On avait un peu perdu de vue Ben Laden et Al Qaeda surtout depuis la mort de son fondateur. On pensait que d’autres avaient pris le relais et qu’après l’extraordinaire coup d’éclat du World Trade Center, l’organisation ne pouvaient que refluer devant le rouleau compresseur de la vengeance sans faille des USA.
Quelques piqûres de rappel sont venues nous indiquer que ce n’était pas tout à fait le cas. Il y a eu tout d’abord Hervé Gourdel. Pris en otage à la suite d’une randonnée en Algérie, ses ravisseurs réclament l’arrêt des frappes contre l’EI, le nouveau califat qui s’est lancé dans la vente de chrétiennes et l’égorgement des mécréants, mais aussi des ennemis au service de l’État syrien ou encore des futurs déserteurs. Cela dit l’EI est aussi un véritable embryon administratif qui gère un territoire et des populations digne d’un État. Finalement Gourdel sera égorgé devant une caméra, c’est bien mieux, et sa mort diffusée d’abondance sur les réseaux sociaux. Ses égorgeurs se réclameront d’une branche d’Al Qaeda.
Puis il y a eu l’extraordinaire affaire CHARLIE qui a débouché sur une sorte de sidération mentale transformée en une espèce d’hystérie collective avec ces innombrables idiots utiles scandant tous avec la même inconscience et le même conformisme « Je suis Charlie ». Alors même que plus personne ne lisait ce torchon insultant les religions à tout va et qui s’apprêtait à mettre la clef sous la porte. Quel extraordinaire destin !!!
Cela pose aussi la question de la stratégie de la Terreur de Ben Laden et de ses successeurs : est-elle vraiment pertinente ? En quoi fait-elle avancer la cause du jihad ? A-t-elle des effets bénéfiques sur le long terme ? Les démocraties ne gagnent-elles pas toujours à la fin contre les totalitarismes, qu’ils soient politique ou religieux ou mixtes ?
Ce qui est fascinant avec Ben Laden et la longue traque dont il a été l’objet par les USA pendant tant d’années, c’est qu’il ait réussi à s’en sortir, alors même que rien, sur le plan humain, ne saurait l’expliquer. La disproportion des moyens est telle que l’on se sent obligé d’y voir comme une intervention de forces étrangères à la volonté des hommes. Le parallèle avec Hitler vient tout de suite à l’esprit ; cet homme avait vocation à échapper à tous les attentats qui n’ont cessé de jalonner sa vie tant qu’il n’avait pas accompli sa mission de destruction de l’Allemagne. Le parallèle est osé pour le moins, mais j’estime qu’il y a chez les deux hommes une réelle volonté de détruire cet ennemi qui est la civilisation judéo-chrétienne au moyen de système politique-religieux très différent, mais animé d’une même haine farouche et d’une détermination sans faille quant aux moyens mis en œuvre.
Ce livre est d’abord un extraordinaire travail de journaliste
C’est-à-dire une enquête sérieuse et reposant sur des faits avérés et non sur des préjugés répétés, ressassés ou copiés collés. Travail à la fois sérieux, rigoureux, s’appuyant sur 45 documents uniques en annexes, il emporte l’adhésion et oblige au respect devant l’honnêteté et la rigueur intellectuelles.
Ce livre est aussi le contraire d’une leçon pédante comme il convient d’en administrer aux autres lorsque l’on se targue d’être un journaliste français. Il se lit vraiment comme un roman et si cette histoire n’était pas vraie, on pourrait croire que c’en est un, tant le rebondissement et les surprises nous entrainent à chaque chapitre.
Une des raisons qui pourraient expliquer pourquoi la traque de Ben Laden fut aussi difficile et longue repose sur les conflits internes entre la CIA et l’exécutif américain qui veut des résultats tout de suite, alors que ce travail de traque demande un long, très patient et très fragile travail d’infiltration et de surveillance. Il y a aussi les services partenaires comme par exemple les services pakistanais qui sont parfois un peu doubles …
La maison dans laquelle résidait Ben Laden, là même où il a été exécuté, jouxtait presque l’école des officiers de l’armée du Pakistan, dans une ville elle-même isolée et très surveillée par le régime d’Islamabad.
En fait, c’est la présence de son épouse préférée qui serait à l’origine de sa détection et donc de l’assaut mené de concert entre la CIA et les Navy Seals ; ce que les Américains découvrent dans cette maison représente des dizaines de volumes d’informations très précieuses. Ben Laden écrivait ses directives sur son ordinateur qui étaient ensuite retransmises depuis des cafés internet au moyen de clef USB.
C’est aussi l’occasion de la découverte du fameux cahier à spirale, celui sur lequel Ben Laden notait tout et surtout anticipait sur ses directives stratégiques. Lui que l’on croyait mort ou épuisé par la maladie continuait de diriger depuis sa villa blockhaus toutes les opérations d’Al Qu’Aïda.
A ceux qui lui proposent le rétablissement d’un califat il répond que c’est encore trop tôt. Les premières réussites de l’EI semblent lui avoir donné tort, mais l’évolution de la situation aujourd’hui ne permet plus de prédire l’avenir.
Un des grands débats qui ont traversé Al Qaida est la reterritorialisation de ses actions. Sur ce type de réflexion d’ordre stratégique Ben Laden aura donné ses directives jusqu’au bout.
Un des sujets d’étonnement des Américains fut de se poser la question de savoir comment Ben Laden a pu s’échapper de Tora Bora et se retrouver deux jours après les derniers enregistrements de sa voix sur les lieux du conflit, à la frontière pakistanaise qui est à une semaine à dos de mulet. En réalité un des prisonniers de Guantanamo, un haut responsable marocain d’Al Qaida avouera avoir pré enregistré des ordres dictés par Ben Laden pour faire croire qu’il était toujours présent durant plusieurs jours, d’où l’acharnement de la résistance qui a pu leurrer les Américains.
Parmi les découvertes de sa demeure d’Abottabad il y a l’utilisation de films pornographiques selon la méthode dite de stéganographie pour transférer des informations de la plus haute importance ….
Le chapitre trente nous pose trois nouveaux visages de la menace qui sont soit de bloquer le détroit d’Ormuz de façon durable, soit d’exploser Air Force one soit enfin de réaliser « un 11 septembre terrestre ».
Un autre lieu d’action est également l’infection sous forme de virus ou encore mieux la collecte d’informations très sensibles sur les systèmes d’information du commandement militaire US comme cela vient d’être vérifié récemment.
Très agréable à lire, divisé en chapitre très courts et traitant d’un sujet ou d’un évènement ce livre est aujourd’hui le livre qu’il faut lire pour comprendre le recentrage stratégique voulu dans ses derniers jours par Ben Laden : « J’ai toujours exprimé mon extrême préoccupation en ce qui concerne les répercussions néfastes des tueries de civils en Irak et dans d’autres terres de jihad par les branches locales qui portent le nom d’Al Qaida sur la réputation et la popularité de l’organisation et de la mouvance djihadiste en général ».
Aujourd’hui les différentes branches d’Al Qaida, que ce soit l’EI ou au Yemen ou encore AQMI sont la réponse du terrorisme djihadiste à la mort de Ben Laden ; il est vivant, plus dangereux encore que durant sa vie terrestre. Et ce livre nous explique en quoi.
Le combat continue.
Extrait de: Source et auteur

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