges genevois et le procureur Yves Bertossa luttent contre l'acquittement en souffrance. Le débâcle serait colossale. Au lieu de montrer au monde comment faire justice, Genève, supposée capitale humanitaire du monde, devrait payer à Erwin Sperisen une indemnité de plusieurs millions pour avoir incarcéré un innocent pendent cinq ans, en détention provisoire et en  isolement presque total. Même pour la Confédération Suisse, le modèle supposé est devenu un cauchemar. En plus, le Département fédéral des Affaires Etrangères (DEFAE) a cofinancé la Cicig depuis des années.

Justice pervertie et menace pour l’état de droit

Au Guatemala, les enquêteurs internationaux de l'ONU ont perdu depuis longtemps toute crédibilité. Contaminées par des  machinations politiques, les détentions spectaculaires de la Cicig ont rarement mené  à des jugements fiables et fondés. Au contraire, la Cicig est devenue une menace supplémentaire pour l’état de droit, déjà faible et rudimentaire au Guatemala. L'arbitraire, la corruption et la violation des droits de l'homme sont sans aucun doute omniprésents dans ce pays d'Amérique centrale. Mais les processus politiques de la Cicig n'en sont pas exempts, au contraire, ils en font partie. Le gouvernement, toujours en place, de Jimmy Morales a donc recalé les enquêteurs internationaux du pays et a annulé leur mandat.

Pour la majorité des guatémaltèques, l'ancien chef de la police, Erwin Sperisen, est perçu comme la victime d'un système de justice politique manipulé depuis l'étranger. Avec une consternation croissante, on suit les acrobaties de la justice kafkaïenne des tribunaux de Genève. Les commentaires des 34782 followers du compte Facebook de Sperisen parlent une langue assez claire: la République bananière de l’Amérique centrale semble avoir trouvé son pendant dans la République fromagère au pied des Alpes sur l'autre côté de l'Atlantique. Il y a déjà un an, le gouvernement guatémaltèque avait engagé l'épouse de Sperisen, Elisabeth, au poste de secrétaire d'ambassade à Berne. C'était un signe à l'adresse de la Suisse officielle : Au Guatemala, Erwin Sperisen est réhabilité.

L'élection à la tête de l'État de Alejandro Giammmatei, en Suisse présumé meurtrier de masse, tourne en tragédie judiciaire définitive et en farce. Les machinations de Cicig, cofinancées par la Suisse, ont été un sujet de discussion important pendant la campagne électorale - et apparemment pas au détriment du candidat Giammattei. D’autant que, à l’époque, en 2006, Giammattei comme chef d'établissement pénitentiaire, était le seul qui aurait eu un motif tangible pour éliminer les chefs de gangsters emprisonnés ; ces derniersl’avaient menacé de mort, lui et sa famille, à l'approche d'un raid pénitentiaire planifié.

Même l'adversaire de Giammattei dans la campagne électorale récente, la socialiste Sandra Torres, était déjà en guerre avec la Cicig. Selon un rapport, en 2007 elle aurait financé avec sa sœur Gloria la campagne électorale de son mari Alvaro Colom, avec des fonds du tristement célèbre cartel Zeta. Mais à peine élu président, Colom a  orienté, pour cacher  ses propres affaires louches, les enquêteurs de la Cicig sur le gouvernement de son prédécesseur. Le long processus politique contre Giammattei et Sperisen en est le résultat. Le cercle se ferme.

Traduction libre par Alex Baur de son propre article en allemand.

Ndlr. Et l'article complet en allemand dans la Weltwoche du jour, ici

3 commentaires

  1. Posté par coocool le

    Contribuables Genevois, préparez-vous à passer à la caisse !
    Bertossa, ta carrière judiciaire est terminée.

  2. Posté par Nicolas le

    Un petit proc socialiste, fils de son père tout aussi médiocre, ne représente pas la « justice genevoise ».

  3. Posté par Bussy le

    Comment briser la vie d’un homme qui n’a peut-être fait que son boulot et du bon boulot !
    Et en plus, tout ce cirque alors qu’il est question de sept gangsters….. on nous dira certainement pas ce que ces rebuts ont fait.
    Etonnant quand même le fonctionnement de notre monde, où la justice semble impitoyable avec certains, et complètement laxiste avec d’autres, les migrants assassins par exemple ou les égorgeurs djihadistes qui petit-à-petit reviennent en Europe toucher des allocations.
    Tout ça sent la fin d’un monde, la déliquescence, le manque de repères, la tête dans le sable, les mecs qui se gavent de petits fours et de champagne tout en jouant les durs qui veulent refaire le monde… tout ça peut-être pour se faire remarquer par les minettes….c’est mal barré pour les jeunes européens…

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